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Une esquisse d’orientation pour la séance n. 55 du Canapé Litteraire

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Si parler du Maghreb pourrait être déjà un sujet pour un long débat, la question qui se pose aujourd’hui est même plus complexe. Afin de faciliter la tâche, je vous propose de centrer le sujet de ce Canapé Littéraire sur la littérature en français des auteurs maghrébins (y compris ceux nés en France mais de racines maghrébines). Cela laissera dehors des auteurs comme Albert Camus.

Les fondateurs de cette littérature maghrébine de langue française ont conduit une réflexion critique sur leurs sociétés doublées d’une prise de conscience identitaire. La figure de Kateb Yacine est particulierement importante mais comprend d’autres auteurs comme Driss Chraïbi, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib et Ahmed Sefrioui.

La génération des années soixante-dix, qui s’est penchée sur les mêmes thèmes que son aînée, propose cependant une écriture plus violente. Pour illustrer cette deuxième vague d’auteurs maghrébins on peut citer Rachid Boudejra, Abdelkbir khatibi, Nabil Farés, Mohamed Khaïr-Eddine, Abdelatif Laâbi, Tahar Ben Jelloun, tous nés dans les années trente et quarante. Le prix Goncourt octroyé a Ben Jelloun en 1984 pour La Nuit Sacrée constitue un véritable tournant dans la considération et la visibilité publique de cette littérature.

La troisième génération est plus engagée dans la réalité politique et sociale actuelle. Elle pose un regard lucide sur la complexité des réalités maghrébines dans leurs relations multiformes et mouvementées avec le monde extérieur, y compris avec la France et la langue française. Elle se penche, entre autres, sur la place de l’individu dans la société. Les personnages réclament une autonomie; le phénomène doit être associé à l’émergence de l’individu et d’une société civile. Les écrivains les plus en vue de cette nouvelle génération sont Rachid Mimouni, Abdelwahed Meddeb, Fouad Laroui, Tahar Djaout, Mohamed Moulessehoul, Yasmina Khadra.

La quatrième génération qui vient de voir le jour avec l’avènement du XXIe siècle, est illustrée entre autres par Le Jour venu de Driss C. Jaydane, Leila Slimani (prix Goncourt en 2016) ou Abdellah Taia, Kamel Daoud.

Cette littérature est peut-être aussi ces jeunes talents qui éclosent sur la terre d’accueil, que ce soit en France ou ailleurs. Ainsi les écrivains d’origine maghrébine, nés ou installés depuis leurs tendre enfance sur le sol français, écrivent leurs parcours en langue française et soulignent les rapports à la fois passionnels et ambigus avec la terre d’accueil et sa langue.

Si Taos Amrouche, Assia Djebbar et Fatima Mernissi sont les pionnières de la littérature féminine d’expression française au Maghreb, d’autres, encore plus nombreuses, ont écrit les souffrances, les aspirations et les rêves des femmes à travers des personnages — féminins et masculins — tiraillés entre l’émergence de l’individu en tant qu’entité libre de ses choix et le poids d’une société qui a tendance à dissoudre l’individualité, jusqu’à l’effacer dans le groupe.

Liste d’écrivains suggérés

https://www.babelio.com/liste/4849/Les-10-meilleurs-romans-du-Maroc-actuel

https://www.babelio.com/livres-/litterature-algerienne/4277

BEN JELLOUN TAHAR: Partir, La nuit Sacrée, Cette aveuglante absence de lumière

DALIL REDA: Le job

DAOUD KAMEL: Mersault contre-enquête.

FADEL, YOUSSEF: Un joli chat blanc marche derrière moi.

KHADRA YASMINA: L’attentat

LAROUI FOUAD: Les tribulations du dernier Sjilmassi.

MERNISSI FATIMA: https://www.babelio.com/auteur/Fatima-Mernissi/14360

MIMOUNI RACHID (1945-1995): https://www.babelio.com/auteur/Rachid-Mimouni/9278

SANSAL BOUALEM: https://www.babelio.com/auteur/Boualem-Sansal/20271

SOUAG MOHA: Nos plus beaux jours.

SLIMANI LEILA: Dans le jardin de l’ogre, Chanson Douce.

TAIA ABDALLAH: Un pays pour mourir.

YACINE KATEB (1929-1989). https://www.babelio.com/auteur/Kateb-Yacine/79729

Damian

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53e séance du Canapé littéraire – La littérature américaine contemporaine

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Puisque nous nous retrouvons pour une séance du Canapé littéraire le 4 juillet, jour de fête nationale des Etats-Unis, et puisque deux grandes figures de la littérature américaines, Philip Roth et Tom Wolfe nous ont quittés récemment, nous avons décidé de consacrer une séance à la littérature américaine d’aujourd’hui.

Mais même sans cette coincidence, il serait pertinent de regarder de plus près la littérature américaine. Certes, c’est peut-être la domination économique, politique et culturelle des Etats-Unis que la littérature américaine reçoit beaucoup d’attention, mais il faut avouer également qu’il y a un grand nombre d’auteurs de très grande qualité.
De plus, puisque nous nous levons pratiquement chaque jour en entendant des nouvelles curieux de la politique ou de la société américaine, qu’on le veuille ou pas, le pays le plus puissant du monde reste une référence mondiale – et cela rend sa littérature automatiquement intéressante.

Voici quelques suggestions. Naturellement, comme d’habitude, cette liste ne prétend pas du tout d’être exhaustive ou objective. J’ai simplement rassemblé les noms d’auteurs qui me viennent à l’esprit comme représentants éminents de la littérature américaine contemporaine, ou dont des livres, même s’il s’agit de débuts, ont eu du succès pendant les dernières années. J’ai essayé d’éviter, à quelques exceptions près, des auteurs « de genre », comme du  fantasy, polar, thriller, science-fiction etc. qui peuvent bien sûr aussi être excellents, mais qui représentent peut-être moins l’Amérique. Ils aurait peut-être une meilleure place dans un canapé consacré à leur sujet.

Commençons par quelques très grands:

Philip Roth (1933-2018) – de nombreux romans, p.ex.:

Don DeLillo (*1936)
Paul Auster (*1947)
Richard Ford (*1944)
John Updike (1932-2009)
Tom Wolfe (1930-2018), beaucoup d’oeuvres journalistiques, mais également quelques romans:
Thomas Pynchon (*1937)
  •  V., (1963) (fr.: V.)
  • Vineland (1990) (fr.: Vineland)
  • Inherent Vice  (2009) (fr.: Vice caché)
  • Bleeding Edge (2013) (fr.: Fonds perdus)
Jonathan Franzen (*1959)
Quelques auteurs peut-être moins légendaires, mais qui ont régulièrement du succès avec leurs livres:
Siri Hustvedt (*1955)
Dave Eggers (*1970)
Donna Tartt (*1963)
Joyce Carol Oates (*1938)
Jennifer Egan (*1962)
Bret Easton Ellis (*1964)

T.C. Boyle (*1948)

Jonathan Safran Foer (*1977)
Jim Harrison (1937-2016)
  • The English Major (2008) (fr.: Une odyssée américaine)
  • The Great Leader: a faux mystery (2011) (fr.: Grand Maître : faux roman policier)
  • The Big Seven (2015) (fr.: Péchés capitaux)
Naturellement la confrontation littéraire avec le passé de l’esclavage et le racisme d’aujourd’hui se trouve égelement dans la littérature:
Toni Morrison (*1931)
Colson Whitehead (*1969)
  • The Underground Railroad (2016) (fr.: Underground Railroad)
Ta-Nehisi Coates (*1975)
  • The Beautiful Struggle (2008) (fr.: Le grand combat)
  • Between the World and Me (2015) (fr.: Une colère noire : Lettre à mon fils)
Jodi Picoult (*1966)
  • Small Great Things (2016) (fr.: Mille petits rien)
Quelques succès récents:
Meg Wolitzer (*1959)
  • The Interestings (2013) (fr.: Les Intéressants)
Rachel Kushner (*1968)
Hanya Yanagihara (*1974)
Chad Harbach (*1975)
Emma Cline (*1989)
  • The Girls (2016) (fr.: The Girls)

Johannes

Canapé littéraire sur Jean d’Ormesson

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Tout le monde connait Jean d’Ormesson. A Paris on dit même « Jean d’O » tant il passe à la télé ou à la radio. Il refuse rarement une interview. Et pourtant on ne se lasse pas d’écouter ses histoires et ses réflexions sur la vie qu’il développe dans un français élégant. On pourrait résumer sa vision des choses en une seule phrase ; Je me suis promener dans le monde , nez en l’air, mains dans les poches, en pleurant à chaudes larmes. Et en riant aux éclats.
Bardé de diplômes (ENA, licencié es lettes et Histoire, agrégé de philosophie) il ne s’est jamais spécialisé en quoi que ce soit, c’est le parfait dilettante. Oui on pourrait dire malgré tout qu’il est journaliste et écrivain. Mais même dans ses oeuvres on retrouve ce papillonnage jusque dans ses titres ; Presque rien sur presque tout. Alors qu’est-ce qui fait que l’on a plaisir à l’écouter et à le lire ? Pour ma part, je dirais que c’est l’érudition mais l’érudition amusante, constellée d’anecdotes, et diffusée avec charme. Le charme de la vieille France.

Mais peut-être que vous avez d’autres idées ? Je me réjouis d’en parler à notre prochaine rencontre à la galerie !

Stéphane A.

La crise sociale dans la littérature contemporaine

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Le monde littéraire, et notamment en France où beaucoup se concentre sur Paris, a souvent un penchant pour les milieux intellectuels, et peut ainsi parfois sembler élitiste et lointaine de la réalité sociale. Ceci pourrait être d’autant plus évident de nos jours, quand la société – en France et dans beaucoup d’autres pays occidentaux – est fortement marquée par des divisions qui augmentent, qui se traduisent dans des conflits et qui créent une classe sociale de plus en plus visible de gens qui sont peut-être définitivement exclus de toute société solidaire, qui sont laissés pour soi.

Récemment, cette réalité sociale attire de plus en plus le regard de la littérature. Plusieurs auteurs traitent des différents aspects du thème, très souvent nourris par une expérience personnelle. Les médias allemands ont remarqué cette tendance actuelle en automne dernier, quand la France recevait beaucoup d’attention en tant qu’invitée d’honneur à la Foire du Livre de Francfort. Cet écho à permis de rassembler une sélection de titres recommandés dans la bibliographie ci-dessous.

Voici quelques motifs que nous pourrons considérer pour nos lectures et nos discussions:
– pauvreté, misère sociale
– précarité et chômage
– exclusion sociale (parfois combiné avec les thèmes de la migration ou de l’orientation sexuelle)
– la mobilité sociale (vers le haut et vers le bas)
– conflits sociaux, lutte de classes, riche vs. pauvre
– milieu ouvrier

Bibliographie

Édouard Louis : jeune auteur, issu d’un milieu ouvrier, pauvre et homophobe en Picardie, il a connu un grand succès avec son début « En finir avec Eddy Bellegueule » (2014). De manière autobiographique, il revient sur sa jeunesse dans le milieu précité, et sur comment il s’en est enfui. Son deuxième roman « Histoire de la violence » (2016) à également reçu de très bonnes critiques. Aussi autobiographique, il y relate le viol dont il a été victime, en s’intéressant en détail au contexte social de l’agresseur.

Edouard Louis est ami et élève du philosophe et sociologue Didier Eribon, avec qui il partage le milieu social d’origine et l’orientation sexuelle. C’est la lecture de « Retour à Reims » (2009) de Didier Eribon qui aurait inspiré Louis à sa propre écriture. Le livre d’Eribon n’est pas vraiment littéraire, mais plutôt sociologique. Par contre, prenant le caractère d’une auto-analyse, avec beaucoup d’exemples personnels, il s’assimile à l’autobiographie. « La société comme verdict » (2013) continue dans la même veine.

Les deux auteurs précités sont aussi liés à Annie Ernaux, l’œuvre vaste de qui est également composé principalement de textes autobiographiques, qui traitent de sujets très variés. Deux titres qui abordent l’ascension sociale de la famille d’Annie Ernaux seraient « La place » (1983) et « La honte » (1997). Certes, une autre époque, mais peut-être aussi pertinent pour comprendre la France d’aujourd’hui.

Virginie Despentes : considérée comme auteur à scandale depuis son roman « Baise-moi », elle dépeint la réalité sociale avec un effet de choc. Pour notre thème, c’est la trilogie « Vernon Subutex » (trois tomes, 2015, 2015, 2017) qui est la plus intéressante. Le (anti-) héros des romans est un ancien commerçant de disques, dont la vie s’est effondré et qui se trouve à la rue. Il contacte une multitude d’anciens amis très différents pour demander de l’aide. Despentes crée ainsi un fresque social impressionnant.

Tanguy Viel: auteur qui utilise le genre du roman noir. Certains de ses romans trouvent une forte composante dans le thème de l’ascension sociale, ou dans l’antagonisme riche/pauvre, par exemple « Paris-Brest » (2009) et, plus récemment le très remarqué « Article 353 du code pénal » (2017).

Sophie Divry : « Quand le diable sortit de la salle de bain » (2016) – un succès de surprise de la rentrée littéraire 2016, dans lequel l’auteur décrit la vie d’un alter ego dans la précarité.

David Foenkinos: « La tête de l’emploi » (2014). Pas parmi les titres les plus connus de cet auteur, mais peut-être intéressant pour le thème. Presse : « histoire « sociétale » dont la simplicité apparente retranscrit finement les désarrois de l’époque…  »

Emmanuelle Bayamack-Tam : « Je viens » (2015) – Histoire d’une adolescente défavorisée, qui affronte toutes les difficultés que la société lui impose.

Olivier Adam: « Peine perdue » (2014) –  » En morte-saison sur la Côte d’Azur, la vie continue, plus mouvante que jamais. Olivier Adam nous met en présence de ceux dont il n’est jamais question, ces gens à la vie banale, nous-mêmes. »
François Roux: « Tout ce dont on rêvais » (2017) – « Le talent de François Roux est de s’emparer de l’histoire immédiate et d’en faire le récit, au plus près de la réalité sociale, affective et politique. Après Le bonheur national brut, fresque virtuose des années Mitterrand, il poursuit la chronique de notre époque, minée par le chômage et les compromis idéologiques. »
Deux titres de la Rentrée littéraire 2017:
Jean-Luc Seigle: « Femme à la mobylette » (2017) – « Jean-Luc Seigle dresse le portrait saisissant d’une femme ordinaire au bord du gouffre. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie. « 
Gérard Mordillat: « La Tour abolie » (2017) – « Avec la verve batailleuse qui a fait le succès de La Brigade du rire, Gérard Mordillat, l’auteur de Vive la sociale ! et de Les Vivants et les morts, livre une fable prodigieuse sur la société capitaliste et la révolte de ceux qu’elle exclut. »
Auteure journaliste, qui a écrit sur le sujet à travers des expériences investigatives:
Florence Aubenas: « Le Quai de Ouistreham » (2010) – « En 2009, Florence Aubenas part pour Caen et s’inscrit au chômage, avec un bac pour tout bagage et sans révéler qu’elle est journaliste. À Pôle Emploi, on lui propose de saisir sa chance : devenir agent de propreté dans des entreprises. Le Quai de Ouistreham est le récit saisissant de cette plongée dans le monde de la précarité. Un monde où on ne trouve plus d’emploi, mais des  » heures « . »
Et « En France. Chroniques » (2014) – « Montée du FN, crise du logement, de l’emploi, peur de la mixité sociale… À travers ces récits de vie, Florence Aubenas esquisse les dynamiques qui agitent une France parfois désorientée. »
Enfin, quelques titres qui ne sont peut-être pas 100% sur notre thème, mais qui en touchent certains aspects:
Dalibor Frioux: « Incidents voyageurs » (2014)
Charles Dantzig: « Histoire de l’amour et de la haine » (2015)
Ivan Jablonka: « Laëtitia ou la fin des Hommes » (2016)
Aurélien Bellanger: « L’aménagement du territoire » (2014)
Christian Roux: « L’homme à la bombe » (2012)
Toutes ces suggestions sont en langue française, mais des présentations de livres écrites dans d’autres langues et reflétant la situation actuelle dans d’autres pays sont bien sûr également bienvenues.
Bonne lecture!
Johannes

Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Bibliographie

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Les bibliographies

Plusieurs auteurs se sont essayés depuis quelques années à faire des biographies, notamment de femmes (plus ou moins) célèbres. Ce sont des témoignages sur le combat de femmes au XXième siècle contre le racisme, le nazisme, le machisme, et c’est un signe de la féminisation des auteurs de bandes dessinées :

La dessinatrice Catel est la plus prolifique https://www.bedetheque.com/auteur-6057-BD-Catel.html

Nous vous recommandons sa biographie d’Olympe de Gouges (révolution), de la féministe Benoîte Groult, de la mère ukrainienne de Myèle Demongeot dans Adieu Karkov, de Kiki de Montparnasse (années 20). Sa dernière, Joséphine Baker, est d’une grande expressivité. A chaque fois, des femmes d’exception !!

La blogueuse Pénèlope Bagieu a approfondi sa technique narrative, et livré chez Gallimard d’excellents récits en couleur de femmes rocambolesques et inventives, courageuses et drôles : Culottées : https://www.bedetheque.com/serie-53493-BD-Culottees.html

Récits historiques authentiques

Il s’agit pour ces auteurs de témoigner, soit de raconter un évènement historique, souvent méconnu, pour le dénoncer, ou au contraire de témoigner de la difficulté à montrer le point de vue. La bande dessinée aime souvent varier les points de vue contradictoires (Joe Sacco), ou les raconter par le prisme subjectif d’un personnage particulier, comme un enfant (Persépolis, ou L’ascension du haut-mal).

Evolutions sociales et politiques :

Le Français Etienne Davodeau a de plus en plus orienté son travail sur la chronique de syndicalistes, paysans et ouvriers de l’Ouest de la France (Anjou, Bretagne). Son originalité est d’inclure les interviews qu’il mène auprès d’eux, donnant ainsi le sentiment au lecteur d’être témoin de ces discussions.

Son site : http://www.etiennedavodeau.com/

A lire : Un homme est mort (syndicalisme à Brest) Les ignorants (l’art de la vigne), Cher pays de notre enfance (affaires et assassinats politiques du parti gaulliste)

Le Français Philippe Squarzoni développe chez Delcourt une série de pamphlets sous formes de dessins abstraits, remarquablement documentés sur les ravages du libéralisme et du changement climatique. http://placetob.blog.lemonde.fr/2015/11/08/philippe-squarzoni-le-changement-climatique-est-une-crise-de-nos-representations/

A lire : Dol (les années Chirac), Saison brune

L’exil et l’expatriation 

La française Marjane Satrapi a obtenu un succès mondial avec le récit de son enfance iranienne, Persépolis, en sept tomes, devenu un film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18733354&cfilm=110204.html

De son côté le Français Riad Sattouf tenait depuis plusieurs années la chronique d’adolescents bretons en mal de sexe (Les beaux gosses), d’un apprenti super héros. Il fait un très grand succès d’édition avec son autobiographie en trois tomes, l’Arabe du futur, histoire d’un enfant roux entre la Bretagne, la Syrie et le Lybie des années 1980. Cruel et hilarant.

Les autres civilisations et les carnets de voyage

Dans un style minimaliste, le Français Guy Delisle a connu un grand succès avec ses reportages sur deux villes à travers ses Chroniques de Jérusalem et de Pyongyang : http://www.guydelisle.com/jerusalem/jeru-index.html

La maladie, le mal

Dans l’ascension du Haut-Mal, David B raconte en noir et blanc la maladie de son frère, l’épilepsie, qu’on appelait au Moyen-Age : le Haut Mal. https://www.bedetheque.com/BD-Ascension-du-Haut-Mal-Tome-1-L-ascension-du-Haut-Mal-1-11385.html

Le caricaturiste américain Derf Backderf a appris un jour que son copain de classe u peu fêlé, Jeffray Dahmer, était devenu serial killer, nécrophile et cannibale. Il revient dans un récit bouleversant sur leurs années d’adolescence, et d’amitié, celles où tout s’est mis en place, quand tout aurait peut-être pu être évité. http://bandedessinee.blogs.france24.com/article/2013/05/28/mon-ami-dahmer-retour-sur-la-jeunesse-dun-serial-killer-0.html

La guerre

La Shoah

Le livre indépassable, modèle de beaucoup d’autres romans graphiques, c’est Maus, d’Art Spiegelman. Récit de la survie de ses parents, juifs polonais, mais aussi récit de la difficulté de l’auteur à reconstituer cette mémoire. Les Juifs sont représentés en souris, les Nazis en Chats. Le livre a une capacité extraordinaire à nous faire rentrer dans son univers.

Mémoires de guerre

Les conflits en Asie centrale et au Proche-Orient sont le sujet central du new-yorkais Joe Sacco, qui a illustré ses reportages au Kosovo, en Bosnie, Palestine, en Tchétchénie. Il utilise la technique de dessin et de caricature américaine au profit d’une analyse très détaillée des forces des conflits et du ressenti des belligérants. Ses livres sont des réquisitoires extrêmement puissants et documentés, aux scènes inoubliables et terrifiantes : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

A lire : Gaza 1956, Gorazde, et Palestine

Récit d’un photographe de guerre français parti clandestinement couvrir le conflit russe en Afghanistan, Le Photographe est un récit d’initiation intégrant les photos prises à l’époque dans la bande dessinée tirée de son aventure. Attachant et bourré d’informations sur ce pays compliqué, c’est un des récits les plus authentiques que nous avons lus :

Site de la BD : http://lephotographe.dupuis.com/

Témoigner en temps réel :

Amnesty International a choisi de parrainer plusieurs récits de conflits écrits par des journalistes ou des historiens : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

Dans bien des cas cela permet de voir des situations insupportables que l’image documentaire serait obligée de censurer, par exemple sur les conflits au Mexique, en Tchétchénie ou en Centrafrique. Plusieurs caricaturistes ont choisi également d’être reporters de guerre. C’est le cas du talentueux et drôlissime Chappatte, dessinateur suisse qui publie tous les jours une caricature dans Le Temps de Genève. http://boutique.courrierinternational.com/bd-reporter-chappatte-printemps-arabe-elysee-guerre.html

Son site : http://www.chappatte.com/

Les adaptations de romans en bande dessinée

Dernièrement, beaucoup d’auteurs à succès ont souhaité faire adapter leurs romans en bande dessinée, ce qui permet de découvrir certaines fictions autrement et de mettre un visage, un paysage sur des personnages et des lieux phares du roman.

A lire : « Au revoir là-haut » un roman de Pierre Lemaître adapté en BD par Christian Metter ; « Perreira pretend » de Antonio Tabucchi adapté en BD par Pierre-Henri Gomont

Les fictions s’inspirant de faits ou lieux réels

Dans les romans graphiques qui relèvent de la fiction, l’inspiration de faits/paysages réels n’est jamais très loin. C’est le cas pour deux livres qui nous ont particulièrement touchés.

A lire : « Brüsel » de François Schuiten – Cinquième tome de la série « Les cités obscures », Brüsel raconte avec dérision le passage raté et non sans heurts d’une ville à la modernité, une ville qui ressemble étrangement à une certaine Bruxelles que nous connaissons bien.

« Le fantôme de Gaudi » de El Torres et Jesus Alonso

La ville de Barcelone est en proie à une série de meurtres dans des lieux bien précis : les célèbres monuments de l’architecte Gaudi, pendant que certains affirment avoir vu le fantôme de l’architecte… Un polar fascinant, surtout pour les adeptes de la capitale catalane.

Les fictions s’inspirant de la société contemporaine

Tous comme les romans classiques, les auteurs de roman graphiques nous offrent de plus en plus de récits s’inspirant de thèmes qui façonnent nos sociétés contemporaines : le passage difficile à l’âge adulte, l’homosexualité, le racisme etc.

A lire : « Cinq milles kilomètres par seconde » de Manuele Fior – Un roman graphique qui offre le portrait d’une certaine génération de trentenaires dans laquelle beaucoup d’entre nous se reconnaitront : vie instable, séduits par plusieurs modèles de vies, en quête de l’amour idéal.

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh – Roman graphique rendu célèbre par son adaptation cinématographique polémique au cinéma « La vie d’Adèle ». Un roman qui nous livre une belle histoire d’amour et qui nous permet de comprendre la difficulté vécue par une adolescente découvrant petit à petit son attirance pour les filles.

Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Introduction

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« La seule chose que je regrette dans ma vie, c’est de ne pas avoir fait de bande dessinée. »

Pablo Picasso

Si Pablo Picasso a regretté de n’avoir jamais exprimé son art au travers de la bande dessinée, les enfants que nous avons été un jour auraient très certainement regretté de ne pas en lire. Européens que nous sommes, nos jeunes années ont presque toutes été bercées par les albums franco-belges qui se trouvaient dans la bibliothèque de nos parents, tels que « Tintin », « Astérix », « Lucky Luke », ou encore nos yeux émerveillés à la réception hebdomadaire de notre « Journal de Mickey ». Le temps emporte avec lui le rire des enfants (et le Mistral gagnant ?) mais certainement pas ses premiers amours pour les histoires imagées. Les années ont filé et certains d’entre nous ont découvert un type de bande dessinée offrant un nouvel univers, de nouveaux héros, de nouvelles séries abordant des thèmes auxquels nos vies d’adultes trépidantes pouvaient davantage s’identifier et qui nécessitaient une lecture plus attentive et plus exigeante : le roman graphique.

Historiquement, le terme de « Graphic novel » nous vient des Etats-Unis et est utilisé dans un premier temps pour différencier un type de bande dessinée qui n’est pas un comic book classique de super-héros. Certains auteurs souhaitent alors utiliser la narration et le graphisme pour évoquer des préoccupations heureusement moins enfantines qui se nichent, parfois hélas, dans notre quotidien d’adultes telles que la violence, la politique, la souffrance, la nostalgie etc. On considère Will Eisner comme l’auteur d’avant-garde du roman graphique. Avec « A contract with God », il offre un ouvrage mêlant histoire vécue, souvenirs d’enfances et fiction destiné à un lectorat adulte et installe une véritable rupture avec les comics traditionnels tels que Peanuts, Blondie, Dick Tracy etc.

En France, le terme de roman graphique apparaît également dans les années 70 sous l’influence états-unienne avec « La ballade en mer salée » d’Hugo Pratt. Il s’impose à la fin des années 90 lorsque des éditeurs tels que « l’Association », « Cornélius » ou « Les Requins marteaux » se posent dans une différenciation nette par rapport aux traditionnels albums de bande dessinée franco-belge en s’éloignant des standards conventionnels (couverture fine et rigide, 48 pages, destiné à un lectorat plus jeune) et en offrant un modèle moins fermé (couverture épaisse et souple, pagination libre, noir et blanc et abordant des thèmes considérés comme plus adultes).

Très vite cependant, le roman graphique cesse de rentrer dans une case stricte et bien définie dans laquelle nous pourrions facilement le ranger. Beaucoup de romans sont désormais considérés comme graphiques sans qu’ils ne répondent aux critères initiaux et il y a évidemment un aspect marketing derrière tout cela (les libraires espérant toucher un public plus large en affichant comme romans graphiques des bandes dessinées qui, pour certains, ne le sont pas forcément). En outre, le roman graphique peut répondre à des définitions diverses et variées selon la zone géographique, l’histoire et la sensibilité de chacun. Nous pouvons toutefois tenter d’identifier des similitudes entre tous les ouvrages et fournir ici notre propre définition du roman graphique.

Pour nous, le roman graphique c’est avant tout une bande dessinée offrant un graphisme soigné, sans réelle contrainte de format qui aborde soit des thèmes intimes (histoire vécue, journal, carnet de voyage, autobiographie etc.) soit des récits de fiction, avec ou sans aspect humoristique mais toujours avec une ambition littéraire et destiné à un public adulte. Néanmoins, penser le roman graphique comme une bande dessinée plus authentique au style supérieur que celles que nous avons connues dans notre enfance serait une erreur. Le roman graphique est avant tout un art double, la rencontre entre deux arts que sont la littérature et la bande dessinée, un mélange opportun qui permet de réconcilier nos préoccupations d’adultes avec nos âmes d’enfants, celles-ci ne se trouvant jamais très loin 😊.

Vous trouverez ci-dessous une liste de lecture non exhaustive des différents genres souvent retrouvés dans les romans graphiques. Bonne lecture !

 

Marine & Stéphane

Séance 45: Migrations

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Notre chère petite planète a dû voir beaucoup des choses bouger, changer de place, migrer. Les animaux migrateurs par example sont nombreux : des poissons aux oiseaux, à certains mammifères ; il existe même des papillons migrateurs !

L’homme, qui est toujours un animal, migre aussi. Depuis que nos deux pattes ont touché cette terre, on a commencé à se déplacer sans jamais s’arrêter et, en partant du cœur de l’Afrique, on est arrivé à peupler toute la terre. Personnellement, j’ai toujours trouvé cela magique, que l’homme est arrivé à traverser des mères immenses, des montagnes escarpées, des steppes arides, sans la technologie d’aujourd’hui, pour aller habiter simplement partout sur cette terre. Et oui, on l’a bien chatouillé cette notre chère terre avec nos deux petites pattes !

J’imagine un groupe d’hommes et femmes primitifs qui décide de laisser la communauté pour aller ailleurs. Pour quelles raisons ? la famine, des luttes internes, besoin de plus de terres ou d’un enivrement plus favorable, l’exile, la peur, la curiosité et l’instinct de recherche que seule l’homme a et qui le rend un animal assez spéciale. Des raisons différentes ont donc poussé les hommes à migrer mais j’y vois un élément commun, c’est-à-dire la communauté, le groupe. La communauté, ou une partie d’elle, décide d’aller chercher un autre endroit pour vivre. Ils prennent leurs familles, leurs simples outils, les armes pour la chasse et vont à l’encontre de l’inconnu.

Le mouvement ne s’est pas arrêté et aujourd’hui hommes et femmes continuent à bouger afin d’améliorer leurs vies. Les raisons ne sont peut-être pas très différentes de celles du passé ancestrale : le besoin de travailler, le manque de nourriture, la famine et les catastrophes naturelles, les guerres, l’exile, la peur et l’espoir, et finalement cette curiosité, cette envie de découvrir l’inconnu. Le choix de migrer par contre n’est plus seulement au niveau de la communauté ou du groupe mais, à mon avis, individuel ou familiale.

C’est sur ce dernier point que je vous propose de se concentrer pour la prochaine séance : les choix, les difficultés, les histoires personnelles. Bien évidemment la migration est un phénomène social très large et je ne vous demande donc pas de mettre à côté la dimension sociale/politique/économique, mais plutôt de la voir comme l’arrière-plan, la scénographie des histoires personnelles. Je voudrais donc que, lors de notre rencontre, on discute des individus et leurs histoires. Lors de la séance vous serez donc appelés à vous identifier avec le protagoniste de votre roman et le laisser parler à travers vous !

La littérature a abordé ce sujet de plusieurs points de vues ; il existe beaucoup des titres, dans toutes les langues, des tous les pays. Pour cette bibliographie, je me suis concentrée sur des œuvres en français mais je n’ai pas exclus quelques peu de titres en anglais et italien, même si dépourvus de traduction française. Plusieurs titres sont récents et signés par des auteurs immigrés ou originaires des endroits du monde différents de ceux desquels ils habitent. Toutefois, je vous invite, si vous avez envie, à découvrir des histoires du passé, de quand on quittait l’Europe pour aller chercher sa chance ailleurs – histoire de se souvenir que l’Europe a été, et parfois est encore, une terre d’émigration !

Les premiers deux livres de la liste sont parmi les 12 gagnants du Prix de littérature de l’Union européenne qui, depuis 2009, récompense les écrivains émergents en Europe: https://ec.europa.eu/programmes/creative-europe/actions/literature-prize_fr

Avant de vous souhaiter une bonne lecture, je voudrais vous demander d’intégrer cette liste avec vos suggestions en commentaire à ce post !

 

The Year of the Runaways, Sunjeev Sahota (disponible en anglais)

Δενδρίτες (Dendrites), Kallia Papadaki (disponible en grèque)

Madame Bâ, Erik Orsenna

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Middlesex, Jeff Eugenides

Leo l’Africain, Amin Malouf

Persepolis, Marjane Satrapi (roman graphique)

How the Garcia girls lost their accent, Julia Alvarez (disponible en anglais)

Le Grand Quoi. Autobiographie de Valentino Achak Deng, Dave Eggers

Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

Désorientale, Négar Djavadi

Eldorado, Laurent Gaudé

Des fourmis dans la bouche, Khadi Hane

Lyuba ou la tête dans les étoiles, Valentine Gobi

Mémoires d’immigrés, Yamina Benguigui

Droit du sol, Charles Masson (roman graphique)

La mer, le matin, Margaret Mazzantini

Partir, Tahar Ben Jelloun

Le ventre de l’Atlantique, Fatou Diome

Adua, Igiaba Scego (disponible en italien et traduction anglaise)

L’ultimo arrivato, Marco Balzano (disponible en italien et traduction allemande)

Le gang des rêves, Luca di Fulvio

Signes qui précéderont la fin du monde, Yuri Herrera

 

Toutefois, mes livres préférés sur ce thème sont ceux que j’achète en été sur la plage en Italie; des immigrés de toute partie du monde mais surtout venant d’Afrique, marchent pour toute la journée sur la plage sous une grande chaleur en offrant des marchandises différentes : il y en a qui vend des lunettes de soleils et des sacs, des serviettes de plage et des ballon, et il y en a aussi qui vend petits livres ; il s’agit des livres d’éditions indépendantes écrits par d’autres immigrés qui racontent leur histoire personnelle d’émigration et intégration en Italie, ou les légendes des leurs pays, ou les histoires que leurs mères leur racontaient quand ils étaient enfants. Cette séance est dédiée à ces livres, ces histoires et ces personnes.

 

Bonne lecture

Flavia