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47e rencontre du Canapé littéraire : La rentrée littéraire 2017.

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Plus que dans tout autre pays, en France, le monde littéraire concentre son attention sur la période septembre-octobre quand la plupart des nouveaux livres paraissent. Ainsi, la « rentrée littéraire » est célébrée comme un événement annuel, avec des numéros spéciaux des journaux et magazines, et naturellement la panoplie de prix littéraires avec ses étapes de la première sélection au décernement solennel au début du mois de novembre.

C’est pourquoi nous avons décidé de consacrer aussi cette année une session du canapé littéraire à cet événement littéraire incontournable, et de lire et présenter chacun un de ces nouveaux livres, en grand format, qui se trouvent en grand piles dans les librairies, souvent sur une table spéciale « rentrée littéraire ». Ainsi, nous pourrons avoir une bonne première impression personnelle des nouveautés de cette année.

Pour choisir, le plus efficace serait de se rendre dans une librairie et de juste feuilleter les livres et d’en consulter les quatrièmes de couvertures. Cependant, sur la base des premières sélections des prix littéraires les plus importants, je vous indique également quelques suggestions ci-dessous, en ordre alphabétique, avec les nominations entre parenthèses.

Si vous cliquez sur les titres (Ctrl+), vous arriverez sur les pages de présentation de l’éditeur, et de plus, j’ai ajouté quelques mots clés pour chaque titre, selon ce que j’ai pu comprendre des quatrièmes de couverture. J’espère ça vous aidera de faire votre choix.

Les titres les plus sélectionnés pour les prix littéraires les plus importants :

Nos richesses de Kaouther Adimi (Seuil) – éditeur d’Albert Camus, littérature, Algérie, années 40 et 2017.

L’avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic (L’Olivier) – hotel, homme/femme, Bosnie, recherche de la mère.

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L’Iconoclaste) – enfance, conte initiatique, rêve/imagination.

Sucre noir de Miguel Bonnefoy (Rivages) – Caraïbes, trésor, Henry Morgan.

Mes pas vont ailleurs de Jean-Luc Coatalem (Stock) – vie et mort de Victor Ségalen.

Une fille dans la jungle de Delphine Coulin (Grasset) – Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.

Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud (Actes Sud) – fable, orphelin, contes, imaginaire.

Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable (Gallimard) – Romain Gary, voisin, Lituanie, enquête littéraire.

Taba-Taba de Patrick Deville (Seuil) – hôpital psychiatrique, amitié, histoire de Napoléon à nos jours.

Le déjeuner des barricades de Pauline Dreyfus (Grasset) – 1968, révolte des étudiants, monde littéraire.

Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud (Flammarion) – guerre d’Algérie, fraternité, désir de sauver les hommes.

Une chance folle d’Anne Godard (Minuit) – enfant brûlée, mère/fille.

La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez (Grasset) – Nazisme, exile de Mengele en Amérique du Sud, roman-vrai.

La vie sauvage de Thomas Gunzig (Au diable vauvert) – civilisation occidentale, vue par quelqu’un qui a grandi dans la jungle africaine, amour, drôle.

Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel (Gallimard) – Herman Melville, littérature/cinéma, Paris-New York-Italie.

Innocence d’Eva Ionesco (Grasset) – autobiographique, photographie, mère/fille, abus, enquête sur le père.

La serpe de Philippe Jaenada (Julliard) – faits réels, triple meurtre, 1941, enquête.

Fief de David Lopez (Seuil) – jeunesse, entre campagne et banlieue, vie quotidienne, rap.

L’empereur à pied de Charif Majdalani (Seuil) – légende, Liban, monde, histoire du XXe siècle.

Bakhita de Véronique Olmi (Albin Michel) – Darfour, femme enlevée, esclavage, histoire du XXe siècle en Europe.

Le Songe du photographe de Patricia Reznikov (Albin Michel) – Années 70, solitude, exil, photographie du XXe siècle.

Mécaniques du chaos de Daniel Rondeau (Grasset) – Roman polyphonique, Moyen Orient, Afrique du Nord, banlieues de Paris, crises d’aujourd’hui.

Summer de Monica Sabolo (JC Lattès) – disparition d’une jeune femme, frère/sœur, mémoire.

Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas (Seuil) – nager, mère/fille.

La nostalgie de l’honneur de Jean-René Van der Plaetsen (Grasset) – histoire, honneur, réflexion sur le grand-père (Jean Crépin).

Les rêveuses de Frédéric Verger (Gallimard) – 2e guerre mondiale, France/Allemagne, soldat allemand dans l’armée française.

L’ordre du jour d’Eric Vuillard (Actes Sud) – Allemagne nazie/Autriche.

L’art de perdre d’Alice Zeniter (Flammarion) – France/Algérie, histoire de famille, liberté d’être soi.

Moins considérés pour les prix littéraires mais peut-être également intéressants :

Le dossier M, Livre 1 de Grégoire Bouillier (Flammarion) – autobiographique, suicide, histoire d’amour, adultère.

Sigma de Julia Deck (Minuit) – espionnage, imaginaire, censure.

Ascension de Vincent Delecroix (Gallimard) – voyage spatial, humour, réflexion sur le mal et le renoncement.

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain (Gallimard) – assassinats Kennedy, années 60, psychologie/psychose.

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel) – orientations sexuelles.

Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert (Gallimard) – jeunesse, boxe, courage, vies possibles, société.

Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon (Actes Sud) – Etats-Unis, kidnapping de femmes, révolution.

La tour abolie de Gérard Mordillat (Albin Michel) – capitalisme, tensions sociales.

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle (Flammarion) – femme laissée seule, France d’aujourd’hui, société en crise.

Vous connaissez peut-être de Joann Sfar (Albin Michel) – réseaux sociaux, femmes, enquête.

Finalement quelques écrivains déjà bien établis, qui ne doivent pas trop se préoccuper d’être sélectionnés pour un prix :

Le jour d’avant de Sorj Chalandon (Grasset) – années 70, accident de mine, vengeance.

Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq (P.O.L.) – dystopie, trafic d’organes, totalitarisme sanitaire et politique.

Les rameaux noirs de Simon Liberati (Stock) – autoportrait, surréalistes, amis du père.

Frappe-toi le cœur d’Amélie Nothomb (Albin Michel)

Point cardinal de Léonor de Recondo (S. Wespieser) – changement de sexe, courage d’être soi.

La chambre des époux d’Eric Reinhardt (Gallimard) – maladie, couple, art, musique.

La Vengeance du pardon d’Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) – 4 histoires, sentiments, envie, perversion, indifférence, crime.

La liste n’est pas tout à fait complète, et bien sûr, comme toujours ce ne sont que des suggestions.

Je propose que nous choisissions des livres français, mais si vous ne trouvez absolument rien d’intéressant, n’hésitez pas de présenter des nouveautés parus dans d’autres langues.

Bonne lecture !

Johannes

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Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Bibliographie

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Les bibliographies

Plusieurs auteurs se sont essayés depuis quelques années à faire des biographies, notamment de femmes (plus ou moins) célèbres. Ce sont des témoignages sur le combat de femmes au XXième siècle contre le racisme, le nazisme, le machisme, et c’est un signe de la féminisation des auteurs de bandes dessinées :

La dessinatrice Catel est la plus prolifique https://www.bedetheque.com/auteur-6057-BD-Catel.html

Nous vous recommandons sa biographie d’Olympe de Gouges (révolution), de la féministe Benoîte Groult, de la mère ukrainienne de Myèle Demongeot dans Adieu Karkov, de Kiki de Montparnasse (années 20). Sa dernière, Joséphine Baker, est d’une grande expressivité. A chaque fois, des femmes d’exception !!

La blogueuse Pénèlope Bagieu a approfondi sa technique narrative, et livré chez Gallimard d’excellents récits en couleur de femmes rocambolesques et inventives, courageuses et drôles : Culottées : https://www.bedetheque.com/serie-53493-BD-Culottees.html

Récits historiques authentiques

Il s’agit pour ces auteurs de témoigner, soit de raconter un évènement historique, souvent méconnu, pour le dénoncer, ou au contraire de témoigner de la difficulté à montrer le point de vue. La bande dessinée aime souvent varier les points de vue contradictoires (Joe Sacco), ou les raconter par le prisme subjectif d’un personnage particulier, comme un enfant (Persépolis, ou L’ascension du haut-mal).

Evolutions sociales et politiques :

Le Français Etienne Davodeau a de plus en plus orienté son travail sur la chronique de syndicalistes, paysans et ouvriers de l’Ouest de la France (Anjou, Bretagne). Son originalité est d’inclure les interviews qu’il mène auprès d’eux, donnant ainsi le sentiment au lecteur d’être témoin de ces discussions.

Son site : http://www.etiennedavodeau.com/

A lire : Un homme est mort (syndicalisme à Brest) Les ignorants (l’art de la vigne), Cher pays de notre enfance (affaires et assassinats politiques du parti gaulliste)

Le Français Philippe Squarzoni développe chez Delcourt une série de pamphlets sous formes de dessins abstraits, remarquablement documentés sur les ravages du libéralisme et du changement climatique. http://placetob.blog.lemonde.fr/2015/11/08/philippe-squarzoni-le-changement-climatique-est-une-crise-de-nos-representations/

A lire : Dol (les années Chirac), Saison brune

L’exil et l’expatriation 

La française Marjane Satrapi a obtenu un succès mondial avec le récit de son enfance iranienne, Persépolis, en sept tomes, devenu un film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18733354&cfilm=110204.html

De son côté le Français Riad Sattouf tenait depuis plusieurs années la chronique d’adolescents bretons en mal de sexe (Les beaux gosses), d’un apprenti super héros. Il fait un très grand succès d’édition avec son autobiographie en trois tomes, l’Arabe du futur, histoire d’un enfant roux entre la Bretagne, la Syrie et le Lybie des années 1980. Cruel et hilarant.

Les autres civilisations et les carnets de voyage

Dans un style minimaliste, le Français Guy Delisle a connu un grand succès avec ses reportages sur deux villes à travers ses Chroniques de Jérusalem et de Pyongyang : http://www.guydelisle.com/jerusalem/jeru-index.html

La maladie, le mal

Dans l’ascension du Haut-Mal, David B raconte en noir et blanc la maladie de son frère, l’épilepsie, qu’on appelait au Moyen-Age : le Haut Mal. https://www.bedetheque.com/BD-Ascension-du-Haut-Mal-Tome-1-L-ascension-du-Haut-Mal-1-11385.html

Le caricaturiste américain Derf Backderf a appris un jour que son copain de classe u peu fêlé, Jeffray Dahmer, était devenu serial killer, nécrophile et cannibale. Il revient dans un récit bouleversant sur leurs années d’adolescence, et d’amitié, celles où tout s’est mis en place, quand tout aurait peut-être pu être évité. http://bandedessinee.blogs.france24.com/article/2013/05/28/mon-ami-dahmer-retour-sur-la-jeunesse-dun-serial-killer-0.html

La guerre

La Shoah

Le livre indépassable, modèle de beaucoup d’autres romans graphiques, c’est Maus, d’Art Spiegelman. Récit de la survie de ses parents, juifs polonais, mais aussi récit de la difficulté de l’auteur à reconstituer cette mémoire. Les Juifs sont représentés en souris, les Nazis en Chats. Le livre a une capacité extraordinaire à nous faire rentrer dans son univers.

Mémoires de guerre

Les conflits en Asie centrale et au Proche-Orient sont le sujet central du new-yorkais Joe Sacco, qui a illustré ses reportages au Kosovo, en Bosnie, Palestine, en Tchétchénie. Il utilise la technique de dessin et de caricature américaine au profit d’une analyse très détaillée des forces des conflits et du ressenti des belligérants. Ses livres sont des réquisitoires extrêmement puissants et documentés, aux scènes inoubliables et terrifiantes : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

A lire : Gaza 1956, Gorazde, et Palestine

Récit d’un photographe de guerre français parti clandestinement couvrir le conflit russe en Afghanistan, Le Photographe est un récit d’initiation intégrant les photos prises à l’époque dans la bande dessinée tirée de son aventure. Attachant et bourré d’informations sur ce pays compliqué, c’est un des récits les plus authentiques que nous avons lus :

Site de la BD : http://lephotographe.dupuis.com/

Témoigner en temps réel :

Amnesty International a choisi de parrainer plusieurs récits de conflits écrits par des journalistes ou des historiens : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

Dans bien des cas cela permet de voir des situations insupportables que l’image documentaire serait obligée de censurer, par exemple sur les conflits au Mexique, en Tchétchénie ou en Centrafrique. Plusieurs caricaturistes ont choisi également d’être reporters de guerre. C’est le cas du talentueux et drôlissime Chappatte, dessinateur suisse qui publie tous les jours une caricature dans Le Temps de Genève. http://boutique.courrierinternational.com/bd-reporter-chappatte-printemps-arabe-elysee-guerre.html

Son site : http://www.chappatte.com/

Les adaptations de romans en bande dessinée

Dernièrement, beaucoup d’auteurs à succès ont souhaité faire adapter leurs romans en bande dessinée, ce qui permet de découvrir certaines fictions autrement et de mettre un visage, un paysage sur des personnages et des lieux phares du roman.

A lire : « Au revoir là-haut » un roman de Pierre Lemaître adapté en BD par Christian Metter ; « Perreira pretend » de Antonio Tabucchi adapté en BD par Pierre-Henri Gomont

Les fictions s’inspirant de faits ou lieux réels

Dans les romans graphiques qui relèvent de la fiction, l’inspiration de faits/paysages réels n’est jamais très loin. C’est le cas pour deux livres qui nous ont particulièrement touchés.

A lire : « Brüsel » de François Schuiten – Cinquième tome de la série « Les cités obscures », Brüsel raconte avec dérision le passage raté et non sans heurts d’une ville à la modernité, une ville qui ressemble étrangement à une certaine Bruxelles que nous connaissons bien.

« Le fantôme de Gaudi » de El Torres et Jesus Alonso

La ville de Barcelone est en proie à une série de meurtres dans des lieux bien précis : les célèbres monuments de l’architecte Gaudi, pendant que certains affirment avoir vu le fantôme de l’architecte… Un polar fascinant, surtout pour les adeptes de la capitale catalane.

Les fictions s’inspirant de la société contemporaine

Tous comme les romans classiques, les auteurs de roman graphiques nous offrent de plus en plus de récits s’inspirant de thèmes qui façonnent nos sociétés contemporaines : le passage difficile à l’âge adulte, l’homosexualité, le racisme etc.

A lire : « Cinq milles kilomètres par seconde » de Manuele Fior – Un roman graphique qui offre le portrait d’une certaine génération de trentenaires dans laquelle beaucoup d’entre nous se reconnaitront : vie instable, séduits par plusieurs modèles de vies, en quête de l’amour idéal.

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh – Roman graphique rendu célèbre par son adaptation cinématographique polémique au cinéma « La vie d’Adèle ». Un roman qui nous livre une belle histoire d’amour et qui nous permet de comprendre la difficulté vécue par une adolescente découvrant petit à petit son attirance pour les filles.

Séance 45: Migrations

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Notre chère petite planète a dû voir beaucoup des choses bouger, changer de place, migrer. Les animaux migrateurs par example sont nombreux : des poissons aux oiseaux, à certains mammifères ; il existe même des papillons migrateurs !

L’homme, qui est toujours un animal, migre aussi. Depuis que nos deux pattes ont touché cette terre, on a commencé à se déplacer sans jamais s’arrêter et, en partant du cœur de l’Afrique, on est arrivé à peupler toute la terre. Personnellement, j’ai toujours trouvé cela magique, que l’homme est arrivé à traverser des mères immenses, des montagnes escarpées, des steppes arides, sans la technologie d’aujourd’hui, pour aller habiter simplement partout sur cette terre. Et oui, on l’a bien chatouillé cette notre chère terre avec nos deux petites pattes !

J’imagine un groupe d’hommes et femmes primitifs qui décide de laisser la communauté pour aller ailleurs. Pour quelles raisons ? la famine, des luttes internes, besoin de plus de terres ou d’un enivrement plus favorable, l’exile, la peur, la curiosité et l’instinct de recherche que seule l’homme a et qui le rend un animal assez spéciale. Des raisons différentes ont donc poussé les hommes à migrer mais j’y vois un élément commun, c’est-à-dire la communauté, le groupe. La communauté, ou une partie d’elle, décide d’aller chercher un autre endroit pour vivre. Ils prennent leurs familles, leurs simples outils, les armes pour la chasse et vont à l’encontre de l’inconnu.

Le mouvement ne s’est pas arrêté et aujourd’hui hommes et femmes continuent à bouger afin d’améliorer leurs vies. Les raisons ne sont peut-être pas très différentes de celles du passé ancestrale : le besoin de travailler, le manque de nourriture, la famine et les catastrophes naturelles, les guerres, l’exile, la peur et l’espoir, et finalement cette curiosité, cette envie de découvrir l’inconnu. Le choix de migrer par contre n’est plus seulement au niveau de la communauté ou du groupe mais, à mon avis, individuel ou familiale.

C’est sur ce dernier point que je vous propose de se concentrer pour la prochaine séance : les choix, les difficultés, les histoires personnelles. Bien évidemment la migration est un phénomène social très large et je ne vous demande donc pas de mettre à côté la dimension sociale/politique/économique, mais plutôt de la voir comme l’arrière-plan, la scénographie des histoires personnelles. Je voudrais donc que, lors de notre rencontre, on discute des individus et leurs histoires. Lors de la séance vous serez donc appelés à vous identifier avec le protagoniste de votre roman et le laisser parler à travers vous !

La littérature a abordé ce sujet de plusieurs points de vues ; il existe beaucoup des titres, dans toutes les langues, des tous les pays. Pour cette bibliographie, je me suis concentrée sur des œuvres en français mais je n’ai pas exclus quelques peu de titres en anglais et italien, même si dépourvus de traduction française. Plusieurs titres sont récents et signés par des auteurs immigrés ou originaires des endroits du monde différents de ceux desquels ils habitent. Toutefois, je vous invite, si vous avez envie, à découvrir des histoires du passé, de quand on quittait l’Europe pour aller chercher sa chance ailleurs – histoire de se souvenir que l’Europe a été, et parfois est encore, une terre d’émigration !

Les premiers deux livres de la liste sont parmi les 12 gagnants du Prix de littérature de l’Union européenne qui, depuis 2009, récompense les écrivains émergents en Europe: https://ec.europa.eu/programmes/creative-europe/actions/literature-prize_fr

Avant de vous souhaiter une bonne lecture, je voudrais vous demander d’intégrer cette liste avec vos suggestions en commentaire à ce post !

 

The Year of the Runaways, Sunjeev Sahota (disponible en anglais)

Δενδρίτες (Dendrites), Kallia Papadaki (disponible en grèque)

Madame Bâ, Erik Orsenna

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Middlesex, Jeff Eugenides

Leo l’Africain, Amin Malouf

Persepolis, Marjane Satrapi (roman graphique)

How the Garcia girls lost their accent, Julia Alvarez (disponible en anglais)

Le Grand Quoi. Autobiographie de Valentino Achak Deng, Dave Eggers

Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

Désorientale, Négar Djavadi

Eldorado, Laurent Gaudé

Des fourmis dans la bouche, Khadi Hane

Lyuba ou la tête dans les étoiles, Valentine Gobi

Mémoires d’immigrés, Yamina Benguigui

Droit du sol, Charles Masson (roman graphique)

La mer, le matin, Margaret Mazzantini

Partir, Tahar Ben Jelloun

Le ventre de l’Atlantique, Fatou Diome

Adua, Igiaba Scego (disponible en italien et traduction anglaise)

L’ultimo arrivato, Marco Balzano (disponible en italien et traduction allemande)

Le gang des rêves, Luca di Fulvio

Signes qui précéderont la fin du monde, Yuri Herrera

 

Toutefois, mes livres préférés sur ce thème sont ceux que j’achète en été sur la plage en Italie; des immigrés de toute partie du monde mais surtout venant d’Afrique, marchent pour toute la journée sur la plage sous une grande chaleur en offrant des marchandises différentes : il y en a qui vend des lunettes de soleils et des sacs, des serviettes de plage et des ballon, et il y en a aussi qui vend petits livres ; il s’agit des livres d’éditions indépendantes écrits par d’autres immigrés qui racontent leur histoire personnelle d’émigration et intégration en Italie, ou les légendes des leurs pays, ou les histoires que leurs mères leur racontaient quand ils étaient enfants. Cette séance est dédiée à ces livres, ces histoires et ces personnes.

 

Bonne lecture

Flavia

Séance 44 du canapé: La redécouverte de la rencontre

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Qu’est-ce que c’est une rencontre? La rencontre désigne le ‘fait de rencontrer quelqu’un, de se trouver en sa présence sans l’avoir cherché’ (La Rousse). Elle est aussi définie comme ‘un commencement. Mais le commencement de quoi? C’est là qu’on entre dans l’acceptation. Accepter ou refuser ce qui vous arrive.”(Alain Badiou) et « Une vraie rencontre, une rencontre décisive, c’est quelque chose qui ressemble au destin.’ (Tahar Ben Jelloun)

Pourquoi la redécouvrir? La rencontre moderne prend des formes nouvelles. L’utilisation massive des réseaux sociaux (comme Facebook) et d’applications de rencontres (par exemple Tinder) a, en effet, un véritable effet de dématérialisation de la nature de la rencontre, qui, par conséquence, se caractérise de plus en plus par la ressemblance, la marchandisation, et le contrôle. On ne fait plus confiance au hasard, à l’imprévu, qui par contre nous emporte là où l’on n’aurait jamais eu le courage d’aller.

Cette tendance vers ‘l‘absence de la rencontre’ dans sa forme immédiate m’a donné envie d’aller à la recherche des formes de rencontre en littérature et d’interroger la littérature sur le rôle et les éléments enrichissants qu’une rencontre peut apporter au lecteur. Par ailleurs, un livre ‘c’est aussi une rencontre. Toutes les rencontres sont inoubliables, même quand on en croit les avoir oubliées. Il y en a cependant qui nous bouleversent profondément, qui changent notre manière de voir, de penser, de réagir.’ (Jean-Paul Nozière)

De fait, la littérature semble émaillée de rencontres diverses qui ont un effet décisif sur la vie du personnage ou bien du narrateur: rencontres au hasard ou rencontres orchestrées, rencontres entre deux ou plusieurs personnes, rencontres-retrouvailles, rencontres que le personnage aurait besoin de faire, ou encore rencontres impossibles…
Souvent la rencontre se passe au début de la narration, car elle permet de diriger le personnage vers de nouvelles pistes. Mais parfois, elle arrive après que le personnage a déjà surmonté une série d’obstacles… En tous cas, la rencontre n’est jamais neutre : elle engage l’avenir, pour le meilleur et pour le pire.

Par ailleurs, la rencontre avec l’autre est souvent aussi la (re)-découverte et mise en question de soi-même et de sa certitude: comme tout le monde appartient en effet à une réalité bien concrète, située dans un lieu, une histoire, avec une culture, une organisation sociale, etc., rencontrer l’autre signifie ainsi s’ouvrir à d’autres points de vue, d’autres vérités. ‘Tu ne vaux que ce que valent tes rencontres, le seul luxe est celui des relations humaines.’ (Antoine de Saint-Exupéry)

Pour cette séance du Canapé Littéraire, je vous propose donc de redécouvrir différents types de rencontres dans le domaine littéraire. Il sera ensuite intéressant de réfléchir ensemble sur leur rôle et leur importance.

Voici quelques pistes qui peuvent guider vos lectures et ensuite notre discussion:

  • Quelles sont les caractéristiques de la rencontre et quel est son but? Quelle est la fonction de la rencontre pour la narration de l’hisoire?
  • Qu’est-ce que le personnage cherche? Qu’est-ce qu’il trouve et retire de la rencontre ?
  • Est-ce que la rencontre pose des questions qui peuvent inspirer le lecteur et influencer sa vision du monde?

Voici également quelques suggestions de lecture qui sont bien entendu seulement un début et vous pourriez y rajouter d’autres titres dans lesquels la rencontre joue un rôle déterminant.

  • E.T.A. Hoffman, Le Vase d’or, 1814 L’étrange rencontre avec un serpent bouleverse le cours de la vie d’Anselme, jeune étudiant
  • Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913 Un récit singulier et autonome de la passion amoureuse qui lie un esthète à une « cocotte ».
  • André Breton, Nadja, 1928 Mot clefs : Surréaliste, Rencontre, Amour, Société
  • Antoine de Saint Exupéry, Le Petit Prince, 1943 Un conte poétique et philosophique sous l’apparence d’un conte pour enfants.
  • Albert Camus, La Femme adultère, 1957 Janine, désabusée par sa vie médiocre de femme au foyer qui accompagne son mari représentant en tissus dans le sud algérien, connaît une expérience fusionnelle avec le désert qui la comble.
  • Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958 Le récit de la construction d’une identité. Des proches et des amis acquièrent le statut de guides, avant le détachement progressif de la jeune femme qu’est Simone de Beauvoir et qui permet son cheminement propre.
  • Georges Perec, Un homme qui dort, 1967, Le décrochage d’un jeune homme, qui du jour au lendemain, abandonne sa vie d’étudiant parisien et ne rencontre plus personne
  • Philippe Labro, Un été dans l’Ouest, 1988 Mot clefs : Amour, Rencontre, Roman autobiographique, États-Unis, Initiation
  • Françoise Giroud, Leçons particulières, 1990 L’autrice évoque non pas une seule, mais plusieurs rencontres décisives.
  • Didier Van Cauwelaert, Un aller simple, 1994 Mot clefs : Récit de voyage, Immigration, Rencontre, Gitans, Prix Goncourt
  • Jaques Poulin, La Tournée d’automne, 1997 La tournée d’un chauffeur de bibliobus entre Québec et la côte nord, dont la vie monotone va changer après sa rencontre avec Marie.
  • Ian McEwan, Un bonheur de rencontre, 2003 Mary et Colin se connaissent trop. Leur amour n’en finit pas de mourir. Tout bascule le jour où ils rencontrent Robert et son épouse, la mystérieuse Caroline.
  • Hélène Gaudy, Vues sur la mer,2006 2e sélection du prix Médicis, Mot clefs : Rencontre, Femme, Vie quotidienne
  • Henry Bauchau, Déluge, 2010 Florence, une intellectuelle parisienne, fait la connaissance d’un peintre vieillissant, Florian, dans un petit port du Sud de la France où elle s’est installée pour soigner une grave maladie.
  • Philippe Grimbert, La mauvaise rencontre, 2010 Rien n’aurait dû séparer les deux garçons, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer.
  • Isabelle Pestre, La rencontre, 2012 Dans un univers charnel, poétique et végétal, le parcours poignant d’une jeune femme en quête d’elle-même. Finaliste du Prix des deux Magots
  • Antoine Laurain, La femme au carnet rouge, 2014 Rencontre, Littérature Française, Comédie romantique, Jeu de piste, Destins croisés, Sac à Mains
  • Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube, 2015, Deux personnages se rencontrent à trois reprises.
  • Olivier Poivre d’Arvor, Le Jour où j’ai rencontré ma fille, 2016 À la cinquantaine, moment où son désir d’enfant, jusqu‘ici inexistant, devient une évidence, le narrateur apprend qu’il est stérile. Quelques mois plus tard, il rencontre une fillette de 7 ans au Togo : leur premier contact est bouleversant, l’instant est décisif, c’est Amaal qui sera sa fille. Mais comment fait-on quand on est un homme célibataire pour devenir père ?
  • Emmelene Landon, La Baie de la Rencontre, 2017 La Baie de la Rencontre raconte un retour, celui de George, en Australie, sa terre natale, quittée dans l’enfance. Mais par où aborder ce pays continent ?
  • Kelley York, La rencontre du dernier espoir, 2017 « L’histoire de ces trois ados réunis par des forces qui nous dépassent vous brisera le cœur. Leur amitié plus forte que la mort est décrite avec un talent et une émotion qui vous laisseront K-O. »

“Lire, c’est partir à la découverte d’un univers, c’est aussi partir à la rencontre de celui qu’on est.” (Claire Genoux). Je vous souhaite une belle lecture !

Katja

Séance 43 du Canapé: Guerre et littérature.

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Avec l’amour, la guerre est peut être l’un des plus anciens thèmes de la littérature.  De la Grèce antique (L’Iliade) aux livres écrits sur les conflits contemporains, la liste des livres parlant de la guerre est sans fin.
Si de très nombreux romans se veulent de témoigner directement de la guerre en la laçant au centre du récit, elle est aussi un motif récurrent dans tous les types de littérature. Du roman historique (Guerre et Paix) au roman d’amour (Un long dimanche de fiançailles) en passant par le fantastique et la science-fiction (La guerre des mondes)… On peut aussi penser à la série de romans policiers de James Lee Burke, avec son personnage de flic vétéran du Vietnam (Dans la brume électrique avec les morts confédérés), ou aux romans centrés autour de réfugiés/émigrés et de leur famille  (Middlesex).
A cette richesse de forme s’ajoute l’universalisme du thème, que l’on retrouve dans les
littératures du monde entier, permettant non seulement de mieux comprendre des enjeux qui peuvent nous échapper par le biais seul de l’histoire, mais également des regards croisés fascinants sur un même conflit.
Afin de vous guider dans votre choix et votre lecture, voici quelques pistes de réflexion
supplémentaires:

  • quel est le type de littérature?  fiction, roman autobiographique, journal, correspondances écrites durant une guerre, pièce de théâtre, poème…?
  • l’auteur a-t-il un lien direct avec la guerre? Est-il lui-même un vétéran, une victime, un témoin, un historien….?
  • les personnages sont-ils eux-mêmes des soldats, des civils, des dirigeants, des membres de la famille…?
  • si la guerre est le thème principal du livre, quel en est le but? témoignage, pacifisme,
    patriotisme, exaltation de l’héroïsme…?
  • quel est le « positionnement » du lecteur? fascination avec la guerre, respect, colère, volonté d’apprendre, de comprendre…?
Dresser une bibliographie exhaustive étant impossible, je vais me borner à vous proposer des ouvrages qui m’ont particulièrement marqués:
Série de bandes-dessinées de Jacques Tardi sur la 1ere guerre mondiale et notamment:
C’était la guerre des tranchée, Putain de guerre ou Le dernier assaut.
Tardi décrit la guerre comme une boucherie insensée et un gâchis humain, et est résolument anti-nationaliste. C’est étrangement le premier « livre » qui me soit venu à l’esprit lorsque je préparais la bibliographie. J’y vois là la force des visuels de Tardi qui montre de façon frontale toute l’horreur physique et mentale de la guerre.
Catch-22 de Joseph Heller
Je l’avais présenté au canapé sur les classiques. Un monument de la littérature américaine, et un chef d’œuvre satirique sur la 2ème guerre mondiale.
Tout est illuminé (Everything Is Illuminated) de Jonathan Safran Foer.
Récit autobiographique d’un jeune juif américain qui voyage en Ukraine pour retrouver la
femme qui a sauvé son grand-père de l’Holocauste.  Les parents de l’écrivain sont des
survivants de la Shoah d’origine polonaise.
La Débâcle, Emile Zola
Sur la guerre franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris. Un récit très dur sur la
brutalité de la guerre, et qui montre bien ses ravages sur la vie des gens ordinaires.
Chronique du règne de Charles IX, de Prosper Mérimée
Roman historique sur le massacre de la Saint-Barthélemy (1572) et plus largement sur les
guerres de religion opposant catholiques et protestants. Prosper Mérimée est très précis dans sa reconstitution historique, et critique ouvertement l’intolérance religieuse qui sévit jusque dans les foyers.
Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot
Roman d’amour et roman historique suivant une jeune femme à la recherche de son fiancé
donné pour mort dans les tranchées de la 1ere guerre mondiale  (adapté au cinéma par Jean-Pierre Jeunet).
À l’Ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts Neues) de Erich Maria Remarque
Encore sur la 1ère  guerre mondiale, un roman pacifiste qui suit un jeune soldat allemand.
L’auteur devra quitter l’Allemagne à cause de son pacifisme (également adapté au cinéma,
oscar du meilleur film en 1930).
Suite Française, Irène Némirovsky
Grand succès littéraire, ce roman (en fait deux romans, sur cinq initialement projetés) décrit la France aux débuts de l’occupation par l’armée allemande. L’auteur meure à Auschwitz en 1942 sans finir son œuvre, qui ne sera publiée qu’en 2004.
La Chambre des officiers, Marc Dugain
Sur le phénomène des « gueules cassées », ces soldats défigurés lors des combats de la 1ere
guerre mondiale et qui doivent refaire leur vie tant bien que mal.
Les Cerfs-volants de Kaboul (The Kite Runner), de Khaled Hosseini,
Un autre grand succès littéraire, ce roman raconte l’histoire d’un jeune Afghan, depuis
l’invasion soviétique jusqu’à la montée du régime taliban. L’auteur est né en Afghanistan, et sa famille s’est exilée aux Etats-Unis en 1980.
La Route étroite vers le Nord lointain (The Narrow Road to the Deep North) de Richard Flanagan
Mon choix pour le canapé: roman traitant notamment de la vie des prisonniers de guerre
travaillant à la construction d’un chemin de fer entre la Birmanie et la Thaïlande lors de la
2eme guerre mondiale.

Session 42: Merlin, le Roi Arthur et le Graal

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Bien des grandes mythologies font partie du patrimoine immatériel de l’humanité.

Nous comptons parmi elles les Védas hindoues, la Torah hébraïque, le Gilgamesh assyro-babylonien, l’Odyssée grecque, les Edda scandinaves pour n’en citer que quelques-unes. Certaines mythologies sont plus difficiles à saisir que d’autres, car elles sont plus changeantes et plus soumises aux péripéties de l’histoire.

Il en est ainsi du mythe du Roi Arthur et de celui de Merlin, distincts au départ. Ces deux mythes sont issus d’une culture disparue, celle des Celtes. Cette culture a été petit à petit effacée de la carte, essentiellement pour trois raisons : son mode oral de transmission, la défaite des Celtes face à Rome et l’implantation de la religion chrétienne dans le nord de l’Europe. Quelques mythes ont survécu, ils étaient utiles à la nouvelle religion dans une des tentatives de re-moraliser la chevalerie.

Pendant longtemps on a voulu ignorer que l’abondante littérature médiévale, connue sous l’appellation de « cycle arthurien » ou de « romans de la Table Ronde », écrite en latin mais aussi en français, en anglais, en occitan, en italien, en allemand et en scandinave, tire ses sources d’une tradition celtique bien plus ancienne. Des bribes de cette tradition sont retrouvées grâce aux progrès de la philologie : d’innombrables épopées irlandaises écrites en gaélique et des récits écrits en langue galloise ont enfin pu être déchiffrés.

Le mythe du Roi Arthur.

Le mythe le plus ancien est probablement celui du Roi Arthur. Ne nous méprenons pas : tant le mythe de Merlin que celui du Roi Arthur reposent sur des mythes celtes bien plus anciens dont ils ne sont que la cristallisation. Arthur est un personnage historique autour de l’an 500 de notre ère. C’est un chef de guerre louant ses services aux rois bretons dans leur guerre contre les saxons. Cette guerre se faisait dans l’île de Bretagne. On était à la fin de l’Empire romain et au début de la civilisation mérovingienne en ce qui concerne le continent. Le plus juste serait d’imaginer cet Arthur revêtu d’un uniforme romain du Bas-Empire plutôt que de le décrire sous l’aspect d’un roi Plantagenêt du XIIe siècle. Son champ d’action a été essentiellement le Cornwall avec la fameuse forteresse de Tintagel, le Devon, le Somerset, la fameuse île d’Avalon, le sud du Pays de Galles, et le pays autour de Carlisle (le Carduel des romans arthuriens). Bien des forteresses romaines étaient encore utilisées. Les victoires d’Arthur jointes à sa fin tragique en face d’un rival et à la sombre période qui s’ensuit ont cristallisées des mythes dormants plus anciens. Le rival est devenu le Mordret de la version dite cistercienne de la légende.

Le mythe de Merlin.

Le mythe de Merlin, prophète et enchanteur, daterait de la fin du Vie siècle et se fondrait sur un personnage réel. Il s’agirait d’un petit chef de tribu, Laï-loken, devenu fou et sage à la fois suite à une bataille. Merlin est l’enfant qui parle, le fou plein de sagesse, le grand magicien, le maître de la nature, mais aussi un prêtre issu du paganisme, un fils d’un démon incube.

Le couple Merlin-Arthur.

Arthur et Merlin ont très vite été jumelés en un corpus mythologique unique.

Le Graal.

Le Graal de Chrétien de Troyes (fin du XIIe siècle) ou de Wolfram von Eschenbach (XIIIe siècle) ne sont que le sommet de l’iceberg d’une littérature antérieure abondante. Le Graal prend différentes formes. Du chaudron d’immortalité celte, il devient récipient indéfini, puis un calice ou encore une écuelle. C’est en 1205 que se définit le dogme chrétien de la transsubstantiation, la remise au jour de légendes du Graal n’est pas un hazard.

Moraliser la chevalerie.

Toute guerre est une barbarie, c’est un pléonasme que de l’écrire. Le christianisme a eu bien des torts, dont celui d’avoir voulu éradiquer par la violence toute pensée en contradiction avec lui. Mais il a aussi eu des mérites que l’on oublie trop souvent. Plusieurs fois il a fait des tentatives pour moraliser la chevalerie et les règles de combat. Les « romans de la Table Ronde » en furent une des multiples tentatives…

Des mythes remis au goût du jour.

Aujourd’hui Merlin, le Roi Arthur et le Graal ont été introduits dans plein de récits contemporains. On les retrouve jusqu’à l’autre bout du monde.

Quelques livres suggérés

Les classiques que je recommande :

« Perceval ou le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes, éditions Poche

« Le Livre du Graal », anonyme, Bibliothèque de la Pléiade, trois tomes.

Cet excellent ouvrage est très complet sur la question du Graal et des mythes arthuriens. Voir http://www.humanite.fr/node/423085

« Le cycle du Graal » de Jean Markale, éditions « J’ai lu », quatre tomes : « La naissance du roi Arthur », « Les chevaliers de la Table Ronde », « Lancelot du Lac », « La fée Morgane ». Entre roman et reconstitution historique d’anciens mythes.

« La légende arthurienne – Le Graal et la Table Ronde » éditeur Robert Laffont

Mon coup de cœur :

« Le cycle de Merlin » de Mary Stewart, Le livre de poche, trois tomes : « La grotte de cristal », « Les collines aux mille grottes », « Le dernier enchantement ».

C’est une approche très subtile du mythe, les personnages sont terriblement attachants, on regrette quand l’histoire se termine. L’histoire est extrêmement cohérente, c’est une reconstitution homogène et crédible d’un matériel très disparate au départ. Entre roman et reconstitution historique d’anciens mythes.

Romans :

« Les Dames du lac » et « Les brumes d’Avalon » de Marion Zimmer Bradley, aux éditions Pygmalion.

Trois tomes, Emmanuèle Baumgartner, Éditeur Honoré Champion : « Lancelot », « La Quête du saint Graal », « La Mort du roi Arthur ».

« Graal – Le chevalier sans nom » de Christian de Montella, suivi de « Graal – La neige et le sang » éditions Castor Poche, livres jeunesse. Au moins quatre tomes.

« Le Cycle de Pendragon », de Stephen R. Lawhead, cinq tomes, Le Livre de Poche, fantasy.

« Perceval ou le conte du Graal », de Anne-Marie Cadot-Colin & Chrétien de Troyes (sic !) Livre de Poche Jeunesse.

Roman policier :

« L’Empire du Graal », Giacometti et Ravenne, édition JC Lattès

Il y a surement encore plein d’autres livres que je n’ai pas répertoriés, tout apport est le bienvenu ! Je vous ai épargné les livres ésotériques sur la question ; il y a plein de choses très farfelues et un peu indigestes dans ce genre particulier…

Bonne lecture !

Eric

Entre multi-localité, afropolité et identités transnationales

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Il y a quelques mois déjà une programme litteraire danoise que j’écoute regulièrement avait sur le programme deux écrivaines qui mobilisaient des concepts autour de l’appartenance et l’identité tel que la multi-localité, l’afropolit(e), les identités transnationales. Cela m’avait interpellé, sur tout l’idée du multilocalité (Selasi), et me rapelait le livre Origines d’Amin Malouf. J’avais alors envie de proposer que nous lisons chaque un/une au choix un des livres suivantes:
Taiye Selasi
Selasi est née à Londres, en Angleterre, d’une mère nigériane et d’un père ghanéen, une famille de médecins et a grandi à Brookline (Massachusetts) , Massachusetts. En 2005, elle publie Bye-Bye Babar or What is an Afropolitan? (Bye-Bye, Babar ou Qu’est-ce qu’un Afropolitain ?). Ce premier ouvrage n’est pas un roman, mais un essai sociologique mettant en exergue l’émergence d’une nouvelle génération d’Africains. Elle y créée et popularise le terme d’« Afropolitain » : ne se sentant ni vraiment britannique, ni américaine, ni totalement africaine de tradition, étant marqué par la culture urbaine et les métropoles occidentales, elle se créée une identité à elle. La même année, elle écrit une pièce de théâtre, qui est produite dans un petit théâtre par Avery Willis, nièce de Toni Morrison. En 2006, elle s’accorde un délai d’un an sur les conseils de Morrison et écrit The Sex Lives of African Girls. L’histoire est publiée par le magazine littéraire Granta au Royaume-Uni en 2011. En 2010, Penguin Press, deuxième plus grande maison d’édition au monde, achète le premier roman de Selasi, Ghana Must Go, au vu des 100 premières pages, écrites d’un jet selon l’auteur. L’ouvrage est publié en 2013 et est très bien accueilli par la critique,1011. Choisi comme l’un des 10 meilleurs livres de 2013 par le Wall Street Journal et The Economist, il est vendu dans 17 langues et 22 pays à partir de 2014.Taiye Selasi se dit également photographe et musicienne.(Wikipedia).
Le Ravissement des innocents (Ghana must go), traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter, Éditions Gallimard, 2014.
C’est l’histoire d’une famille, des ruptures et déchirements qui se produisent en son sein, et des efforts déployés par chacun pour ?uvrer à la réconciliation. En l’espace d’une soirée, la vie sereine de la famille Sai s’écroule : Kwaku, le père, un chirurgien ghanéen extrêmement respecté aux États-Unis, subit une injustice professionnelle criante. Ne pouvant assumer cette humiliation, il abandonne Folá, sa ravissante épouse nigériane, et leurs quatre enfants. Dorénavant, Olu, leur fils aîné, n’aura d’autre but que de vivre la vie que son père aurait dû avoir. Les jumeaux, la belle Taiwo et son frère Kehinde, l’artiste renommé, verront leur adolescence bouleversée par une tragédie qui les hantera longtemps après les faits. Sadie, la petite dernière, jalouse l’ensemble de sa fratrie. Mais l’irruption d’un nouveau drame les oblige tous à se remettre en question. Les expériences et souvenirs de chaque personnage s’entremêlent dans ce roman d’une originalité irrésistible et d’une puissance éblouissante, couvrant plusieurs générations et cultures, en un aller-retour entre l’Afrique de l’Ouest et la banlieue de Boston, entre Londres et New York. (Babelio).
Chimananda Ngozi Adichie
Née dans la ville d’Enugu, elle grandit dans la ville universitaire de Nsukka au sud-est du Nigeria, où est implantée l’université du Nigeria à Nsukka (UNN, University of Nigeria, Nsukka) depuis 1960. Durant son enfance, son père enseignait à l’UNN comme professeur de statistiques, et sa mère était la responsable du bureau de la scolarité. À l’âge de 19 ans, elle quitte le Nigeria pour les États-Unis. Après avoir étudié à la Drexel University de Philadelphie en Pennsylvanie, Chimamanda Ngozi Adichie opte pour l’Eastern Connecticut State University afin de vivre plus près de sa sœur, qui exerçait la médecine à Coventry (actuellement à Mansfield, CT). Elle poursuit là ses études en communication et en sciences politiques. En 2001, elle y décroche son diplôme universitaire avec la mention honorifique summa cum laude. Elle achève ensuite un master en création littéraire à l’université Johns Hopkins de Baltimore en 2003. Elle obtient un M.A. (maîtrise ès arts) d’Études africaines à l’université Yale en 2008. La même année, elle intervient comme « écrivain visiteur » à l’Université wesleyenne (Wesleyan University) de Middletown dans le Connecticut où elle participe à la collection Wesleyan’s Distinguished Writers Series. (Wikipedia)
Americanah, (Americanah), trad. d’Anne Damour, Paris, Éditions Gallimard, 2015.
«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.» Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés? Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.
À la fois drôle et grave, doux mélange de lumière et d’ombre, Americanah est une magnifique histoire d’amour, de soi d’abord mais également des autres, ou d’un autre. De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et les clichés sur la race ou le statut d’immigrant, et parcourt trois continents d’un pas vif et puissant. (Babelio)
Autour de ton cou, (The Thing Around Your Neck), trad. de Mona de Pracontal, Paris, Éditions Gallimard, 2013.
Lauréate de la loterie des visas, Akunna quitte le Nigeria pour les États-Unis ; elle y découvre un pays qui a bien peu à voir avec celui de ses attentes. À Kano, dans le nord du Nigeria, une violente émeute inter-communautaire réunit deux femmes que tout sépare : une marchande d’oignons musulmane et une étudiante issue de la bourgeoisie chrétienne de Lagos. Dans Nsukka blanchie par l’harmattan, James Nwoye, ancien universitaire au soir de sa vie, repense au rêve biafrais et attend, la nuit, les visites de sa femme défunte, qui vient caresser ses jambes fatiguées…
Voici quelques-uns des personnages des nouvelles d’Adichie ; ils composent une image complexe et riche de la réalité nigériane d’aujourd’hui, qui prend ses racines dans le passé et se prolonge dans l’expérience de l’émigration, une plongée émouvante, souvent poignante, tour à tour terrible et drôle, toujours vibrante d’humanité. (Babelio).
L’Autre moitié du soleil, (Half of a yellow sun), trad. de Mona de Pracontal, Paris, Éditions Gallimard, 2008.
Lagos, début des années soixante. L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale.Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo. Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes. Évoquant tour à tour ces deux époques, l’auteur ne se contente pas d’apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l’Histoire bouleverse les vies. Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L’autre moitié du soleil est leur chant d’amour, de mort, d’espoir. (Babelio)
L’Hibiscus pourpre, (Purple Hibiscus), trad. de Mona de Pracontal, Paris, Éditions Anne Carrière, 2004.
Kambili a quinze ans. Son monde est limité aux murs de la résidence luxueuse d’Enugu, au Nigeria, où elle vit avec ses parents et son frère Jaja. Son père, Eugène, est un riche notable qui régit son foyer selon des principes d’une rigueur implacable. Sa générosité et son courage politique (il possède le seul journal indépendant du pays) en font un véritable héros de sa communauté. Mais Eugène est aussi un fondamentaliste catholique, qui conçoit l’éducation de ses enfants comme une chasse au péché où les plus terribles punitions trouvent leur justification dans la foi. Quand un coup d’Etat vient secouer le Nigeria, Eugène, très impliqué dans la crise politique, est obligé d’envoyer Kambili et Jaja chez leur tante. Les deux adolescents y découvrent un foyer bruyant, plein de rires et de musique. Ils prennent goût à une vie simple, qu’ils croyaient dangereuse et païenne, et ouvrent les yeux sur la nature tyrannique de leur père. Lorsque Kambili et son frère reviennent sous le toit paternel, le conflit est inévitable et la maison se transforme en champ de bataille où les enfants vont se révolter pour gagner leur liberté. L’Hibiscus pourpre est un roman bouleversant sur la fin de l’innocence, la violence domestique, l’intolérance religieuse et l’émancipation.(Babelio).
Amin Malouf
Né à Beyrouth, Amin Maalouf passe pourtant les premières années de son enfance en Égypte, patrie d’adoption de son grand-père maternel, lequel a fait fortune dans le commerce à Héliopolis. De retour au Liban, sa famille s’installe dans un quartier cosmopolite de Beyrouth en 1935, où elle vit la majeure partie de l’année, mais passe l’été à Machrah, village du Mont-Liban dont les Maalouf sont originaires5. Son père, journaliste très connu au Liban, également poète et peintre, est issu d’une famille d’enseignants et de directeurs d’école. Ses ancêtres, catholiques romains, grec-catholiques, orthodoxes, mais aussi athées et francs-maçons, se sont convertis au protestantisme presbytérien au xixe siècle. Sa mère est issue d’une famille francophone et maronite, dont une branche vient d’Istanbul, ville hautement symbolique dans l’imaginaire d’Amin Maalouf, la seule qui soit mentionnée dans chacune de ses œuvres6. La culture du nomadisme et du « minoritaire » qui habite son œuvre s’explique sans doute en partie par cette multiplicité des patries d’origine de l’écrivain, et par cette impression d’être toujours étranger : chrétien dans le monde arabe, ou arabe en Occident. (Wikipedia).
Origines, Grasset, 2004.
Il était une fois deux frères, Gebrayel et Botros, nés dans ce Liban de la fin du XIXe siècle encore partie intégrante de l’Empire ottoman. Le premier rêve de conquérir le monde et quitte l’Orient natal pour faire souche à Cuba. Le second, homme de pensée et de livres, reste au pays. Ainsi commence la saga des Maalouf, sédentaires ou nomades, emportés par l’histoire dans une diaspora familiale, et que relient, du Brésil à l’Australie et des Etats-Unis à la France, le bruissement d’un nom et la conscience d’une origine commune. C’est à cette  » tribu « , dont il reconstitue l’histoire avec la rigueur d’un archiviste et l’empathie d’un romancier, que l’auteur du Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993) rend un magnifique hommage d’amour et de fidélité. Pour l’écrivain, lui-même en exil, n’est-elle pas sa seule patrie ? (Babelio).
Bonne lecture!
Pernille