Archives de Catégorie: Bibliografie

Bibliographies des thèmes

Une esquisse d’orientation pour la séance n. 55 du Canapé Litteraire

Par défaut

Si parler du Maghreb pourrait être déjà un sujet pour un long débat, la question qui se pose aujourd’hui est même plus complexe. Afin de faciliter la tâche, je vous propose de centrer le sujet de ce Canapé Littéraire sur la littérature en français des auteurs maghrébins (y compris ceux nés en France mais de racines maghrébines). Cela laissera dehors des auteurs comme Albert Camus.

Les fondateurs de cette littérature maghrébine de langue française ont conduit une réflexion critique sur leurs sociétés doublées d’une prise de conscience identitaire. La figure de Kateb Yacine est particulierement importante mais comprend d’autres auteurs comme Driss Chraïbi, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib et Ahmed Sefrioui.

La génération des années soixante-dix, qui s’est penchée sur les mêmes thèmes que son aînée, propose cependant une écriture plus violente. Pour illustrer cette deuxième vague d’auteurs maghrébins on peut citer Rachid Boudejra, Abdelkbir khatibi, Nabil Farés, Mohamed Khaïr-Eddine, Abdelatif Laâbi, Tahar Ben Jelloun, tous nés dans les années trente et quarante. Le prix Goncourt octroyé a Ben Jelloun en 1984 pour La Nuit Sacrée constitue un véritable tournant dans la considération et la visibilité publique de cette littérature.

La troisième génération est plus engagée dans la réalité politique et sociale actuelle. Elle pose un regard lucide sur la complexité des réalités maghrébines dans leurs relations multiformes et mouvementées avec le monde extérieur, y compris avec la France et la langue française. Elle se penche, entre autres, sur la place de l’individu dans la société. Les personnages réclament une autonomie; le phénomène doit être associé à l’émergence de l’individu et d’une société civile. Les écrivains les plus en vue de cette nouvelle génération sont Rachid Mimouni, Abdelwahed Meddeb, Fouad Laroui, Tahar Djaout, Mohamed Moulessehoul, Yasmina Khadra.

La quatrième génération qui vient de voir le jour avec l’avènement du XXIe siècle, est illustrée entre autres par Le Jour venu de Driss C. Jaydane, Leila Slimani (prix Goncourt en 2016) ou Abdellah Taia, Kamel Daoud.

Cette littérature est peut-être aussi ces jeunes talents qui éclosent sur la terre d’accueil, que ce soit en France ou ailleurs. Ainsi les écrivains d’origine maghrébine, nés ou installés depuis leurs tendre enfance sur le sol français, écrivent leurs parcours en langue française et soulignent les rapports à la fois passionnels et ambigus avec la terre d’accueil et sa langue.

Si Taos Amrouche, Assia Djebbar et Fatima Mernissi sont les pionnières de la littérature féminine d’expression française au Maghreb, d’autres, encore plus nombreuses, ont écrit les souffrances, les aspirations et les rêves des femmes à travers des personnages — féminins et masculins — tiraillés entre l’émergence de l’individu en tant qu’entité libre de ses choix et le poids d’une société qui a tendance à dissoudre l’individualité, jusqu’à l’effacer dans le groupe.

Liste d’écrivains suggérés

https://www.babelio.com/liste/4849/Les-10-meilleurs-romans-du-Maroc-actuel

https://www.babelio.com/livres-/litterature-algerienne/4277

BEN JELLOUN TAHAR: Partir, La nuit Sacrée, Cette aveuglante absence de lumière

DALIL REDA: Le job

DAOUD KAMEL: Mersault contre-enquête.

FADEL, YOUSSEF: Un joli chat blanc marche derrière moi.

KHADRA YASMINA: L’attentat

LAROUI FOUAD: Les tribulations du dernier Sjilmassi.

MERNISSI FATIMA: https://www.babelio.com/auteur/Fatima-Mernissi/14360

MIMOUNI RACHID (1945-1995): https://www.babelio.com/auteur/Rachid-Mimouni/9278

SANSAL BOUALEM: https://www.babelio.com/auteur/Boualem-Sansal/20271

SOUAG MOHA: Nos plus beaux jours.

SLIMANI LEILA: Dans le jardin de l’ogre, Chanson Douce.

TAIA ABDALLAH: Un pays pour mourir.

YACINE KATEB (1929-1989). https://www.babelio.com/auteur/Kateb-Yacine/79729

Damian

Publicités

Séance n. 54 : Les histoires du 1968

Par défaut

50 ans sont passés du 1968 et plusieurs articles et livres dédiés à cette année qui a marqué l’histoire récente et la conscience collective, sont disponibles dans les journaux et les magazines ainsi que sur l’internet. A plusieurs se sont penchés sur l’héritage du 1968, en se posant des questions sur les liens entre événements, sur les combats, sur les conquêtes et les chutes des mouvements de contestations qui à la fin des années ‘60s ont essayé de changer le monde.

Nombreux événements ont eu lieu en 1968 partout dans le globe et des nombreux thèmes ont été l’objet des contestations et des protestations à partir du 1965 jusqu’à la fin des années ’60s, le ’68 étant le pic qui a marqué la conscience collective. Ce n’est pas celui-ci le lieu pour évoquer événement ni thème sur lesquels l’on peut trouver des nombreux ouvrages sociologiques, historiques, politiques. Ce que je vous propose pour notre séance dédiée à cette année marquante, est de s’en approcher d’un angle personnel et romanesque, de regarder comment les protagonistes ont vécu ces événements, quels étaient leurs combats, leurs désirs, leurs quêtes personnelles et pour la société.

Le centre de notre discussion ne sera donc que la contestation du May ‘68 à Paris mais l’œil des jeunes qui à Berkley, à Prague, à Paris sont descendus dans les rues pour porter leurs idéaux, rompre avec la société des pères, demander la démocratie, la justice sociale ou la fin des discriminations raciales et celle d’une guerre qui les tuait sans pitié. Les jeunes étaient les protagonistes d’une volonté de rupture d’une société telle que celle créée par leurs pères, ce qui a fait inévitablement basculer l’équilibre de plusieurs familles et le destin individuel des activistes les plus engagées.

L’internet est riche d’articles et même de bibliographies des romans dédiés au 1968. Je vais donc vous renvoyer vers les liens qui me semblent plus intéressants :

Un usager de Babelio a préparé cette excellente bibliographie qui comprend surtout des auteurs français : https://www.babelio.com/liste/1324/Mai-68

Cet article de The Guardian propose des ouvrages internationaux : https://www.theguardian.com/books/2018/may/11/may-1968-the-revolution-retains-its-magnetic-allure

Pour ceux qui aiment la bande dessinée, voici une bibliographie dédiée à la bande dessinée et le ’68 : https://journals.openedition.org/belphegor/1012?lang=en

Il ne manque pas des recueilles d’ouvrages sorties en 1968 et qui étaient achetés et lus pendant l’année ; pour ceux qui lisent l’italien, voici un petit article assez intéressant : http://quiquotidiano.it/2018/03/17/letteratura-1968-carrellata-flash-di-scrittori-poeti-sia-italiani-che-stranieri/. Dans ce contexte on ne peut pas manquer d’évoquer le livre d’inspiration des étudiants en révolte, c’est-à-dire « L’Homme unidimensionnel » de Herbert Marcuse. Si vous ne l’avez pas lu, cet article de Le Monde pourrait vous aider : https://www.lemonde.fr/idees/article/2008/08/04/l-homme-unidimensionnel-par-stephane-legrand_1080098_3232.html. L’analyse sociologique et historique ne sera pas l’objet de notre discussion mais si vous voulez approfondir, l’ouvrage de Richard Vinen, « The long ’68« , qui est sorti en avril 2018 présente et explique les événements globaux.

Pour terminer, voici ma petite sélection d’ouvrages romanesques qui pourraient donner une contribution par rapport à l’approche que je vous propose pour notre séance de la rentrée : les histoires individuelles. N’hésitez pas à ajouter vous suggestions en commentaire à ce post.

A Paris, au printemps, ça sent la merde et les lilas, de Régine Deforge qui est condamnée pour « outrage aux bonnes mœurs par la voie du livre » par la 17e Chambre correctionnelle pour les œuvres érotiques publiés par sa maison d’éditions.

Chien blanc, un regard de Romain Gary sur l’Amérique des contestations.

Chronique de May ’68, Mavis Gallant, Canadienne de langue anglaise habitant Paris, a tenu un journal du 3 mai au 4 juin 1968.

Camarade de classe, Didier Daeninckx nous raconte, avec précision et humanité, l’histoire d’une génération marquée par les bouleversements des années soixante et soixante-dix.

Derrière la vitre, Robert Merle, Au huitième étage de la tour, les étudiants, assis dans les fauteuils des mandarins, s’emparaient symboliquement du pouvoir.

Fleurs de rage, Jacques Mondoloni. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains.

Forget ’68, de Daniel Cohn-Bendit, Stéphane Paoli et Jean Viard. Réflexions sur les ’68 accompagnés des témoignages et souvenir de l’étudiant expulsé Daniel Cohn-Bendit.

Jeunes femmes rouges toujours plus belles, Frédéric H. Fajardie. Freddy et Teddy sont deux jeunes chiens fous. Ils vont de manifs en émeutes jusqu’au jour où la police les choisit à leur insu pour monter une provocation.

La Manière noire, d’Hélène Parmelin est la vie d’un écrivain nommé Faubourg, à Paris, à la fin du mois d’octobre 1968, entre six heures du soir un certain jour, et l’aube de la nuit suivante.

L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera. La relation tourmentée d’un couple pendant plusieurs années et plusieurs pays.

L’uso della vita, Romano Luperini : roman historique qui comte le ’68 à Pisa en mescland faits et personnages réels et de fiction.

My Revolutions de Hari’s Kunzru dont le personnage principale participe au mouvement de contestation contre la guerre au Viet Nam aux Etats Unis et rentre par la suite dans un groupe terroriste.

Qu’as-tu fait de tes frères? de Claude Arnaud. La confession d’un enfant d’une époque qui continue de hanter notre imaginaire.

Vogliamo tutto (disponible en français avec le titre de Nous voulons tout), de Nanni Balestrini sur les luttes ouvrières des années ’68 et ’69 en Italie.

Bonne lecture,

Flavia

L’Histoire, c’est du roman (hé non)

Par défaut

Les Français aiment l’Histoire, le récit scientifique des évènements passés. Il est facile de trouver dans une librairie des biographies, des livres d’histoire sociale ou des romans historiques.

Je vous invite à nous pencher sur un phénomène différent, apparu récemment dans le roman français contemporain avec quelques auteurs : l’histoire-roman.

Une conversation avec le dernier Goncourt, Eric Vuillard, qui reviendra bientôt à Bruxelles, m’a incité à creuser ce thème. Il ne s’agit pas vraiment de romans historiques avec des personnages clairs (type les Rois maudits), ni de récits souhaitant respecter la réalité historique, ou de mode journalistique. C’est plutôt la vision par la littérature de la mentalité historique d’un évènement.

Le traitement adopté par les écrivains porte moins sur les faits exacts que sur les sensations, l’impression qu’on pouvait avoir à l’époque. C‘est généralement une réflexion sur le récit historique : ce récit populaire qui admet une certaine version des évènements, alors que la réalité est souvent différente.

On peut voir la source de cette tendance littéraire dans plusieurs éléments. Peut-être est-ce la raréfaction des réussites romanesques en langue française ? L’influence de l’école des sciences sociales (école dite « des Annales » qui a poussé en France vers une étude approfondie des mouvements sociaux : histoire du sel, du silence, …) ? Le poids croissant de l’information et des faits divers dans la constitution des mentalités ?

Ces livres portent sur des évènements historiques majeurs, ou des personnages emblématiques, mais aussi souvent, sur des faits divers authentiques (assassinats, catastrophes, faits sociaux sordides) qui, dans la mesure où ils marquent leur époque, ou sont typiques de la mentalité d’une époque constituent à leur tour des repères historiques.

Il faut avouer que cette tendance donne à la fois des livres magnifiques et d’autres très très mauvais. C’est une des pots de réflexion : quelle est la limite littéraire à cet exercice ?

Je n’ai quasiment identifié que des Français mais serais heureux d’avoir de votre part des illustrations d’autres pays.

Eric Vuillard

https://www.babelio.com/resrecherche.php

Tous ses livres, remarquablement écrits, reposent sur l’examen d’une préemption des peuples les uns par les autres, et que le mal habite non les hommes mais les « systèmes » : multinationales, état-majors, bandes armées en conquête. Il remet en scène des instantanés de l’histoire pour les « déplier » comme une carte, avec toutes leurs orientations, et montrer qu’ils ont déjà mis en scène, par l’Histoire « officielle » ou communément admise.

L’ordre du jour :

L’absence de résistance et les complicités à la prise de pouvoir des Nazis à deux moments clefs : les premières élections en 1933 et l’Anschluss en 1938. Vuillard insiste sur le fait que la victoire nazie était moins inéluctable qu’on le pense aujourd’hui, puisqu’elle reposait en partie sur du bluff. Goncourt 2017.

Congo :

Le « traitement » du Congo belge par le Roi Léopold et par les hommes qu’il y avait dépêchés, dont l’un d’entre eux décida un jour que chaque balle tirée devait être justifiée par une main coupée. Insoutenable.

Tristesse de la terre :

L’élimination des derniers Indiens dans l’Ouest américain, et le début de la mise en scène au théâtre de la conquête de l’Ouest, par Buffalo Bill qui embaucha des rescapés pour jouer le massacre des leurs.

Jour de fête :

L’histoire du 14 juillet, à Paris, en l’année.. 1789

Conquistadors :

La conquête des Amériques

La bataille d’Occident

Les erreurs de stratégie par les états-majors de la première guerre mondiale.

« La Bataille d’Occident est l’un des noms de nos exploits imaginaires. C’est un récit de la Grande Guerre, celle de 14-18, où nos différentes traditions de « maîtres du monde » manifestèrent ouvertement leur grande querelle. Il en résulta un charnier sans précédent, la chute de plusieurs empires, une révolution. Et tout cela fut déclenché par quelques coups de révolvers ! »

 

Laurent Binet

https://www.babelio.com/auteur/Laurent-Binet/85725

Pas le meilleur mais un des auteurs les plus représentatifs de cette tendance

HHHH :

Biographie de Heydrich, l’organisateur de la « solution finale », et récit de son exécution par les résistants tchèques en 1942, le livre raconte aussi les difficultés de l’auteur à accoucher de son sujet obsessionnel. Cette mise en abime, assez narcissique, fait toute la saveur de ce livre à part.

La septième fonction du langage :

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L’hypothèse est qu’il s’agit d’un assassinat. (C’était un structuraliste, alors pourquoi pas.. !?)

 

Marc Dugain

https://www.babelio.com/auteur/Marc-Dugain/3359

Après un roman sur les « gueules cassées » de 14-18, il explore essentiellement l’histoire des Etats-Unis d’après-guerre, marchant sur les traces de James Ellroy, dans des récits historiques. Il a également livré des essais sur l’espionnage et le numérique, ou une trilogue romanesque sur la classe politique. Ses livres sont assez proches de romans historiques contemporains.

La malédiction d’Edgard :

Monologue du compagnon intime d’Edgar J Hoover, patron du FBI pendant cinquante ans.

Avenue des Géants :

Autobiographie d’un serial killer américain, très fortement copiée sur un tueur authentique.

Ils vont tuer Robert Kennedy :

Un enseignant enquête sur la mort de ses parents qui serait liée à celle de Robert Kennedy.

Une exécution ordinaire :

Portrait du Kremlin à travers l’Histoire de la femme médecin de Staline et de la destinée du sous-marin Koursk.

« Et qu’est-ce que la terreur ? C’est la certitude pour tout homme de l’Union Soviétique, du plus humble au plus puissant, de l’anonyme à l’ami intime de Staline, que rien ne le protège d’une décision de l’exécuter qui peut tomber chaque instant sans véritable fondement. Les hommes doivent accepter qu’à tout moment, sans raison précise, on puisse les ramener à cette forme absolue de modestie qu’est la mort…………….. »

 

Emmanuel Carrère :

https://www.babelio.com/auteur/Emmanuel-Carrere/3384

L’adversaire :

Le récit de la vie de Jean-Claude Roman qui mentit pendant vingt ans à ses proches qui le croyaient médecin, et décida un jour de tous les tuer. Une histoire et un livre hors du commun, pétrifiants.

D’autres vies que la mienne :

Survivant du tsunami en Thaïlande en 2004, l’auteur relativise sa vie en mettant en parallèle la mort d’enfants de ses amis, et la vie d’une magistrate luttant pour les couples menacés de surendettement.

Limonov :

La biographie d’un incroyable écrivain franco-russe, aventurier et mercenaire

Un roman russe :

En partant sur les traces de ses origines russes, l’auteur se met en scène dans une sordide histoire de faits divers où l’on peine à démêler le vrai du faux

Le Royaume

Comment d’une secte persécutée, l’exalté romain a-t-il transformé le groupe des fidèles du Christ en une église mondiale ? Qu’est-ce qui peut être authentique dans les récits de l’Evangile ? Une enquête policière, érudite et passionnante, où les coupables sont la mémoire populaire, et le goût des hommes pour les légendes, surtout lorsqu’elles sont vraies.

 

Christophe Bataille

https://www.babelio.com/auteur/Christophe-Bataille/24511

L’élimination :

Le récit de l’extermination des intellectuels par les Khmer rouges au Cambodge, à travers l’interview du principal bourreau par le fils d’une victime. Un de mes livres préférés, avec un style remarquable de dignité et de distanciation.

L’expérience :

Le récit, par les militaires présents, des premiers essais nucléaires français dans les années soixante, dans le désert saharien.

 

Régis Jauffret

https://www.babelio.com/auteur/Regis-Jauffret/5495

Amoureux des faits divers (« Microfictions »), Jauffret se saisit maintenant, avec plus ou moins de bonheur, d’évènements médiatiques marquants pour en tirer des récits romancés. Il est souvent vu comme le meilleur styliste français aujourd’hui. Est-il encore un romancier ?

Claustria

Platon, le mythe de la caverne, mais au fond d’une cave autrichienne, à travers u kidnapping ultra médiatisé. Bof.

La ballade de Rickers Island

Un des hommes les plus puissants au monde est enfermé aux Etats-Unis pour avoir obligé une femme de chambre à une faveur sexuelle. Si cela vous dit quelque chose, inutile de lire ce livre déplaisant, écrit juste après les faits.

Essayez plutôt :

Sévère :

Le banquier Edouard Stern a été assassiné. Sa maitresse avouera le crime. Mais que dit-elle de cette sordide histoire d’amour ? Un style exigeant, épuré, pour une tragédie amoureuse :

« Je l’ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m’a initiée au maniement des armes. Il m’a fait cadeau d’un revolver. Je l’ai abattu d’une balle entre les deux yeux. »

 

Etienne Davodeau :

Cet auteur de romans graphiques (BD) revisite les épisodes sociaux et politiques de la France avec un regard critique, reposant sur les témoignages d’acteurs de l’époque, en marge de l’Histoire officielle

https://www.babelio.com/livres/DavodeauCollom-Cher-Pays-de-Notre-Enfance-Enquete-Sur-les-Annees/1009873

Cher Pays de Notre Enfance (Enquête Sur les Années de Plomb en France) : la face sombre du gaullisme (espionnage et grand banditisme)

Un homme est mort : tensions sociales en Bretagne en 1950

 

Simon Liberati

https://www.babelio.com/auteur/Simon-Liberati/6573

Auteur que je n’aime pas vraiment, mais qui fait incontestablement partie de cette tendance.

Eva

Récit de la vie tourmentée de la compagne de Liberati, poussée par sa mère à devenir une idole sexuelle à treize ans.

Les rameaux noirs :

Portrait autobiographique des membres de sa famille : un père fou, un frère poète, …

Jane Mansfield 1967 :

L’accident de voiture qui a décapité la « plus jolie blonde Hollywood ».

Californian girls

L’assassinat atroce par la secte Manson de la femme enceinte de Polanski, Sharon Tate, et de ses amis en 1969. Atroce. Tous ceux qui l’ont lu m’ont recommandé d’éviter de l’ouvrir.

 

D’autres titres isolés, mais très bons

  • Un roman français, de Frédéric Beigbeder

https://www.babelio.com/livres/Beigbeder-Un-roman-francais/137576

Autobiographie de l’écrivain qui inscrit sa famille et son destin dans l’évolution chaotique de la bourgeoisie de province. Plaisant.

 

  • Fukushima : Récit d’un désastre, de Michaël Ferrier

https://www.babelio.com/livres/Ferrier-Fukushima–Recit-dun-desastre/354744

Enseignant de français au Japon, l’auteur assiste au désastre que provoque dans la société japonaise l’explosion de la centrale nucléaire. Bien écrit.

 

  • La vie de Franck, d’Eric Neuhoff

https://www.babelio.com/livres/Neuhoff-Histoire-de-Frank/117825

Biographie de Franck Sinatra, dans un style splendide, qui trace le portrait du mythe.

 

  • Deux messieurs sur la plage, de Michael Köhlmeier (autrichien)

https://www.babelio.com/livres/Khlmeier-Deux-messieurs-sur-la-plage/754569

Une photo suffit à bâtir la relation « probable ou improbable, en tout cas plausible » entre deux personnalités du siècle : Charlie Chaplin et Winston Churchill.

 

  • Constellation, d’Adrien Bosc

https://www.babelio.com/livres/Bosc-Constellation/618624/citations?pageN=3

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le modèle Constellation, s’écrase sur une montagne des Açores. Qui était à bord ? Derrière une catastrophe sordide, un livre magnifique qui s’attache non leur mort, mais à la vie reconstituée de chacun des passagers et à leur époque.

« En termes rhétoriques, l’avion qui s’apprête à décoller d’Orly le 7 décembre 1949 est une prosopopée. Ce livre n’en est pas une. La fiction d’un je omniscient enfilant les vêtements des victimes comme l’on se glisse dans les costumes d’un petit théâtre d’époque n’existe pas. La description du vol, l’agencement des personnages en partie de ce tout que fut l’avion, est le seul point de vue, le seul effet de manches, espérons qu’il n’en cache aucun autre. »

 

  • Les disparues de Vancouver :

https://www.babelio.com/livres/Fontenaille-Les-disparues-de-Vancouver/165059/citations

L’année où l’on magnifiai le sport en accueillant les Jeux olympiques à Vancouver, ce livre a voulu se souvenir d’une centaine de « corps » disparus, des prostituées tuées dans cette ville, où tout le monde s’en fichait, tout le monde sauf le mari d’une d’entre elles qui a fait éclater le scandale.

« A Montréal, un groupe de femmes-artistes a peint une fresque sur un mur, dans une rue où les femmes tapinent. Elles les montre toutes ensemble, rassemblées, en marche. Le drame des Disparues a ébranlé le pays tout entier… Une onde de choc du Pacifique à l’Atlantique, jusqu’à la pointe de Gaspé : Honte au Canada. Entendu un soir dans un bar : « Un quart des Canadiens ont du sang indien dans les veines, les trois quarts restants ont du sang indien sur les mains. »

 

  • Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin

https://www.babelio.com/livres/Decoin-Est-ce-ainsi-que-les-femmes-meurent-/115791

Pourquoi une femme a-t-elle pu être tuée au pied de son immeuble, alors que 43 personnes en étaient témoins ? Inoubliable.

« Car, quand on y réfléchit bien, tuer la presse écrite n’a jamais été le but ni l’intérêt de la télé. Contrairement à ce qu’annonçait le sociologue McLuhan, nous n’avions pas quitté la galaxie Gutenberg Pour la galaxie Marconi. Les images ne l’avaient pas emporté sur les mots. Plus l’information tendrait vers l’instantané, et donc vers le chaos, plus nous aurions besoin de la référence du texte pour la décrypter, la classe, la vérifier. »

 

  • La câche, de Christophe Boltanski

https://www.babelio.com/livres/Boltanski-La-cache/722723

Récit de l’appartement d’une famille neurasthénique, qui a peur de l’extérieur (Boltanski deviendra grand reporter en Afrique) ; le secret tient à l’histoire du père, juif, et de comment il a échappé aux rafles pendant la guerre. Prix Femina 2015.

« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la nourriture avariée. Des œufs pourris. Des foules et de leurs préjugés, de leurs haines, de leurs convoitises. De la maladie comme des moyens mobilisés pour la contrer. Du comprimé absorbé après une lecture attentive du dictionnaire Vidal. De l’asphyxie au gaz de ville. D’une noyade en mer. D’une avalanche en montagne. Des voitures. Des accidents. Des porteurs d’uniforme. De toute personne investie d’une autorité quelconque, donc d’un pouvoir de nuire. Des formulaires officiels. Des recours administratifs. De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses. Du blanc qui présuppose le noir. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. Des Français qui se définissent comme bons, par opposition à ceux qu’ils jugent mauvais. Des voisins indiscrets. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

Stéphane P.

47e rencontre du Canapé littéraire : La rentrée littéraire 2017.

Par défaut

Plus que dans tout autre pays, en France, le monde littéraire concentre son attention sur la période septembre-octobre quand la plupart des nouveaux livres paraissent. Ainsi, la « rentrée littéraire » est célébrée comme un événement annuel, avec des numéros spéciaux des journaux et magazines, et naturellement la panoplie de prix littéraires avec ses étapes de la première sélection au décernement solennel au début du mois de novembre.

C’est pourquoi nous avons décidé de consacrer aussi cette année une session du canapé littéraire à cet événement littéraire incontournable, et de lire et présenter chacun un de ces nouveaux livres, en grand format, qui se trouvent en grand piles dans les librairies, souvent sur une table spéciale « rentrée littéraire ». Ainsi, nous pourrons avoir une bonne première impression personnelle des nouveautés de cette année.

Pour choisir, le plus efficace serait de se rendre dans une librairie et de juste feuilleter les livres et d’en consulter les quatrièmes de couvertures. Cependant, sur la base des premières sélections des prix littéraires les plus importants, je vous indique également quelques suggestions ci-dessous, en ordre alphabétique, avec les nominations entre parenthèses.

Si vous cliquez sur les titres (Ctrl+), vous arriverez sur les pages de présentation de l’éditeur, et de plus, j’ai ajouté quelques mots clés pour chaque titre, selon ce que j’ai pu comprendre des quatrièmes de couverture. J’espère ça vous aidera de faire votre choix.

Les titres les plus sélectionnés pour les prix littéraires les plus importants :

Nos richesses de Kaouther Adimi (Seuil) – éditeur d’Albert Camus, littérature, Algérie, années 40 et 2017.

L’avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic (L’Olivier) – hotel, homme/femme, Bosnie, recherche de la mère.

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L’Iconoclaste) – enfance, conte initiatique, rêve/imagination.

Sucre noir de Miguel Bonnefoy (Rivages) – Caraïbes, trésor, Henry Morgan.

Mes pas vont ailleurs de Jean-Luc Coatalem (Stock) – vie et mort de Victor Ségalen.

Une fille dans la jungle de Delphine Coulin (Grasset) – Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.

Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud (Actes Sud) – fable, orphelin, contes, imaginaire.

Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable (Gallimard) – Romain Gary, voisin, Lituanie, enquête littéraire.

Taba-Taba de Patrick Deville (Seuil) – hôpital psychiatrique, amitié, histoire de Napoléon à nos jours.

Le déjeuner des barricades de Pauline Dreyfus (Grasset) – 1968, révolte des étudiants, monde littéraire.

Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud (Flammarion) – guerre d’Algérie, fraternité, désir de sauver les hommes.

Une chance folle d’Anne Godard (Minuit) – enfant brûlée, mère/fille.

La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez (Grasset) – Nazisme, exile de Mengele en Amérique du Sud, roman-vrai.

La vie sauvage de Thomas Gunzig (Au diable vauvert) – civilisation occidentale, vue par quelqu’un qui a grandi dans la jungle africaine, amour, drôle.

Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel (Gallimard) – Herman Melville, littérature/cinéma, Paris-New York-Italie.

Innocence d’Eva Ionesco (Grasset) – autobiographique, photographie, mère/fille, abus, enquête sur le père.

La serpe de Philippe Jaenada (Julliard) – faits réels, triple meurtre, 1941, enquête.

Fief de David Lopez (Seuil) – jeunesse, entre campagne et banlieue, vie quotidienne, rap.

L’empereur à pied de Charif Majdalani (Seuil) – légende, Liban, monde, histoire du XXe siècle.

Bakhita de Véronique Olmi (Albin Michel) – Darfour, femme enlevée, esclavage, histoire du XXe siècle en Europe.

Le Songe du photographe de Patricia Reznikov (Albin Michel) – Années 70, solitude, exil, photographie du XXe siècle.

Mécaniques du chaos de Daniel Rondeau (Grasset) – Roman polyphonique, Moyen Orient, Afrique du Nord, banlieues de Paris, crises d’aujourd’hui.

Summer de Monica Sabolo (JC Lattès) – disparition d’une jeune femme, frère/sœur, mémoire.

Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas (Seuil) – nager, mère/fille.

La nostalgie de l’honneur de Jean-René Van der Plaetsen (Grasset) – histoire, honneur, réflexion sur le grand-père (Jean Crépin).

Les rêveuses de Frédéric Verger (Gallimard) – 2e guerre mondiale, France/Allemagne, soldat allemand dans l’armée française.

L’ordre du jour d’Eric Vuillard (Actes Sud) – Allemagne nazie/Autriche.

L’art de perdre d’Alice Zeniter (Flammarion) – France/Algérie, histoire de famille, liberté d’être soi.

Moins considérés pour les prix littéraires mais peut-être également intéressants :

Le dossier M, Livre 1 de Grégoire Bouillier (Flammarion) – autobiographique, suicide, histoire d’amour, adultère.

Sigma de Julia Deck (Minuit) – espionnage, imaginaire, censure.

Ascension de Vincent Delecroix (Gallimard) – voyage spatial, humour, réflexion sur le mal et le renoncement.

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain (Gallimard) – assassinats Kennedy, années 60, psychologie/psychose.

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel) – orientations sexuelles.

Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert (Gallimard) – jeunesse, boxe, courage, vies possibles, société.

Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon (Actes Sud) – Etats-Unis, kidnapping de femmes, révolution.

La tour abolie de Gérard Mordillat (Albin Michel) – capitalisme, tensions sociales.

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle (Flammarion) – femme laissée seule, France d’aujourd’hui, société en crise.

Vous connaissez peut-être de Joann Sfar (Albin Michel) – réseaux sociaux, femmes, enquête.

Finalement quelques écrivains déjà bien établis, qui ne doivent pas trop se préoccuper d’être sélectionnés pour un prix :

Le jour d’avant de Sorj Chalandon (Grasset) – années 70, accident de mine, vengeance.

Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq (P.O.L.) – dystopie, trafic d’organes, totalitarisme sanitaire et politique.

Les rameaux noirs de Simon Liberati (Stock) – autoportrait, surréalistes, amis du père.

Frappe-toi le cœur d’Amélie Nothomb (Albin Michel)

Point cardinal de Léonor de Recondo (S. Wespieser) – changement de sexe, courage d’être soi.

La chambre des époux d’Eric Reinhardt (Gallimard) – maladie, couple, art, musique.

La Vengeance du pardon d’Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) – 4 histoires, sentiments, envie, perversion, indifférence, crime.

La liste n’est pas tout à fait complète, et bien sûr, comme toujours ce ne sont que des suggestions.

Je propose que nous choisissions des livres français, mais si vous ne trouvez absolument rien d’intéressant, n’hésitez pas de présenter des nouveautés parus dans d’autres langues.

Bonne lecture !

Johannes

Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Bibliographie

Par défaut

Les bibliographies

Plusieurs auteurs se sont essayés depuis quelques années à faire des biographies, notamment de femmes (plus ou moins) célèbres. Ce sont des témoignages sur le combat de femmes au XXième siècle contre le racisme, le nazisme, le machisme, et c’est un signe de la féminisation des auteurs de bandes dessinées :

La dessinatrice Catel est la plus prolifique https://www.bedetheque.com/auteur-6057-BD-Catel.html

Nous vous recommandons sa biographie d’Olympe de Gouges (révolution), de la féministe Benoîte Groult, de la mère ukrainienne de Myèle Demongeot dans Adieu Karkov, de Kiki de Montparnasse (années 20). Sa dernière, Joséphine Baker, est d’une grande expressivité. A chaque fois, des femmes d’exception !!

La blogueuse Pénèlope Bagieu a approfondi sa technique narrative, et livré chez Gallimard d’excellents récits en couleur de femmes rocambolesques et inventives, courageuses et drôles : Culottées : https://www.bedetheque.com/serie-53493-BD-Culottees.html

Récits historiques authentiques

Il s’agit pour ces auteurs de témoigner, soit de raconter un évènement historique, souvent méconnu, pour le dénoncer, ou au contraire de témoigner de la difficulté à montrer le point de vue. La bande dessinée aime souvent varier les points de vue contradictoires (Joe Sacco), ou les raconter par le prisme subjectif d’un personnage particulier, comme un enfant (Persépolis, ou L’ascension du haut-mal).

Evolutions sociales et politiques :

Le Français Etienne Davodeau a de plus en plus orienté son travail sur la chronique de syndicalistes, paysans et ouvriers de l’Ouest de la France (Anjou, Bretagne). Son originalité est d’inclure les interviews qu’il mène auprès d’eux, donnant ainsi le sentiment au lecteur d’être témoin de ces discussions.

Son site : http://www.etiennedavodeau.com/

A lire : Un homme est mort (syndicalisme à Brest) Les ignorants (l’art de la vigne), Cher pays de notre enfance (affaires et assassinats politiques du parti gaulliste)

Le Français Philippe Squarzoni développe chez Delcourt une série de pamphlets sous formes de dessins abstraits, remarquablement documentés sur les ravages du libéralisme et du changement climatique. http://placetob.blog.lemonde.fr/2015/11/08/philippe-squarzoni-le-changement-climatique-est-une-crise-de-nos-representations/

A lire : Dol (les années Chirac), Saison brune

L’exil et l’expatriation 

La française Marjane Satrapi a obtenu un succès mondial avec le récit de son enfance iranienne, Persépolis, en sept tomes, devenu un film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18733354&cfilm=110204.html

De son côté le Français Riad Sattouf tenait depuis plusieurs années la chronique d’adolescents bretons en mal de sexe (Les beaux gosses), d’un apprenti super héros. Il fait un très grand succès d’édition avec son autobiographie en trois tomes, l’Arabe du futur, histoire d’un enfant roux entre la Bretagne, la Syrie et le Lybie des années 1980. Cruel et hilarant.

Les autres civilisations et les carnets de voyage

Dans un style minimaliste, le Français Guy Delisle a connu un grand succès avec ses reportages sur deux villes à travers ses Chroniques de Jérusalem et de Pyongyang : http://www.guydelisle.com/jerusalem/jeru-index.html

La maladie, le mal

Dans l’ascension du Haut-Mal, David B raconte en noir et blanc la maladie de son frère, l’épilepsie, qu’on appelait au Moyen-Age : le Haut Mal. https://www.bedetheque.com/BD-Ascension-du-Haut-Mal-Tome-1-L-ascension-du-Haut-Mal-1-11385.html

Le caricaturiste américain Derf Backderf a appris un jour que son copain de classe u peu fêlé, Jeffray Dahmer, était devenu serial killer, nécrophile et cannibale. Il revient dans un récit bouleversant sur leurs années d’adolescence, et d’amitié, celles où tout s’est mis en place, quand tout aurait peut-être pu être évité. http://bandedessinee.blogs.france24.com/article/2013/05/28/mon-ami-dahmer-retour-sur-la-jeunesse-dun-serial-killer-0.html

La guerre

La Shoah

Le livre indépassable, modèle de beaucoup d’autres romans graphiques, c’est Maus, d’Art Spiegelman. Récit de la survie de ses parents, juifs polonais, mais aussi récit de la difficulté de l’auteur à reconstituer cette mémoire. Les Juifs sont représentés en souris, les Nazis en Chats. Le livre a une capacité extraordinaire à nous faire rentrer dans son univers.

Mémoires de guerre

Les conflits en Asie centrale et au Proche-Orient sont le sujet central du new-yorkais Joe Sacco, qui a illustré ses reportages au Kosovo, en Bosnie, Palestine, en Tchétchénie. Il utilise la technique de dessin et de caricature américaine au profit d’une analyse très détaillée des forces des conflits et du ressenti des belligérants. Ses livres sont des réquisitoires extrêmement puissants et documentés, aux scènes inoubliables et terrifiantes : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

A lire : Gaza 1956, Gorazde, et Palestine

Récit d’un photographe de guerre français parti clandestinement couvrir le conflit russe en Afghanistan, Le Photographe est un récit d’initiation intégrant les photos prises à l’époque dans la bande dessinée tirée de son aventure. Attachant et bourré d’informations sur ce pays compliqué, c’est un des récits les plus authentiques que nous avons lus :

Site de la BD : http://lephotographe.dupuis.com/

Témoigner en temps réel :

Amnesty International a choisi de parrainer plusieurs récits de conflits écrits par des journalistes ou des historiens : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

Dans bien des cas cela permet de voir des situations insupportables que l’image documentaire serait obligée de censurer, par exemple sur les conflits au Mexique, en Tchétchénie ou en Centrafrique. Plusieurs caricaturistes ont choisi également d’être reporters de guerre. C’est le cas du talentueux et drôlissime Chappatte, dessinateur suisse qui publie tous les jours une caricature dans Le Temps de Genève. http://boutique.courrierinternational.com/bd-reporter-chappatte-printemps-arabe-elysee-guerre.html

Son site : http://www.chappatte.com/

Les adaptations de romans en bande dessinée

Dernièrement, beaucoup d’auteurs à succès ont souhaité faire adapter leurs romans en bande dessinée, ce qui permet de découvrir certaines fictions autrement et de mettre un visage, un paysage sur des personnages et des lieux phares du roman.

A lire : « Au revoir là-haut » un roman de Pierre Lemaître adapté en BD par Christian Metter ; « Perreira pretend » de Antonio Tabucchi adapté en BD par Pierre-Henri Gomont

Les fictions s’inspirant de faits ou lieux réels

Dans les romans graphiques qui relèvent de la fiction, l’inspiration de faits/paysages réels n’est jamais très loin. C’est le cas pour deux livres qui nous ont particulièrement touchés.

A lire : « Brüsel » de François Schuiten – Cinquième tome de la série « Les cités obscures », Brüsel raconte avec dérision le passage raté et non sans heurts d’une ville à la modernité, une ville qui ressemble étrangement à une certaine Bruxelles que nous connaissons bien.

« Le fantôme de Gaudi » de El Torres et Jesus Alonso

La ville de Barcelone est en proie à une série de meurtres dans des lieux bien précis : les célèbres monuments de l’architecte Gaudi, pendant que certains affirment avoir vu le fantôme de l’architecte… Un polar fascinant, surtout pour les adeptes de la capitale catalane.

Les fictions s’inspirant de la société contemporaine

Tous comme les romans classiques, les auteurs de roman graphiques nous offrent de plus en plus de récits s’inspirant de thèmes qui façonnent nos sociétés contemporaines : le passage difficile à l’âge adulte, l’homosexualité, le racisme etc.

A lire : « Cinq milles kilomètres par seconde » de Manuele Fior – Un roman graphique qui offre le portrait d’une certaine génération de trentenaires dans laquelle beaucoup d’entre nous se reconnaitront : vie instable, séduits par plusieurs modèles de vies, en quête de l’amour idéal.

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh – Roman graphique rendu célèbre par son adaptation cinématographique polémique au cinéma « La vie d’Adèle ». Un roman qui nous livre une belle histoire d’amour et qui nous permet de comprendre la difficulté vécue par une adolescente découvrant petit à petit son attirance pour les filles.

Séance 45: Migrations

Par défaut

Notre chère petite planète a dû voir beaucoup des choses bouger, changer de place, migrer. Les animaux migrateurs par example sont nombreux : des poissons aux oiseaux, à certains mammifères ; il existe même des papillons migrateurs !

L’homme, qui est toujours un animal, migre aussi. Depuis que nos deux pattes ont touché cette terre, on a commencé à se déplacer sans jamais s’arrêter et, en partant du cœur de l’Afrique, on est arrivé à peupler toute la terre. Personnellement, j’ai toujours trouvé cela magique, que l’homme est arrivé à traverser des mères immenses, des montagnes escarpées, des steppes arides, sans la technologie d’aujourd’hui, pour aller habiter simplement partout sur cette terre. Et oui, on l’a bien chatouillé cette notre chère terre avec nos deux petites pattes !

J’imagine un groupe d’hommes et femmes primitifs qui décide de laisser la communauté pour aller ailleurs. Pour quelles raisons ? la famine, des luttes internes, besoin de plus de terres ou d’un enivrement plus favorable, l’exile, la peur, la curiosité et l’instinct de recherche que seule l’homme a et qui le rend un animal assez spéciale. Des raisons différentes ont donc poussé les hommes à migrer mais j’y vois un élément commun, c’est-à-dire la communauté, le groupe. La communauté, ou une partie d’elle, décide d’aller chercher un autre endroit pour vivre. Ils prennent leurs familles, leurs simples outils, les armes pour la chasse et vont à l’encontre de l’inconnu.

Le mouvement ne s’est pas arrêté et aujourd’hui hommes et femmes continuent à bouger afin d’améliorer leurs vies. Les raisons ne sont peut-être pas très différentes de celles du passé ancestrale : le besoin de travailler, le manque de nourriture, la famine et les catastrophes naturelles, les guerres, l’exile, la peur et l’espoir, et finalement cette curiosité, cette envie de découvrir l’inconnu. Le choix de migrer par contre n’est plus seulement au niveau de la communauté ou du groupe mais, à mon avis, individuel ou familiale.

C’est sur ce dernier point que je vous propose de se concentrer pour la prochaine séance : les choix, les difficultés, les histoires personnelles. Bien évidemment la migration est un phénomène social très large et je ne vous demande donc pas de mettre à côté la dimension sociale/politique/économique, mais plutôt de la voir comme l’arrière-plan, la scénographie des histoires personnelles. Je voudrais donc que, lors de notre rencontre, on discute des individus et leurs histoires. Lors de la séance vous serez donc appelés à vous identifier avec le protagoniste de votre roman et le laisser parler à travers vous !

La littérature a abordé ce sujet de plusieurs points de vues ; il existe beaucoup des titres, dans toutes les langues, des tous les pays. Pour cette bibliographie, je me suis concentrée sur des œuvres en français mais je n’ai pas exclus quelques peu de titres en anglais et italien, même si dépourvus de traduction française. Plusieurs titres sont récents et signés par des auteurs immigrés ou originaires des endroits du monde différents de ceux desquels ils habitent. Toutefois, je vous invite, si vous avez envie, à découvrir des histoires du passé, de quand on quittait l’Europe pour aller chercher sa chance ailleurs – histoire de se souvenir que l’Europe a été, et parfois est encore, une terre d’émigration !

Les premiers deux livres de la liste sont parmi les 12 gagnants du Prix de littérature de l’Union européenne qui, depuis 2009, récompense les écrivains émergents en Europe: https://ec.europa.eu/programmes/creative-europe/actions/literature-prize_fr

Avant de vous souhaiter une bonne lecture, je voudrais vous demander d’intégrer cette liste avec vos suggestions en commentaire à ce post !

 

The Year of the Runaways, Sunjeev Sahota (disponible en anglais)

Δενδρίτες (Dendrites), Kallia Papadaki (disponible en grèque)

Madame Bâ, Erik Orsenna

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Middlesex, Jeff Eugenides

Leo l’Africain, Amin Malouf

Persepolis, Marjane Satrapi (roman graphique)

How the Garcia girls lost their accent, Julia Alvarez (disponible en anglais)

Le Grand Quoi. Autobiographie de Valentino Achak Deng, Dave Eggers

Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

Désorientale, Négar Djavadi

Eldorado, Laurent Gaudé

Des fourmis dans la bouche, Khadi Hane

Lyuba ou la tête dans les étoiles, Valentine Gobi

Mémoires d’immigrés, Yamina Benguigui

Droit du sol, Charles Masson (roman graphique)

La mer, le matin, Margaret Mazzantini

Partir, Tahar Ben Jelloun

Le ventre de l’Atlantique, Fatou Diome

Adua, Igiaba Scego (disponible en italien et traduction anglaise)

L’ultimo arrivato, Marco Balzano (disponible en italien et traduction allemande)

Le gang des rêves, Luca di Fulvio

Signes qui précéderont la fin du monde, Yuri Herrera

 

Toutefois, mes livres préférés sur ce thème sont ceux que j’achète en été sur la plage en Italie; des immigrés de toute partie du monde mais surtout venant d’Afrique, marchent pour toute la journée sur la plage sous une grande chaleur en offrant des marchandises différentes : il y en a qui vend des lunettes de soleils et des sacs, des serviettes de plage et des ballon, et il y en a aussi qui vend petits livres ; il s’agit des livres d’éditions indépendantes écrits par d’autres immigrés qui racontent leur histoire personnelle d’émigration et intégration en Italie, ou les légendes des leurs pays, ou les histoires que leurs mères leur racontaient quand ils étaient enfants. Cette séance est dédiée à ces livres, ces histoires et ces personnes.

 

Bonne lecture

Flavia

Séance 44 du canapé: La redécouverte de la rencontre

Par défaut

Qu’est-ce que c’est une rencontre? La rencontre désigne le ‘fait de rencontrer quelqu’un, de se trouver en sa présence sans l’avoir cherché’ (La Rousse). Elle est aussi définie comme ‘un commencement. Mais le commencement de quoi? C’est là qu’on entre dans l’acceptation. Accepter ou refuser ce qui vous arrive.”(Alain Badiou) et « Une vraie rencontre, une rencontre décisive, c’est quelque chose qui ressemble au destin.’ (Tahar Ben Jelloun)

Pourquoi la redécouvrir? La rencontre moderne prend des formes nouvelles. L’utilisation massive des réseaux sociaux (comme Facebook) et d’applications de rencontres (par exemple Tinder) a, en effet, un véritable effet de dématérialisation de la nature de la rencontre, qui, par conséquence, se caractérise de plus en plus par la ressemblance, la marchandisation, et le contrôle. On ne fait plus confiance au hasard, à l’imprévu, qui par contre nous emporte là où l’on n’aurait jamais eu le courage d’aller.

Cette tendance vers ‘l‘absence de la rencontre’ dans sa forme immédiate m’a donné envie d’aller à la recherche des formes de rencontre en littérature et d’interroger la littérature sur le rôle et les éléments enrichissants qu’une rencontre peut apporter au lecteur. Par ailleurs, un livre ‘c’est aussi une rencontre. Toutes les rencontres sont inoubliables, même quand on en croit les avoir oubliées. Il y en a cependant qui nous bouleversent profondément, qui changent notre manière de voir, de penser, de réagir.’ (Jean-Paul Nozière)

De fait, la littérature semble émaillée de rencontres diverses qui ont un effet décisif sur la vie du personnage ou bien du narrateur: rencontres au hasard ou rencontres orchestrées, rencontres entre deux ou plusieurs personnes, rencontres-retrouvailles, rencontres que le personnage aurait besoin de faire, ou encore rencontres impossibles…
Souvent la rencontre se passe au début de la narration, car elle permet de diriger le personnage vers de nouvelles pistes. Mais parfois, elle arrive après que le personnage a déjà surmonté une série d’obstacles… En tous cas, la rencontre n’est jamais neutre : elle engage l’avenir, pour le meilleur et pour le pire.

Par ailleurs, la rencontre avec l’autre est souvent aussi la (re)-découverte et mise en question de soi-même et de sa certitude: comme tout le monde appartient en effet à une réalité bien concrète, située dans un lieu, une histoire, avec une culture, une organisation sociale, etc., rencontrer l’autre signifie ainsi s’ouvrir à d’autres points de vue, d’autres vérités. ‘Tu ne vaux que ce que valent tes rencontres, le seul luxe est celui des relations humaines.’ (Antoine de Saint-Exupéry)

Pour cette séance du Canapé Littéraire, je vous propose donc de redécouvrir différents types de rencontres dans le domaine littéraire. Il sera ensuite intéressant de réfléchir ensemble sur leur rôle et leur importance.

Voici quelques pistes qui peuvent guider vos lectures et ensuite notre discussion:

  • Quelles sont les caractéristiques de la rencontre et quel est son but? Quelle est la fonction de la rencontre pour la narration de l’hisoire?
  • Qu’est-ce que le personnage cherche? Qu’est-ce qu’il trouve et retire de la rencontre ?
  • Est-ce que la rencontre pose des questions qui peuvent inspirer le lecteur et influencer sa vision du monde?

Voici également quelques suggestions de lecture qui sont bien entendu seulement un début et vous pourriez y rajouter d’autres titres dans lesquels la rencontre joue un rôle déterminant.

  • E.T.A. Hoffman, Le Vase d’or, 1814 L’étrange rencontre avec un serpent bouleverse le cours de la vie d’Anselme, jeune étudiant
  • Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913 Un récit singulier et autonome de la passion amoureuse qui lie un esthète à une « cocotte ».
  • André Breton, Nadja, 1928 Mot clefs : Surréaliste, Rencontre, Amour, Société
  • Antoine de Saint Exupéry, Le Petit Prince, 1943 Un conte poétique et philosophique sous l’apparence d’un conte pour enfants.
  • Albert Camus, La Femme adultère, 1957 Janine, désabusée par sa vie médiocre de femme au foyer qui accompagne son mari représentant en tissus dans le sud algérien, connaît une expérience fusionnelle avec le désert qui la comble.
  • Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958 Le récit de la construction d’une identité. Des proches et des amis acquièrent le statut de guides, avant le détachement progressif de la jeune femme qu’est Simone de Beauvoir et qui permet son cheminement propre.
  • Georges Perec, Un homme qui dort, 1967, Le décrochage d’un jeune homme, qui du jour au lendemain, abandonne sa vie d’étudiant parisien et ne rencontre plus personne
  • Philippe Labro, Un été dans l’Ouest, 1988 Mot clefs : Amour, Rencontre, Roman autobiographique, États-Unis, Initiation
  • Françoise Giroud, Leçons particulières, 1990 L’autrice évoque non pas une seule, mais plusieurs rencontres décisives.
  • Didier Van Cauwelaert, Un aller simple, 1994 Mot clefs : Récit de voyage, Immigration, Rencontre, Gitans, Prix Goncourt
  • Jaques Poulin, La Tournée d’automne, 1997 La tournée d’un chauffeur de bibliobus entre Québec et la côte nord, dont la vie monotone va changer après sa rencontre avec Marie.
  • Ian McEwan, Un bonheur de rencontre, 2003 Mary et Colin se connaissent trop. Leur amour n’en finit pas de mourir. Tout bascule le jour où ils rencontrent Robert et son épouse, la mystérieuse Caroline.
  • Hélène Gaudy, Vues sur la mer,2006 2e sélection du prix Médicis, Mot clefs : Rencontre, Femme, Vie quotidienne
  • Henry Bauchau, Déluge, 2010 Florence, une intellectuelle parisienne, fait la connaissance d’un peintre vieillissant, Florian, dans un petit port du Sud de la France où elle s’est installée pour soigner une grave maladie.
  • Philippe Grimbert, La mauvaise rencontre, 2010 Rien n’aurait dû séparer les deux garçons, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer.
  • Isabelle Pestre, La rencontre, 2012 Dans un univers charnel, poétique et végétal, le parcours poignant d’une jeune femme en quête d’elle-même. Finaliste du Prix des deux Magots
  • Antoine Laurain, La femme au carnet rouge, 2014 Rencontre, Littérature Française, Comédie romantique, Jeu de piste, Destins croisés, Sac à Mains
  • Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube, 2015, Deux personnages se rencontrent à trois reprises.
  • Olivier Poivre d’Arvor, Le Jour où j’ai rencontré ma fille, 2016 À la cinquantaine, moment où son désir d’enfant, jusqu‘ici inexistant, devient une évidence, le narrateur apprend qu’il est stérile. Quelques mois plus tard, il rencontre une fillette de 7 ans au Togo : leur premier contact est bouleversant, l’instant est décisif, c’est Amaal qui sera sa fille. Mais comment fait-on quand on est un homme célibataire pour devenir père ?
  • Emmelene Landon, La Baie de la Rencontre, 2017 La Baie de la Rencontre raconte un retour, celui de George, en Australie, sa terre natale, quittée dans l’enfance. Mais par où aborder ce pays continent ?
  • Kelley York, La rencontre du dernier espoir, 2017 « L’histoire de ces trois ados réunis par des forces qui nous dépassent vous brisera le cœur. Leur amitié plus forte que la mort est décrite avec un talent et une émotion qui vous laisseront K-O. »

“Lire, c’est partir à la découverte d’un univers, c’est aussi partir à la rencontre de celui qu’on est.” (Claire Genoux). Je vous souhaite une belle lecture !

Katja