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Petit résumé des rencontres du Canapé

34ème rencontre du Canapé littéraire: Un écrivain de ma région

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Cette rencontre nous a donné l’occasion de découvrir certains écrivains des région d’origine/ région préférées des participants du canapé littéraire. Plus particulièrement, on a discuté des livres suivantes :

Jacqueline Harpman : L’Orage rompu (mais aussi la Plage d’Ostende, Le Bonheur dans le crime, Orlanda…), présenté par Naomi

Jacques Chardonne : Les destinées sentimentales, choisi par Stéphane P.

Eric-Emmanuel Schmitt : Les Perroquets de la place d’Arezzo, présenté par Eric

Irmgard Keun : Gigli, une de nous, choisi par Katja

Filippo Bologna: Come ho perso la guerra, découvert par Flavia

Fre Vargas: Le marchand d’éponges, presenté par Julie

Inger Christensen: Alpahbet, choisi par Pernille

Martin Mosebach: Was davor geschah (titre français:Un hasard nécessaire) et Giorgio Bassani: Gli occhiali d’oro (Les lunettes d’or), présentés par Johannes et Silvia sous forme de message vidéo.

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Compte rendu de la séance des « best sellers »

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C’est Barack Obama qui, pas sa venue à Bruxelles ces jours-ci, a quelque peu éclairci nos rangs, mais cette 20e rencontre du canapé fut malgré tout très agréable et bien animée.
Le sujet, « les best sellers » nécessitait une introduction pour savoir de quoi est-ce qu’on parlait exactement. Stéphane A s’en est chargé. Katja a ajouté la référence d’un article troublant qui parlait d’une sorte de martingale, un algorithme qui analyse un livre et prédire avec 84% de certitude si cet ouvrage sera un succès commercial. Voilà qui a laissé plusieurs d’entre nous bien perplexes dont Johannes, qui objectait que l’action lui semblait essentielle pour plaire à un large public alors que l’article prétendait le contraire ; un certains nombre de facteurs comme la nouveauté, le style, et l’usage fréquent de conjonctions comme « et » et « mais » et une quantité importante de noms et d’adjectifs (mais lesquels ?) se révèlent être déterminants. Bon… « Si une martingale existait vraiment, cela se saurait » a commenté notre hôte d’honneur, Marc Tarascoff, qui a travaillé chez Robert Laffont, et est en relation assez directe avec le milieu de l’édition ; son métier est assez rare car il dessine des couvertures de livres… Quelques remarques de sa part nous ont fait comprendre que sur les livres et les écrivains il en connaît un morceau. Bienvenue Marc !

Johannes a présenté « Il giorno in più » de Fabio Volo. L’histoire parle d’un homme qui fantasme à propos d’une femme qu’il voit régulièrement dans le tram. Bien sûr il n’ose l’aborder mais comme elle a remarqué son jeu, c’est elle qui finit par lui parler. Ils vont prendre un café et leur relation commence. Comme elle se rend à New York, il la suit et leur relation s’approfondit. Le style est assez simple avec des détails de la vie quotidienne qui font penser au lecteur « oui moi aussi j’oublie de prendre mon sac de piscine lorsque j’ai décidé de faire du sport après le travail et donc je dois repasser chez moi » Ce qui donne à la lecture un air de déjà vécu mais finalement pas très intéressant. . Les réflexions que les protagonistes de l’histoire ont à propos de leur relation, ne sont pas vraiment profondes et pour Johannes il s’agit là d’une sagesse de magazine…

Katja a lu « Tea bag » de Mankell qui est très connu pour ses policiers mais peut-être un peu moins pour ces ouvrages plus sociaux comme celui-ci. Il s’agit d’une africaine qui décide d’émigrer et qui traverse l’Europe pour arriver en Suède. C’est bien écrit, et Katja aime l’histoire sans déborder d’admiration non plus… Il faut savoir à propos de Mankell nous dit Johannes, que c’est un écrivain qui a une double vie. Une part en Suède et l’autre au Mozambique où il anime un théâtre, le Teatro Avenida, seule troupe de théâtre professionnelle du pays, pour laquelle il écrit et met en scène — et où il travaille gratuitement.

Barbara était enchanté d’avoir lu « l’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » de Romain Puértolas. Cet œuvre n’était pas destiné à devenir un best seller, il l’est devenu par le bouche à oreille et c’est donc un de ces best seller imprévu qui renforce l’idée que ce phénomène est incontrôlable. Heureusement d’ailleurs. Un indien se rend à Paris à seule fin de se rendre chez Ikea pour y acquérir un outil de travail, à savoir un lit à clous dernier modèle. Il se laisse enfermer dans le magasin et s’enferme dans une armoire pour y faire un petit somme. Embarqué malgré lui dans un camion de meubles à destination du Royaume-Uni. Voilà le début d’une odyssée rocambolesque qui va le conduire, à son corps défendant, à travers toute l’Europe. C’est drôle, parfois même hilarant, (Barbara a voyagé avec le livre en main et a étonné plus d’un illettré qui ignorait qu’on pouvait éclater de rire en lisant un livre) et très piquant car on y retrouve des descriptions sociologiques propre aux peuples que le dit fakir rencontre au cours de ses pérégrinations. A lire !

Lucia nous a parlé des Cerfs volant de Kaboul, premier roman de l’Américain d’origine afghane Khaled Hosseini, paru en 2003. Traduit en 54 langues pour 23 millions d’expl. C’est donc bien un BS. Le schéma est assez classique (peut-être est-ce une explication du succès ?) car il s’agit de l’amitié entre un enfant riche et un enfant pauvre, qui sont devenu adultes un jour de l’année 1975. On ne sait rien de ce jour avant la moitié du livre, ce qui tient le lecteur en haleine… Le style est assez riche (Lucia a lu le texte en anglais) et le vocabulaire est précis. Ce qui joue contre l’idée que ce livre était préparé pour être un succes…

Avec Enrico la température monte car il a lu le fameux « 50 nuances de Grey » machine de guerre éditoriale dont il était prévu dès le départ qu’il y aurait 3 tômes… Le sexe SM (sado maso) ne pouvait qu’interpeller la lectrice moyenne entre 30 et 60 ans mais beaucoup d’homme ont été curieux de lire le phénomène (n’est-ce pas Enrico et Stéphane ,) pour savoir de quoi il retournait. C’est donc une histoire d’amour (sic) entre une étudiante un peu cruche et un mec dans la très belle trentaine qui a tout ; l’argent, la beauté, l’énergie (il a fait sa fortune lui-même, un bon ingrédient pour plaire aux lecteurs anglo-saxons) la culture (il joue meêeerveilleusement du piano, il a des beaux tableaux chez lui) bref un type qui se retrouve en couverture des magazines féminins et masculins..l’homme de l’année. Son seul problème c’est que pour avoir une relation durable avec quelqu’un (ce qui ne lui est jamais arrivé sauf avec notre cruche) il a besoin de sexe SM. Et donc il lui propose un contrat (ah bin oui c’est un homme d’affaire) pour ne pas lui faire trop peur. Elle a précisément peur mais comme elle est accro à son beau Christian elle ne dit pas non, pas oui non plus, enfin je ne sais plus, viens faisons l’amour, on y verra plus clair après. Le style est assez plat, avec des « putains », bordel » et « meerde », les phrases font rarement plus de deux lignes, bref une littérature de supermarché.

J’ai lu le même livre et je confirme ce que dit Enrico en relevant un échange entre les 2 amoureux :

Lui
– Tu es très belle Anastasia. J’ai hâte d’être en toi.

Elle, en pensées.

– Ben merde alors. Quels mots. Quel séducteur. J’en ai le souffle coupé.

Nous aussi.

Eric, qui nous habitué à des commentaires assez radicaux, a rejeté en bloc ce qu’il considère comme de la littérature de gare comme celle de Dan Brown, Ken Follet, etc et s’est penché sur le « Roman du mariage » de Jeffrey Eugenides. L’histoire peut se présenter comme ceci ; Université de Brown, années 80. Madeleine Hanna est l’intellectuelle par excellence, la jeune femme douée qui fait une thèse sur «Jane Austen, George Eliot et la question du mariage dans le roman anglais». Comme dans ces fictions qu’elle dissèque, elle se retrouve au cœur d’un dilemme. Une femme, deux hommes : quelles possibilités ? Charismatique, séduisant, Leonard Bankhead n’en est pas moins dévoré par des accès maniaco-dépressifs. Mitchell Grammaticus, lui, est un étudiant presque trop sérieux, un ami fidèle. Bien sûr, Madeleine tombe sous le charme de Leonard. Bien sûr, Mitchell tombe sous le charme de Madeleine. Au fil des lectures, des discussions, des analyses, ils pensent apprendre à déchiffrer le monde.
Eric nous recommande ce livre. Venant de lui c’est plutôt bon signe.

Francesca a lu « Et si c’était vrai » de Marc Lévy. L’histoire invraisemblable de Lauren qui est dans le coma, mais qui est aussi dans le placard d’Arthur, un peu comme un fantôme. Arthur, en tout cas, est bien obligé de l’admettre : il la voit, l’entend, la comprend et finit même par l’aimer. S’ensuit une série d’actions qui laisse le lecteur perplexe ; Arthur vole une ambulance pour kidnapper le corps de Lauren (comme Bacall la fiancée de Bogart ?), Arthur ment à la police pour sauver un fantôme,… Un style simple, assez plat, des contradictions dans le texte.

Derrière ses lunettes de lectrice avertie, Francesca laissait entrevoir une déception polie, qui en disait long sur l’ennui qu’elle avait éprouvé en lisant ce livre.

Stéphane Aksakow

Conte rendu de la 16ème séance: les mythes grecs

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« Les mythes grecs » étant le thème de la séance du 13 novembre 2013 (la 16ème), les Canapiens ont choisi des textes modernes et contemporains qui réinterprètent ou s’inspirent des mythes et des légendes de la Grèce antique. Chacun a présenté son livre en liaison avec la légende originaire et la discussion a cherché à comprendre à la fois le mythe et comment les auteurs ont utilisé un mythe.

Ayant proposé et préparé la séance, j’ai expliqué l’importance du classicisme pour mon développement intellectuel et le fait qui a fait déclencher l’envie de m’approcher à nouveau à ce thème, après tant d’année : à l’occasion de la séance dédiée à la rentrée littéraire, j’ai lu « Le quatrième mur » de Sorj Chalandon, roman dans lequel le protagoniste cherche à mettre en scène l’Antigone de Jean Anouilh au Liban en 1982 au temps des massacres de Chabra et Chatila, en devenant à la fin du roman lui-même personnification de la tragédie dans la tragédie plus grande de la guerre. Le mythe a été toujours d’inspiration dans tous les arts et auteurs d’époques différentes l’ont utilisé ou réinterprété pour parler de leur contemporanéité ou tout simplement l’on peut dire que le mythe est complètement intégré dans la culture et littérature européenne.

J’ai donc décidé d’approfondir le personnage d’Antigone, qui me fascinait aussi au lycée, en lisant le roman de Henri Bauchau, « Antigone ». Bauchau développe le personnage d’Antigone en restant fidèle à l’Antigone ancienne de Sophocle et nous explique sa rectitude, sa justesse et son tragique tout ancien : Bauchau donne en fait plusieurs chances à s’échapper à Antigone qui au contraire les refuse ou ne les voie pas car sa rectitude lui empêche même de penser « pratique » et l’oblige à arriver au bout de son chemin tragique.

Pour rester dans le tragique, Ambra présente aux participants « Phèdre » de Jean Racine (sous le modèle de Euripide) qu’elle a aimé pour la beauté de la langue, nonobstant la difficulté des vers et du langage du XVII siècle, et pour l’humanité et les faiblesses de Phèdre qui sera effectivement punie pour ses fautes ; comme pour Antigone, pour Phèdre il n’est pas possible de s’arrêter non plus, il faut aller jusqu’au bout avec les conséquences de ses actions, jusqu’à la mort qui pour les anciens représentait la fin la plus horrible, étant la mort même perçu comme une vrai damnation.

Vitalba se rattache à l’histoire d’amour de Phèdre et nous propose « Le Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare qui utilise la Grèce du mythe pour créer une ambiance de conte de fées où l’amour gagne sur tout. L’histoire est assez complexe : plusieurs mariages se déroulent et plusieurs couples se forment et se séparent, sous inspiration de plusieurs mythes. A rappeler la représentation théâtrale de l’histoire d’amour de Pyrame et Thisbé qui est aussi la source de la tragédie Romeo et Juliette.

« Ulysse from Bagdad » de Eric Emmanuel Schmitt a été choisi par Katja et Lucia : il s’agit de l’histoire d’un clandestin qui, comme Ulysse, traverse la mer et plusieurs aventures mais qui, au contraire de l’héros grecque qui voyage pour rentrer chez soi, s’enfuit de son pays, l’Iraq, en quête de liberté. En racontant le destin et les péripéties d’un clandestin, le roman critique la société européenne.

Barbara nous emmène en Allemagne pendant la période nazi à travers un roman de Jonathan Littell, « Les Bienveillantes ». Le titre fait référence aux Erinyes qui dans la mythologie grecque poursuivaient, comme le sens de culpabilité, les coupables, les parricides en particulier comme Oreste dans la tragédie de Eschyle. En contraposition au titre, le protagoniste n’a jamais le sens de la culpabilité pour les actes affreux qu’il accompli comme officier des SS. Le protagoniste est homosexuel et devient nazi pour se sauver de la persécution contre les homosexuels. Ce roman a déclenché une intéressante discussion visant d’un côté à l’analyse d’un personnage qui, comme l’explique Eric, perd sa morale en conséquence du refus de la société envers sa façon d’être, et de l’autre coté sur le nazisme dans la littérature.

La guerre est présente aussi dans le choix de Johannes qui expose « La guerre de Troie n’aura pas lieu » de Jean Giraudoux. [Si je peux me permettre un blague dans ce contexte si sérieux, je voudrais porter votre attention sur le fait que en France pour être dramaturge il faut impérativement s’appeler Jean : Jean Racine, Jean Anouilh, Jean Giraudoux, Jean Cocteau]. Mais pour revenir à cette pièce de théâtre écrite en 1935, elle raconte le moment à Troie qui précède la guerre et l’affrontement des pacifistes come Hector, qui connais la guerre et est conscient des horreurs y associés, et des ceux qui veulent la guerre contre les grecques au nom de la gloire et des héros de guerre. La pièce reflet l’ambiance de la période historique : la seconde guerre mondiale pas lointaine et la guerre d’Abyssinie en cours ; et elle veut dénoncer la stupidité de gens qui avec prétextes veulent faire la guerre en oubliant sa cruauté.

Eric choisi de parler du mythe d’Héraclès, qui l’intrigue et l’inspire dans son travail d’artiste peintre, pour montrer que le mythe nous parle de l’âme humaine et nous explique certaines choses qu’on ne pourrait pas autrement dire. Dans le mythe d’Héraclès en particulier, les outils ne servent pas à vaincre le lion car celui-ci ne représente que nos propres défauts et obstacles : pour les surmonter il faut s’appeler à sa propre force intérieure et énergie.

Flavia

La nourriture dans la littérature: récit de la séance

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« Dégustation littéraire »

Greggio

Dégusté par Stéphane

Ingrédients: un jeune chef, New York, Paris, une buvette, la nature, une fille anorexique, l’amour…

Préparation: Gaspar est parti pour New York pour recevoir un prix de cuisine, mais il est renvoyé à Paris par la Police suite à un cas d’homonymie avec un délinquant poursuivi par le FBI. De retour en France, il découvre que sa femme le trompe…il prend alors sa voiture et se met à conduire sans direction précise. En fin de journée, il se retrouve devant une buvette en train de fermer ses portes…et voilà qu’il commence une nouvelle vie, il se lance dans une ré-découverte des ingrédients de la cuisine grâce au rapport avec la nature. Un jour il tombe amoureux d’une femme qui n’aime pas manger du tout, et là il invente des nouvelles recettes pour lui redonner le goût de la vie!

Suggestions de consommation: roman printanier, pour remonter le morale dans une journée grise (on est à Bruxelles!).

Elsschot

Dégusté par Johannes

Ingrédients: 1 seul, le fromage!

Préparation: Le livre propose comme plan de lecture une liste des expressions sur le fromage, dans chaque chapitre il y en a quelques unes. Histoire d’un homme belge qui sort avec d’hommes distingués dans des clubs et un jour il a l’opportunité de travailler comme représentant de fromage au Pays Bas. Mais il n’aime pas le fromage (« rêve » de fromage)…il accepte ce poste et il avance même un peu dans cette carrière, en se retrouvant dans toute une série d’épisodes et d’aventures grotesques du monde des affaires (vu comme un club des amateurs de cet ingrédient en particulière)…une satire succulente!

Suggestions de consommation: pour une soirée rigoleuse entre amis!

Staikos

Dégusté par Lucia

Ingrédients: Grèce, nourriture grecque,  deux cuisines comme une pièce de théâtre.

Préparation: Nana a une relation avec deux hommes, Dimitri et Damoclès. La jeune fille, aimante de la bonne cuisine grecque, se partage entre un repas avec l’un et un repas avec l’autre. Quand les deux hommes – qui sont voisins – découvrent que Nana couche avec les deux, ils entament une compétition culinaire pour la conquérir et ils préparent avec une grande passion une série de recettes succulentes. Nana profite beaucoup de ce jeux et au sommet de la compétition, elle annonce aux deux hommes qu’elle les quitte, parce qu’elle va se marier avec son copain.

Suggestions de consommation: à consommer sans modération, pour faire rebondir la passion dans une couple!

Divakaruni

Dégusté par Barbara

Ingrédients: les épices, l’amour, les relations humaines

Préparation: Tilo prépare pour les familles qui fréquentent son petit magasin des mélanges d’arômes et d’épices pour soigner tous les malheur. Pour chaque problème, il y a un remède et ce remède est dans une particulière épice (par exemple, le gingembre sert à dire « no »!). En dosant épices et ingrédients, Tilo se tient au centre d’un tissu des relations humaines très délicates. Chaque épice est un voyage dans un sentiment différent.

Suggestions de consommation: en cas de voyage exotique, pour une meilleure digestion!

Mazeh

Dégusté par Naomi

Ingrédients: recettes de chef, Elysée, le plaisir à table

Préparation: Carnet de recettes d’une chef qui a travaillé à l’Elysée comme à la campagne. Chaque ingrédient est traité dans toute sa particularité. A chaque rencontre avec quelqu’un, suit une recette. La nourriture est donc fort liée aux personnages auxquels les recettes sont liées.

Suggestions de consommation: à rythme très rapide, comme une série de mises en bouche!

 

Bauermeister

Dégusté par Flavia

Ingrédients: la bouffe, les élèves et leur vies!

Préparation: Chaque personnage du roman (chaque élève de l’école) cache une histoire personnelle très intense, que la préparation d’un plat fait ressortir. Les événements de l’école sont le scénario d’une série de révélations pour tous les personnages. A tout épisode correspond un chapitre qui décrit le procès d’élaboration des souvenirs des chacun, à la recherche du sens de la propre vie, un voyage de découverte à travers la nourriture.

Suggestions de consommation: pour retrouver l’esprit du lien entre la nourriture et la littérature, vue que la nourriture est « de tous les jours » et donc littéraire par définition!

Duras

Dégusté par Katja

Une dame (Anne) accompagne son fils à prendre des leçons de piano dans son appartement. Au dessous de cet appartement, il y a un café où un jour une meurtre…Anne rencontre chaque après-midi dans ce café un homme, avec lequel elle entame une conversation autour de ce crime dont ni l’une ni l’autre sont vraiment informés. Ses conversations se déroulent au rythme d’une succession de verres de vin…

Katja n’a pas trouvé dans sa lecture un vrai lien entre la littérature et la nourriture, donc j’ai fait une  petite recherche sur le roman et voilà quelques conclusions: La plupart de l’histoire se déroule dans le café, dans lequel les deux personnages principales (Anne et l’homme inconnu) se retrouvent régulièrement autour d’un verre de vin. L’élément nourriture pourrait être « aperçu » dans ces petits détails, vue que l’œuvre fait partie de la courant du Nouveau Roman, en laissant totale liberté d’interprétation au lecteur en proposant un intrigue simple et plutôt linéaire.

Ali 

Dégusté par Vitalba

Ingrédients:

Londres, le restaurant d’un grand hôtel

Gabriel (le chef), Yuri et Lena

Les différences culturelles, l’ intrigue, le désir de s’affranchir, les rêves, l’espoir d’une vie meilleure, l’égoïsme et la rédemption…

Préparation: 

Gabi est en tête d’une équipe multiculturelle qui se ressemble tous les jours dans la cuisine d’un Grand Hôtel de Londres. Il  gère le restaurant sans passion, au jour-à-jour, tout concentré sur son projet personnel et pourtant occupé à garder des bonnes relations avec les potentiel investisseurs de son futur restaurant à lui. Des événements inattendus – la mort d’un des commis de cuisine – et l’arrive de Lena dans sa vie, en bouleversant sa routine, lui font mettre en discussion son attitude et son mode de vie.

Une réflexion s’impose avant de franchir le prochain pas. Un examen de tout ce qu’il se passe dans le quotidien lui permet de retrouver ses origines et de mettre à côté son ego. Il se rapproche de sa famille et s’interroge sur le vrai sens de la cuisine pour lui, tandis qu’un entourage de personnages de différentes cultures se rendent protagonistes de son histoire d’une façon ou d’une autre.

Suggestions de consommation :

Histoire mélancolique avec beaucoup de digressions temporelles, facile à digérer, conseillée si on est en pleine réflexion sur le sens de notre vie.  Au bout du compte, le rapport avec la nourriture ici est seulement un moyen de lecture de soi-même, pas vraiment protagoniste, tandis que c’est la cuisine comme lieu de rencontre qui se place au centre de l’histoire.

Vitalba

 

Le récit de la 15ème séance – La rentrée littéraire

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Pour la 15e rencontre du Canapé littéraire nous nous sommes retrouvés chez Stéphane pour devenir de vrais critiques littéraires, en discutant de livres récents, parus dans la rentrée littéraire 2013.

Flavia nous a présenté « Le quatrième mur » de Sorj Chalandon, qui est journaliste à la base. Dans son roman, il raconte l’histoire de deux amis de longue date, dont l’un, d’origine grecque, travaille à la réalisation d’un projet très singulier et ambitieux: la mise en scène de l’ « Antigone » de Jean Anouilh, à Beyrouth, en début des années 1980, quand le Liban est marqué par la guerre, et, qui plus est, avec des acteurs de tous les groupes religieux et ethniques impliqués dans les conflits du pays. Quand il tombe malade, il fait appel à son ami pour mener à bout ce projet. La guerre est très bien décrite, et selon Flavia, c’est à la fin qu’on comprend le sens du roman, notamment à travers le lien entre le choix de la tragédie « Antigone » et le destin du protagoniste se retrouvant en pleine guerre.

Barbara a présenté « Il faut beaucoup aimer les hommes » de Marie Darrieussecq. Ce roman raconte l’histoire d’amour entre Solange, française, et un homme noir, acteur, Camerounais, qui a le projet de porter à l’écran « Cœur des Ténèbres » de Joseph Conrad – « à sa façon ». L’histoire bien écrite se déroule dans le milieu glamoureux de Hollywood. Cependant, selon Barbara, environ après 200 pages, le rythme du livre s’aplatit et l’intrigue devient fort prévisible. En somme, une lecture assez légère et divertissante mais qui manque un peu de profondeur à la fin.

Rossana nous a présenté « Le bleu des abeilles » de Laura Alcoba, livre considéré comme une des surprises de cette rentrée. Ce roman autobiographique raconte une césure importante dans la vie de l’auteur, qui à l’âge de 10-11 ans a dû quitter son pays d’origine, l’Argentine, en fuyant la dictature pour s’installer en France avec sa mère, mais en laissant derrière elle son père, qui est en prison. Deux relations sont au cœur de son récit: la découverte de la France et de la langue française, avec beaucoup de désillusion, car elle se retrouve pas dans la prestigieuse ville de Paris mais dans sa banlieue, et le maintien du contact avec le père, par lettres, et par une lecture commune de livres par père et fille.

Johannes a choisi « Les saisons de Louveplaine », de Cloé Korman, jeune écrivaine de 30 ans, qui ne pourrait pas être plus contemporain, puisqu’il met en scène la vie triste et difficile des immigrés dans la banlieue parisienne. L’histoire porte sur Nour, une jeune Algerienne, qui arrive à Louveplaine, ville imaginaire de la Seine-Saint-Denis (93), pour y chercher son mari Hassan, qui y essaie depuis trois ans de leur construire un avenir, mais de qui elle n’avait plus de nouvelles depuis un mois. Pendant les saisons froides d’automne et d’hiver, Nour se fait des amis toujours avec le but d’apprendre le sort de son mari. Le roman pourtant bascule de cette intrigue principale à un portrait plus général de la vie en banlieue, et au sort d’un autre personnage, le jeune Malien Sonny. Ceci semble symboliser pour Johannes le contraste entre les rêves et ambitions des immigrés et la réalité brutale avec des évolutions imprévisibles. Un roman intéressant, riche et ambitieux, d’un style narratif parfois compliqué, qui pourtant déçoit aussi sur certains points.

Stéphane a présenté « Utopia » de l’auteur égyptien Ahmed Khaled Towfik. Ce roman, publié en arabe en 2009, puis récemment en français, nous transporte dans un futur imaginaire, bien que pas tellement lointain (2023), dans lequel il n’y a plus de classes moyennes. Les riches vivent en isolation dans des communautés fermées et sécurisées. La jeunesse s’y ennuie et se livre soit à la consommation de drogues, soit à un « sport » macabre, la « Chasse », qui consiste à franchir les limites et à tuer une personne dans le monde pauvre pour rapporter une partie de son corps en trophée. Le roman thématise le conflit entre riche et pauvre, mais expérimente aussi à imaginer une Égypte disparue dans un monde où le pétrole n’existe plus comme source de richesse. A noter que le roman est paru avant le Printemps arabe.

Johannes

L’écrivain engagé: récit de la séance

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La rencontre du canapé littéraire qui a abordé le thème de l’écrivain engagé s’est déroulée le 17 juillet chez Barbara. Le thème de la séance nous a permis d’explorer un thème qui encore aujourd’hui reste d’une grande actualité vu les débats qui ont lieux partout de l’Europe à l’Asie et au Moyen Orient. Les passionnantes  discussions sur un livre ou un autre, sur un même auteur ou un mouvement littéraire, nous ont fait partager les différents types d’engagement qui caractérisent l’écrivain.

Barbara (présentant « La Peste », Albert Camus) a ouvert le débat avec la « Question » qui a suivie Camus toute sa vie, « Pourquoi on choisit d’écrire ? Est-ce que ce geste concerne nous-mêmes ? Est-ce que l’écriture a un objectif ? ». Camus est catégorique. La peste peut et va être arrêtée, mais, « les enfants continueront de mourir ». Ce n’est pas le désarroi qui caractérise l’écriture de Camus, tandis la compréhension que le rôle de l’écrivain ce n’est pas celui de bâtir un monde meilleur, néanmoins d’améliorer le monde. L’écrivain ne doit pas engager une révolution mais une révolte.

Silvia (« Fumo sulla città, Leogrande, « La condition ouvrière, Weil, « Le quai de Ouistreham, Aubenas) présente une approche différente. L’écrivain qui s’engage doit aider les gens à prendre conscience de leur situation en essayant de lutter pour l’améliorer et changer les choses. Dans les récits que Silvia a présenté, l’écrivain appelle les victimes, les faibles à s’engager dans un combat pour améliorer leur situation.

Révolte ou révolution ? Le débat semble s’engager dans cette direction avec Erri de Luca, présenté par Katia avec « Trois chevaux ». Le narrateur, un Italien émigré en Argentine par amour, rentre au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d’un homme durait autant que celle de trois chevaux, donc est ce qu’il vaut la peine de s’engager ?

Ou alors, est-ce qu’on peut s’engager en restant tous les jours à admirer la même œuvre d’art dans un musée ? Voici la provocation de Johannes avec Thomas Bernard et « Alte Meister ». Et voilà encore un autre genre d’intellectuelle. Ce Monsieur semble avoir un rapport d’amour et haine avec son pays, il ne veut pas sauver son peuple, il s’engage pas dans des luttes libertaires.

S’il y a des intellectuelles qui se mettent au repaire de la société dans des tours d’ivoire, il y en a qui n’ont pas pu malheureusement s’échapper à l’histoire. Lucia présente un homme par les milliers qui se sont retrouvés dans l’enfer d’Auschwitz : Primo Levi, « Se questo é un uomo ». Ce livre est le témoignage de Primo Levi sur sa vie quotidienne de déporté au camp d’Auschwitz III – Morowitz depuis son arrestation dans le maquis italien en Janvier 1943 à l’arrivée des Russes en Janvier 1945. Tout au long de ce récit, Primo Lévi ne cherche pas à expliquer quoi que ce soit, « …des hommes et des hommes, des esclaves et des maîtres, et les maîtres eux-mêmes esclaves ; la peur gouverne les uns, la haine les autres ; tout autre sentiment a disparu. Chacun est à chacun un ennemi ou un rival.. ».

Dans la façon de raconter de Primo Levi on retrouve beaucoup des ressemblances avec Vargas Llosa, « Qui a tué Palomino Molero », le récit présenté par Flavia. Dans ce récit qui a l’air très innocente d’un roman policier, Vargas Llosa se lance dans une rigoureuse analyse des problèmes sociaux du Pérou et porte une dénonciation ironique, implicite, des mécanismes du pouvoir.

La dénonciation de la société dont il vit c’est le thème de Saviano dans Gomorra, choisi par Noemi. L’écrivain raconte avec une minutie impressionnante les résultats de son enquête des plusieurs années sur les activités de la camorra, l’organisation criminelle qui règne sur Naples et toute la Campanie, « Je sais dans quelle mesure chaque pilier est fait du sang des autres. Je sais et j’ai les preuves. Et je ne fais pas de prisonniers ».

La comédie humaine en tant que telle est aussi l’approche suivie par Khaled Al Khassimi dans « Taxi » (bouquin de Stéphane). Les échanges entre les passagers et les chauffeurs des taxis reconstituent librement par l’auteur, révèle les immenses contradictions qui caractérisent la société égyptienne d’après révolution du 2011.

De l’autre côté plutôt discret, Haruki Murakami dans ces plusieurs récits présentés par Eric, n’essaye pas défendre les plus faibles, pas moins de prendre des fermes positions. Il ne fait pas face agressivement aux problèmes, comme Erri de Luca. Il ne manifeste pas, comme le fait Simon Weil. C’est l’amélioration de l’être humain à travers l’amour qui l’inspire et le guide…

En conclusions je voudrais rappeler quelques mots de Sartre : « Nous sommes condamnés à l’engagement de la même façon que nous sommes condamnés à être libres. L’engagement n’est pas l’effet d’une décision volontaire, d’un choix qui lui préexisterait : je ne décide pas d’être ou non engagé car je suis toujours déjà engagé, comme je suis jeté au monde ».

Un très bon engagement à tout le monde 🙂

Barbara