La crise sociale dans la littérature contemporaine

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Le monde littéraire, et notamment en France où beaucoup se concentre sur Paris, a souvent un penchant pour les milieux intellectuels, et peut ainsi parfois sembler élitiste et lointaine de la réalité sociale. Ceci pourrait être d’autant plus évident de nos jours, quand la société – en France et dans beaucoup d’autres pays occidentaux – est fortement marquée par des divisions qui augmentent, qui se traduisent dans des conflits et qui créent une classe sociale de plus en plus visible de gens qui sont peut-être définitivement exclus de toute société solidaire, qui sont laissés pour soi.

Récemment, cette réalité sociale attire de plus en plus le regard de la littérature. Plusieurs auteurs traitent des différents aspects du thème, très souvent nourris par une expérience personnelle. Les médias allemands ont remarqué cette tendance actuelle en automne dernier, quand la France recevait beaucoup d’attention en tant qu’invitée d’honneur à la Foire du Livre de Francfort. Cet écho à permis de rassembler une sélection de titres recommandés dans la bibliographie ci-dessous.

Voici quelques motifs que nous pourrons considérer pour nos lectures et nos discussions:
– pauvreté, misère sociale
– précarité et chômage
– exclusion sociale (parfois combiné avec les thèmes de la migration ou de l’orientation sexuelle)
– la mobilité sociale (vers le haut et vers le bas)
– conflits sociaux, lutte de classes, riche vs. pauvre
– milieu ouvrier

Bibliographie

Édouard Louis : jeune auteur, issu d’un milieu ouvrier, pauvre et homophobe en Picardie, il a connu un grand succès avec son début « En finir avec Eddy Bellegueule » (2014). De manière autobiographique, il revient sur sa jeunesse dans le milieu précité, et sur comment il s’en est enfui. Son deuxième roman « Histoire de la violence » (2016) à également reçu de très bonnes critiques. Aussi autobiographique, il y relate le viol dont il a été victime, en s’intéressant en détail au contexte social de l’agresseur.

Edouard Louis est ami et élève du philosophe et sociologue Didier Eribon, avec qui il partage le milieu social d’origine et l’orientation sexuelle. C’est la lecture de « Retour à Reims » (2009) de Didier Eribon qui aurait inspiré Louis à sa propre écriture. Le livre d’Eribon n’est pas vraiment littéraire, mais plutôt sociologique. Par contre, prenant le caractère d’une auto-analyse, avec beaucoup d’exemples personnels, il s’assimile à l’autobiographie. « La société comme verdict » (2013) continue dans la même veine.

Les deux auteurs précités sont aussi liés à Annie Ernaux, l’œuvre vaste de qui est également composé principalement de textes autobiographiques, qui traitent de sujets très variés. Deux titres qui abordent l’ascension sociale de la famille d’Annie Ernaux seraient « La place » (1983) et « La honte » (1997). Certes, une autre époque, mais peut-être aussi pertinent pour comprendre la France d’aujourd’hui.

Virginie Despentes : considérée comme auteur à scandale depuis son roman « Baise-moi », elle dépeint la réalité sociale avec un effet de choc. Pour notre thème, c’est la trilogie « Vernon Subutex » (trois tomes, 2015, 2015, 2017) qui est la plus intéressante. Le (anti-) héros des romans est un ancien commerçant de disques, dont la vie s’est effondré et qui se trouve à la rue. Il contacte une multitude d’anciens amis très différents pour demander de l’aide. Despentes crée ainsi un fresque social impressionnant.

Tanguy Viel: auteur qui utilise le genre du roman noir. Certains de ses romans trouvent une forte composante dans le thème de l’ascension sociale, ou dans l’antagonisme riche/pauvre, par exemple « Paris-Brest » (2009) et, plus récemment le très remarqué « Article 353 du code pénal » (2017).

Sophie Divry : « Quand le diable sortit de la salle de bain » (2016) – un succès de surprise de la rentrée littéraire 2016, dans lequel l’auteur décrit la vie d’un alter ego dans la précarité.

David Foenkinos: « La tête de l’emploi » (2014). Pas parmi les titres les plus connus de cet auteur, mais peut-être intéressant pour le thème. Presse : « histoire « sociétale » dont la simplicité apparente retranscrit finement les désarrois de l’époque…  »

Emmanuelle Bayamack-Tam : « Je viens » (2015) – Histoire d’une adolescente défavorisée, qui affronte toutes les difficultés que la société lui impose.

Olivier Adam: « Peine perdue » (2014) –  » En morte-saison sur la Côte d’Azur, la vie continue, plus mouvante que jamais. Olivier Adam nous met en présence de ceux dont il n’est jamais question, ces gens à la vie banale, nous-mêmes. »
François Roux: « Tout ce dont on rêvais » (2017) – « Le talent de François Roux est de s’emparer de l’histoire immédiate et d’en faire le récit, au plus près de la réalité sociale, affective et politique. Après Le bonheur national brut, fresque virtuose des années Mitterrand, il poursuit la chronique de notre époque, minée par le chômage et les compromis idéologiques. »
Deux titres de la Rentrée littéraire 2017:
Jean-Luc Seigle: « Femme à la mobylette » (2017) – « Jean-Luc Seigle dresse le portrait saisissant d’une femme ordinaire au bord du gouffre. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie. « 
Gérard Mordillat: « La Tour abolie » (2017) – « Avec la verve batailleuse qui a fait le succès de La Brigade du rire, Gérard Mordillat, l’auteur de Vive la sociale ! et de Les Vivants et les morts, livre une fable prodigieuse sur la société capitaliste et la révolte de ceux qu’elle exclut. »
Auteure journaliste, qui a écrit sur le sujet à travers des expériences investigatives:
Florence Aubenas: « Le Quai de Ouistreham » (2010) – « En 2009, Florence Aubenas part pour Caen et s’inscrit au chômage, avec un bac pour tout bagage et sans révéler qu’elle est journaliste. À Pôle Emploi, on lui propose de saisir sa chance : devenir agent de propreté dans des entreprises. Le Quai de Ouistreham est le récit saisissant de cette plongée dans le monde de la précarité. Un monde où on ne trouve plus d’emploi, mais des  » heures « . »
Et « En France. Chroniques » (2014) – « Montée du FN, crise du logement, de l’emploi, peur de la mixité sociale… À travers ces récits de vie, Florence Aubenas esquisse les dynamiques qui agitent une France parfois désorientée. »
Enfin, quelques titres qui ne sont peut-être pas 100% sur notre thème, mais qui en touchent certains aspects:
Dalibor Frioux: « Incidents voyageurs » (2014)
Charles Dantzig: « Histoire de l’amour et de la haine » (2015)
Ivan Jablonka: « Laëtitia ou la fin des Hommes » (2016)
Aurélien Bellanger: « L’aménagement du territoire » (2014)
Christian Roux: « L’homme à la bombe » (2012)
Toutes ces suggestions sont en langue française, mais des présentations de livres écrites dans d’autres langues et reflétant la situation actuelle dans d’autres pays sont bien sûr également bienvenues.
Bonne lecture!
Johannes
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