Archives Mensuelles: août 2017

Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Bibliographie

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Les bibliographies

Plusieurs auteurs se sont essayés depuis quelques années à faire des biographies, notamment de femmes (plus ou moins) célèbres. Ce sont des témoignages sur le combat de femmes au XXième siècle contre le racisme, le nazisme, le machisme, et c’est un signe de la féminisation des auteurs de bandes dessinées :

La dessinatrice Catel est la plus prolifique https://www.bedetheque.com/auteur-6057-BD-Catel.html

Nous vous recommandons sa biographie d’Olympe de Gouges (révolution), de la féministe Benoîte Groult, de la mère ukrainienne de Myèle Demongeot dans Adieu Karkov, de Kiki de Montparnasse (années 20). Sa dernière, Joséphine Baker, est d’une grande expressivité. A chaque fois, des femmes d’exception !!

La blogueuse Pénèlope Bagieu a approfondi sa technique narrative, et livré chez Gallimard d’excellents récits en couleur de femmes rocambolesques et inventives, courageuses et drôles : Culottées : https://www.bedetheque.com/serie-53493-BD-Culottees.html

Récits historiques authentiques

Il s’agit pour ces auteurs de témoigner, soit de raconter un évènement historique, souvent méconnu, pour le dénoncer, ou au contraire de témoigner de la difficulté à montrer le point de vue. La bande dessinée aime souvent varier les points de vue contradictoires (Joe Sacco), ou les raconter par le prisme subjectif d’un personnage particulier, comme un enfant (Persépolis, ou L’ascension du haut-mal).

Evolutions sociales et politiques :

Le Français Etienne Davodeau a de plus en plus orienté son travail sur la chronique de syndicalistes, paysans et ouvriers de l’Ouest de la France (Anjou, Bretagne). Son originalité est d’inclure les interviews qu’il mène auprès d’eux, donnant ainsi le sentiment au lecteur d’être témoin de ces discussions.

Son site : http://www.etiennedavodeau.com/

A lire : Un homme est mort (syndicalisme à Brest) Les ignorants (l’art de la vigne), Cher pays de notre enfance (affaires et assassinats politiques du parti gaulliste)

Le Français Philippe Squarzoni développe chez Delcourt une série de pamphlets sous formes de dessins abstraits, remarquablement documentés sur les ravages du libéralisme et du changement climatique. http://placetob.blog.lemonde.fr/2015/11/08/philippe-squarzoni-le-changement-climatique-est-une-crise-de-nos-representations/

A lire : Dol (les années Chirac), Saison brune

L’exil et l’expatriation 

La française Marjane Satrapi a obtenu un succès mondial avec le récit de son enfance iranienne, Persépolis, en sept tomes, devenu un film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18733354&cfilm=110204.html

De son côté le Français Riad Sattouf tenait depuis plusieurs années la chronique d’adolescents bretons en mal de sexe (Les beaux gosses), d’un apprenti super héros. Il fait un très grand succès d’édition avec son autobiographie en trois tomes, l’Arabe du futur, histoire d’un enfant roux entre la Bretagne, la Syrie et le Lybie des années 1980. Cruel et hilarant.

Les autres civilisations et les carnets de voyage

Dans un style minimaliste, le Français Guy Delisle a connu un grand succès avec ses reportages sur deux villes à travers ses Chroniques de Jérusalem et de Pyongyang : http://www.guydelisle.com/jerusalem/jeru-index.html

La maladie, le mal

Dans l’ascension du Haut-Mal, David B raconte en noir et blanc la maladie de son frère, l’épilepsie, qu’on appelait au Moyen-Age : le Haut Mal. https://www.bedetheque.com/BD-Ascension-du-Haut-Mal-Tome-1-L-ascension-du-Haut-Mal-1-11385.html

Le caricaturiste américain Derf Backderf a appris un jour que son copain de classe u peu fêlé, Jeffray Dahmer, était devenu serial killer, nécrophile et cannibale. Il revient dans un récit bouleversant sur leurs années d’adolescence, et d’amitié, celles où tout s’est mis en place, quand tout aurait peut-être pu être évité. http://bandedessinee.blogs.france24.com/article/2013/05/28/mon-ami-dahmer-retour-sur-la-jeunesse-dun-serial-killer-0.html

La guerre

La Shoah

Le livre indépassable, modèle de beaucoup d’autres romans graphiques, c’est Maus, d’Art Spiegelman. Récit de la survie de ses parents, juifs polonais, mais aussi récit de la difficulté de l’auteur à reconstituer cette mémoire. Les Juifs sont représentés en souris, les Nazis en Chats. Le livre a une capacité extraordinaire à nous faire rentrer dans son univers.

Mémoires de guerre

Les conflits en Asie centrale et au Proche-Orient sont le sujet central du new-yorkais Joe Sacco, qui a illustré ses reportages au Kosovo, en Bosnie, Palestine, en Tchétchénie. Il utilise la technique de dessin et de caricature américaine au profit d’une analyse très détaillée des forces des conflits et du ressenti des belligérants. Ses livres sont des réquisitoires extrêmement puissants et documentés, aux scènes inoubliables et terrifiantes : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

A lire : Gaza 1956, Gorazde, et Palestine

Récit d’un photographe de guerre français parti clandestinement couvrir le conflit russe en Afghanistan, Le Photographe est un récit d’initiation intégrant les photos prises à l’époque dans la bande dessinée tirée de son aventure. Attachant et bourré d’informations sur ce pays compliqué, c’est un des récits les plus authentiques que nous avons lus :

Site de la BD : http://lephotographe.dupuis.com/

Témoigner en temps réel :

Amnesty International a choisi de parrainer plusieurs récits de conflits écrits par des journalistes ou des historiens : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

Dans bien des cas cela permet de voir des situations insupportables que l’image documentaire serait obligée de censurer, par exemple sur les conflits au Mexique, en Tchétchénie ou en Centrafrique. Plusieurs caricaturistes ont choisi également d’être reporters de guerre. C’est le cas du talentueux et drôlissime Chappatte, dessinateur suisse qui publie tous les jours une caricature dans Le Temps de Genève. http://boutique.courrierinternational.com/bd-reporter-chappatte-printemps-arabe-elysee-guerre.html

Son site : http://www.chappatte.com/

Les adaptations de romans en bande dessinée

Dernièrement, beaucoup d’auteurs à succès ont souhaité faire adapter leurs romans en bande dessinée, ce qui permet de découvrir certaines fictions autrement et de mettre un visage, un paysage sur des personnages et des lieux phares du roman.

A lire : « Au revoir là-haut » un roman de Pierre Lemaître adapté en BD par Christian Metter ; « Perreira pretend » de Antonio Tabucchi adapté en BD par Pierre-Henri Gomont

Les fictions s’inspirant de faits ou lieux réels

Dans les romans graphiques qui relèvent de la fiction, l’inspiration de faits/paysages réels n’est jamais très loin. C’est le cas pour deux livres qui nous ont particulièrement touchés.

A lire : « Brüsel » de François Schuiten – Cinquième tome de la série « Les cités obscures », Brüsel raconte avec dérision le passage raté et non sans heurts d’une ville à la modernité, une ville qui ressemble étrangement à une certaine Bruxelles que nous connaissons bien.

« Le fantôme de Gaudi » de El Torres et Jesus Alonso

La ville de Barcelone est en proie à une série de meurtres dans des lieux bien précis : les célèbres monuments de l’architecte Gaudi, pendant que certains affirment avoir vu le fantôme de l’architecte… Un polar fascinant, surtout pour les adeptes de la capitale catalane.

Les fictions s’inspirant de la société contemporaine

Tous comme les romans classiques, les auteurs de roman graphiques nous offrent de plus en plus de récits s’inspirant de thèmes qui façonnent nos sociétés contemporaines : le passage difficile à l’âge adulte, l’homosexualité, le racisme etc.

A lire : « Cinq milles kilomètres par seconde » de Manuele Fior – Un roman graphique qui offre le portrait d’une certaine génération de trentenaires dans laquelle beaucoup d’entre nous se reconnaitront : vie instable, séduits par plusieurs modèles de vies, en quête de l’amour idéal.

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh – Roman graphique rendu célèbre par son adaptation cinématographique polémique au cinéma « La vie d’Adèle ». Un roman qui nous livre une belle histoire d’amour et qui nous permet de comprendre la difficulté vécue par une adolescente découvrant petit à petit son attirance pour les filles.

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Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Introduction

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« La seule chose que je regrette dans ma vie, c’est de ne pas avoir fait de bande dessinée. »

Pablo Picasso

Si Pablo Picasso a regretté de n’avoir jamais exprimé son art au travers de la bande dessinée, les enfants que nous avons été un jour auraient très certainement regretté de ne pas en lire. Européens que nous sommes, nos jeunes années ont presque toutes été bercées par les albums franco-belges qui se trouvaient dans la bibliothèque de nos parents, tels que « Tintin », « Astérix », « Lucky Luke », ou encore nos yeux émerveillés à la réception hebdomadaire de notre « Journal de Mickey ». Le temps emporte avec lui le rire des enfants (et le Mistral gagnant ?) mais certainement pas ses premiers amours pour les histoires imagées. Les années ont filé et certains d’entre nous ont découvert un type de bande dessinée offrant un nouvel univers, de nouveaux héros, de nouvelles séries abordant des thèmes auxquels nos vies d’adultes trépidantes pouvaient davantage s’identifier et qui nécessitaient une lecture plus attentive et plus exigeante : le roman graphique.

Historiquement, le terme de « Graphic novel » nous vient des Etats-Unis et est utilisé dans un premier temps pour différencier un type de bande dessinée qui n’est pas un comic book classique de super-héros. Certains auteurs souhaitent alors utiliser la narration et le graphisme pour évoquer des préoccupations heureusement moins enfantines qui se nichent, parfois hélas, dans notre quotidien d’adultes telles que la violence, la politique, la souffrance, la nostalgie etc. On considère Will Eisner comme l’auteur d’avant-garde du roman graphique. Avec « A contract with God », il offre un ouvrage mêlant histoire vécue, souvenirs d’enfances et fiction destiné à un lectorat adulte et installe une véritable rupture avec les comics traditionnels tels que Peanuts, Blondie, Dick Tracy etc.

En France, le terme de roman graphique apparaît également dans les années 70 sous l’influence états-unienne avec « La ballade en mer salée » d’Hugo Pratt. Il s’impose à la fin des années 90 lorsque des éditeurs tels que « l’Association », « Cornélius » ou « Les Requins marteaux » se posent dans une différenciation nette par rapport aux traditionnels albums de bande dessinée franco-belge en s’éloignant des standards conventionnels (couverture fine et rigide, 48 pages, destiné à un lectorat plus jeune) et en offrant un modèle moins fermé (couverture épaisse et souple, pagination libre, noir et blanc et abordant des thèmes considérés comme plus adultes).

Très vite cependant, le roman graphique cesse de rentrer dans une case stricte et bien définie dans laquelle nous pourrions facilement le ranger. Beaucoup de romans sont désormais considérés comme graphiques sans qu’ils ne répondent aux critères initiaux et il y a évidemment un aspect marketing derrière tout cela (les libraires espérant toucher un public plus large en affichant comme romans graphiques des bandes dessinées qui, pour certains, ne le sont pas forcément). En outre, le roman graphique peut répondre à des définitions diverses et variées selon la zone géographique, l’histoire et la sensibilité de chacun. Nous pouvons toutefois tenter d’identifier des similitudes entre tous les ouvrages et fournir ici notre propre définition du roman graphique.

Pour nous, le roman graphique c’est avant tout une bande dessinée offrant un graphisme soigné, sans réelle contrainte de format qui aborde soit des thèmes intimes (histoire vécue, journal, carnet de voyage, autobiographie etc.) soit des récits de fiction, avec ou sans aspect humoristique mais toujours avec une ambition littéraire et destiné à un public adulte. Néanmoins, penser le roman graphique comme une bande dessinée plus authentique au style supérieur que celles que nous avons connues dans notre enfance serait une erreur. Le roman graphique est avant tout un art double, la rencontre entre deux arts que sont la littérature et la bande dessinée, un mélange opportun qui permet de réconcilier nos préoccupations d’adultes avec nos âmes d’enfants, celles-ci ne se trouvant jamais très loin 😊.

Vous trouverez ci-dessous une liste de lecture non exhaustive des différents genres souvent retrouvés dans les romans graphiques. Bonne lecture !

 

Marine & Stéphane