Session 42: Merlin, le Roi Arthur et le Graal

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Bien des grandes mythologies font partie du patrimoine immatériel de l’humanité.

Nous comptons parmi elles les Védas hindoues, la Torah hébraïque, le Gilgamesh assyro-babylonien, l’Odyssée grecque, les Edda scandinaves pour n’en citer que quelques-unes. Certaines mythologies sont plus difficiles à saisir que d’autres, car elles sont plus changeantes et plus soumises aux péripéties de l’histoire.

Il en est ainsi du mythe du Roi Arthur et de celui de Merlin, distincts au départ. Ces deux mythes sont issus d’une culture disparue, celle des Celtes. Cette culture a été petit à petit effacée de la carte, essentiellement pour trois raisons : son mode oral de transmission, la défaite des Celtes face à Rome et l’implantation de la religion chrétienne dans le nord de l’Europe. Quelques mythes ont survécu, ils étaient utiles à la nouvelle religion dans une des tentatives de re-moraliser la chevalerie.

Pendant longtemps on a voulu ignorer que l’abondante littérature médiévale, connue sous l’appellation de « cycle arthurien » ou de « romans de la Table Ronde », écrite en latin mais aussi en français, en anglais, en occitan, en italien, en allemand et en scandinave, tire ses sources d’une tradition celtique bien plus ancienne. Des bribes de cette tradition sont retrouvées grâce aux progrès de la philologie : d’innombrables épopées irlandaises écrites en gaélique et des récits écrits en langue galloise ont enfin pu être déchiffrés.

Le mythe du Roi Arthur.

Le mythe le plus ancien est probablement celui du Roi Arthur. Ne nous méprenons pas : tant le mythe de Merlin que celui du Roi Arthur reposent sur des mythes celtes bien plus anciens dont ils ne sont que la cristallisation. Arthur est un personnage historique autour de l’an 500 de notre ère. C’est un chef de guerre louant ses services aux rois bretons dans leur guerre contre les saxons. Cette guerre se faisait dans l’île de Bretagne. On était à la fin de l’Empire romain et au début de la civilisation mérovingienne en ce qui concerne le continent. Le plus juste serait d’imaginer cet Arthur revêtu d’un uniforme romain du Bas-Empire plutôt que de le décrire sous l’aspect d’un roi Plantagenêt du XIIe siècle. Son champ d’action a été essentiellement le Cornwall avec la fameuse forteresse de Tintagel, le Devon, le Somerset, la fameuse île d’Avalon, le sud du Pays de Galles, et le pays autour de Carlisle (le Carduel des romans arthuriens). Bien des forteresses romaines étaient encore utilisées. Les victoires d’Arthur jointes à sa fin tragique en face d’un rival et à la sombre période qui s’ensuit ont cristallisées des mythes dormants plus anciens. Le rival est devenu le Mordret de la version dite cistercienne de la légende.

Le mythe de Merlin.

Le mythe de Merlin, prophète et enchanteur, daterait de la fin du Vie siècle et se fondrait sur un personnage réel. Il s’agirait d’un petit chef de tribu, Laï-loken, devenu fou et sage à la fois suite à une bataille. Merlin est l’enfant qui parle, le fou plein de sagesse, le grand magicien, le maître de la nature, mais aussi un prêtre issu du paganisme, un fils d’un démon incube.

Le couple Merlin-Arthur.

Arthur et Merlin ont très vite été jumelés en un corpus mythologique unique.

Le Graal.

Le Graal de Chrétien de Troyes (fin du XIIe siècle) ou de Wolfram von Eschenbach (XIIIe siècle) ne sont que le sommet de l’iceberg d’une littérature antérieure abondante. Le Graal prend différentes formes. Du chaudron d’immortalité celte, il devient récipient indéfini, puis un calice ou encore une écuelle. C’est en 1205 que se définit le dogme chrétien de la transsubstantiation, la remise au jour de légendes du Graal n’est pas un hazard.

Moraliser la chevalerie.

Toute guerre est une barbarie, c’est un pléonasme que de l’écrire. Le christianisme a eu bien des torts, dont celui d’avoir voulu éradiquer par la violence toute pensée en contradiction avec lui. Mais il a aussi eu des mérites que l’on oublie trop souvent. Plusieurs fois il a fait des tentatives pour moraliser la chevalerie et les règles de combat. Les « romans de la Table Ronde » en furent une des multiples tentatives…

Des mythes remis au goût du jour.

Aujourd’hui Merlin, le Roi Arthur et le Graal ont été introduits dans plein de récits contemporains. On les retrouve jusqu’à l’autre bout du monde.

Quelques livres suggérés

Les classiques que je recommande :

« Perceval ou le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes, éditions Poche

« Le Livre du Graal », anonyme, Bibliothèque de la Pléiade, trois tomes.

Cet excellent ouvrage est très complet sur la question du Graal et des mythes arthuriens. Voir http://www.humanite.fr/node/423085

« Le cycle du Graal » de Jean Markale, éditions « J’ai lu », quatre tomes : « La naissance du roi Arthur », « Les chevaliers de la Table Ronde », « Lancelot du Lac », « La fée Morgane ». Entre roman et reconstitution historique d’anciens mythes.

« La légende arthurienne – Le Graal et la Table Ronde » éditeur Robert Laffont

Mon coup de cœur :

« Le cycle de Merlin » de Mary Stewart, Le livre de poche, trois tomes : « La grotte de cristal », « Les collines aux mille grottes », « Le dernier enchantement ».

C’est une approche très subtile du mythe, les personnages sont terriblement attachants, on regrette quand l’histoire se termine. L’histoire est extrêmement cohérente, c’est une reconstitution homogène et crédible d’un matériel très disparate au départ. Entre roman et reconstitution historique d’anciens mythes.

Romans :

« Les Dames du lac » et « Les brumes d’Avalon » de Marion Zimmer Bradley, aux éditions Pygmalion.

Trois tomes, Emmanuèle Baumgartner, Éditeur Honoré Champion : « Lancelot », « La Quête du saint Graal », « La Mort du roi Arthur ».

« Graal – Le chevalier sans nom » de Christian de Montella, suivi de « Graal – La neige et le sang » éditions Castor Poche, livres jeunesse. Au moins quatre tomes.

« Le Cycle de Pendragon », de Stephen R. Lawhead, cinq tomes, Le Livre de Poche, fantasy.

« Perceval ou le conte du Graal », de Anne-Marie Cadot-Colin & Chrétien de Troyes (sic !) Livre de Poche Jeunesse.

Roman policier :

« L’Empire du Graal », Giacometti et Ravenne, édition JC Lattès

Il y a surement encore plein d’autres livres que je n’ai pas répertoriés, tout apport est le bienvenu ! Je vous ai épargné les livres ésotériques sur la question ; il y a plein de choses très farfelues et un peu indigestes dans ce genre particulier…

Bonne lecture !

Eric

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