Archives Mensuelles: novembre 2015

33ème rencontre du Canapé littéraire: Promenade dans les Balkans

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Promenade dans les Balkans

En cette période où l’on parle beaucoup de frontières, de guerres civiles et de migrants, je vous propose de revenir au cœur de l’Europe, là où passent toutes ses frontières : les Balkans.

On désigne ainsi la péninsule du sud Europe limitée par les mers Adriatique, Egée et Noire, soit l’Albanie, les Etats de l’ex Yougoslavie, la Bulgarie et la Grèce, voire la Roumanie et la Turquie

Chrétiens, orthodoxes et musulmans ; istriens, dalmates, slaves, ottomans ; autrichiens, turcs, russes… Combien de définitions attribuer aux peuples de la région ? Ces « petits » pays unis par la chaine montagneuse des Balkans ont connu des péripéties historiques incroyables et des guerres fratricides d’une violence inouïe.

Voici une sélection partielle et partiale de leurs littératures, pleine de bruit, de fureur et.. d’humour.

Des historiques :

Yougoslavie  / Le pont sur la Drina, Ivo Andric,

Lauréat du prix Nobel de littérature en 1961, Né dans une famille croate, Ivo Andric se déclare ensuite serbe après la Seconde guerre mondiale, s’installe définitivement à Belgrade. Diplomate avant la guerre, il se consacre à la littérature dès 1945. Ses récits ont pour cadre la Bosnie. Quand la guerre éclate, et que les Allemands bombardent Belgrade le 6 avril 1941, il refuse de gagner la Suisse, et écrit ses deux plus célèbres romans, « La Chronique de Travnik », puis « Le Pont sur la Drina ».

Rédigé avec un grand souci de vérité historique, il raconte la vie du village sur plusieurs siècles

Roumanie / Kyra Kyralina, Panaït Istrati

Vagabond et conteur, Istrati était vu avant la seconde guerre mondiale comme un des grands génies de la littérature européenne. Il est vu comme un très grand conteur, décrivant avec humour les petites gens des ports, et composant des romans pleins d’aventures.

Roumanie / L’homme centenaire, ou La nuit Bengali, Mircéa Eliade

Spécialiste mondial de l’histoire des religions, Mircéa Eliade qui a quitté la Roumanie sous le communisme a également laissé une œuvre fantastique et de voyages qui en fait aujourd’hui le meilleur écrivain roumain du vingtième siècle.

Des modernes :

Roumanie / Orbitor, par Cartarescu

Mélange de Proust et de récits fantastiques et science fiction, c’est le grand écrivain de la Roumanie d’aujourd’hui.

Orbitor décrit un monde parallèle à la Peter Pan peuplé de vampires et de sorcières effrayants.

Bato Tomasevic / Vie et mort dans les Balkans (Kosovo, Monténégro)

« À cette époque, la vie au Kosovo était loin d’être facile, et surtout pleine de dangers. C’est pourquoi, peu après leur arrivée, et pour être plus nombreux, mon père et ma mère firent venir du Monténégro leurs parents, leurs frères et sueurs et d’autres proches, de sorte qu’au moment de ma naissance en 1929, il y avait trente-trois adultes des deux familles, Tomaševic et Rajkovic, vivant au Kosovo. Ce qui représentait, disaient-ils, trente-trois fusils et trois fois plus de pistolets.

Bulgarie / Angel Wagenstein, Abraham le Poivrot

À travers le personnage de Berto Cohen, Bulgare exilé en Israël qui retourne dans sa ville natale le temps d’un colloque, Angel Wagenstein ressuscite le petit monde de son enfance : Plovdiv, une ville parmi les plus belles et les plus cosmopolites des Balkans. Le roman est dominé par l’inoubliable figure grand-paternelle d’Abraham le Poivrot : maître ferblantier, ivrogne céleste, affabulateur de génie et témoin privilégié de la fin d’une époque.

Bosnie / Jésus et Tito, par Vélibor Colic

Inventaire de souvenirs d’un enfant au temps où Belgrade était la capitale d’un grand pays imaginaire. Goodbye Tito.

Macédoine / Le dernier seigneur des Balkans, par Necati Cumali

Grand roman picaresque qui suit le parcours du dernier bey de l’empire ottoman en Macédoine, poste qui n’est pas de tout repos à la fin du XIXème siècle lorsque tous les nationalismes se réveillent de réclament leur indépendance.

Serbie / Le siège de l’église Saint-Sauveur, par Goran Petrović

Un monastère serbe s’envole pour échapper aux assauts d’un très-terrible prince bulgare. Un doge aux yeux gelés prend Constantinople pour s’emparer d’une plume d’ange. Une impératrice byzantine du XIIIème siècle fait une grossesse dans ses rêves et accouche au XXème siècle…

Monténégro/ La bouche pleine de terre, par Branimir Scepanović

Sous le ciel étoilé d’une nuit d’été, deux campeurs se préparent au sommeil. Au même instant, dans un train, un homme songe à la mort prochaine qu’il a choisi de se donner dans son Monténégro natal…

L’homme qui mangeait la mort, par Borislav Pekić

Un homme passe sa vie au tribunal. En lisant les accusations, il se rend compte de l’injustice dont tous ces gens sont victimes. Alors que faire ? Faire disparaître les preuves, bien sûr…

Ma sélection :

Slovénie / Cette nuit, je l’ai vue par Drago Jancar

Prix du Meilleur Livre Etranger – 2014

Veronika Zarnik est de ces femmes troublantes, insaisissables, qu’on n’oublie pas. Sensuelle, excentrique, éprise de liberté, impudente et imprudente, elle forme avec Leo, son mari, un couple bourgeois peu conventionnel aux heures sombres de la Seconde Guerre mondiale. Leur indépendance d’esprit, leur refus des contraintes imposées par l’Histoire et leur douce folie contrastent avec le tragique de l’époque. Une nuit de janvier 1944, le couple disparaît dans de mystérieuses circonstances, laissant leur entourage en proie aux doutes. Différents personnages essaient de reconstituer leur histoire.

Bosnie-Herzégovine / Sarajevo Omnibus, par Velibor Colic

Sarajevo omnibus propose un portrait de la ville de Sarajevo à travers différents personnages historiques ou lieux emblématiques, qui ont tous un rapport avec la tragédie inaugurale du vingtième siècle : l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914.

Le récit de Velibor Čolić n’est jamais pesant ni funèbre, mais vif, précis, surprenant et plein d’humour. Il considère avec une distance désabusée et attendrie l’enchaînement de circonstances horribles et comiques qui constitue l’histoire de Sarajevo.

Bosnie Serbie / Le miel, par Vladimir Despot

Prix du festival de littérature européenne de Cognac 2014

Au début de la guerre entre la Croatie et la Serbie, un vieil homme serbe se rerouve bloqué dans la poche serbe de la Krajina où les Croates ont massacré tous les villageois restants. Son fils qui n’a jamais été courageux décide d’aller le chercher en traversant les lignes de guerre. Beaucoup de suspense et d’humour.

L’auteur est le conseiller en communication du parti d’extrême droite qui vient de remporter les élections fédérales en Suisse.

Serbie / La femme du tigre par Téa Obreht & Marie Boudewyn

Dans un pays des Balkans qui se remet douloureusement d’un siècle de guerres, Natalia, jeune médecin, est venue vacciner les pensionnaires d’un orphelinat. Autour d’elle, tout n’est que superstitions. Les épidémies seraient des malédictions, les morts, des esprits. Ces croyances absurdes, Natalia les rattache aux contes que lui a transmis son grand-père. Mais l’histoire la plus extraordinaire, celle du tigre, de la sourde-muette et du petit garçon de neuf ans, il l’a emportée dans la tombe. Un mystère plus douloureux, plus intime, vient alors s’ajouter au faisceau des légendes. En cherchant à l’élucider, Natalia comprendra les errements des générations passées, et les travers de la sienne.

Bulgarie / Les Récits de Tcherkaski par Yordan Raditchkov

« Recouvert de neige et peuplé de poules et de cochons qui ont au moins autant d’importance que les humains, Tcherkaski est un village dans lequel les diables se cachent dans les endroits les plus inattendus ; les traîneaux se mettent à glisser tout seuls, les fusils à tirer, les épis de maïs et les geais ont leur mot à dire tout comme le garde champêtre, et un ballon captif fait la guerre à tout le village. Raditchkov est un poète du froid, de la neige, du blanc hivernal. C’est un écrivain ironique et raffiné, mais aussi un paysan sanguin, enraciné dans cette terre épique dont il tire ses récits. »

Bonus : focus sur La littérature albanaise par Katja

Après la Seconde Guerre mondiale, la censure règne en Albanie et les auteurs albanais sont obligés à se conformer aux impératifs du réalisme socialiste. Beaucoup de dissidents sont emprisonnés et leurs ouvrages interdits. C’est ainsi que, malgré une production littéraire féconde où la poésie jouit d’un très grand prestige, cette dernière reste – à l’exception d’Ismail Kadaré – ainsi longtemps méconnue en Europe.

Le roman albanais est éminemment social, mais les thèmes historiques et patriotiques y sont aussi fréquemment traités.

Quelques suggestions de lecture:

Ismail Kadéré écrivain, poète, essayiste placé parmi les plus grands écrivains contemporains.

Porteur du prix Man Booker Internationl en 2005, le nom de Kadaré a été plusieurs fois cité comme favori au Prix Nobel de littérature sans jamais l’obtenir toutefois. Réfugié politique en France depuis 1990, ses écrits les plus connus sont son premier livre Le général de l’armée morte (1964) et Le crépuscule des dieux de la steppe (1981). Il y met en scène avec réalisme le peuple albanais tout au long de son histoire douloureuse face à la tyrannie et au totalitarisme. Les œuvres complètes d’Ismail Kadaré ont été publiées en France par les éditions Fayard: http://www.fayard.fr/ismail-kadare

Le Commissaire Memo (1974) par Dritëro Agolli

Poète, écrivain et journaliste, Agollia apporté au roman albanais un humour à la fois populaire et subtil.

Le Paumé (1992) – par Fatos Kongoli  

Premier titre d’une tétralogie consacrée à l’Albanie contemporaine, il dresse un portrait froid et désespérant de l’Albanie des années ’60 et ’70 sous la dictature d’Enver Hoxha.

Le Tambour de papier (1997) – par Besnik Mustafaj

Des personnages mystérieux et fantaisistes hantent ce roman onirique de Besnik Mustafaj, caractéristique de sa vision d’une Albanie libérée, vivante et complexe.

Stéphane P.