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La littérature portugaise

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En cette rentrée 2015, le prochain canapé littéraire sera consacré à la littérature portugaise. C’est un canapé que j’ai choisi d’animer en raison de mon attachement à ce pays ainsi qu’à sa culture et à son histoire. Novice en la matière, j’ai pu toutefois découvrir les richesses de la littérature portugaise au gré de mes recherches et j’espère pouvoir les partager avec vous.

Pour que cette soirée ne soit pas que littéraire mais portugaise dans son ensemble, j’aurai avec moi de la musique et de la nourriture portugaise ainsi des objets, collectés au fil de mes voyages, qui me rappellent le Portugal. De votre côté, j’aimerais si vous le souhaitez, que vous participiez également en apportant quelque chose qui vous fasse penser au Portugal et qui pourrait ouvrir la discussion à ce sujet.

À noter que j’ai essayé ici de vous présenter une brève histoire de la littérature portugaise et non lusophone afin de ne pas m’égarer, le Portugal étant déjà un vaste sujet.

Petite histoire de la littérature portugaise

Contrairement aux littératures britanniques, françaises ou russes, la littérature portugaise est longtemps restée dans l’ombre de sa voisine espagnole et n’a véritablement été reconnue à l’étranger qu’au XXème siècle. Pourtant, qu’elle soit épique, lyrique ou même satirique, la littérature portugaise est douée d’une sensibilité particulière qui gagne à dépasser ses frontières. À son rythme et dans la limite de son contexte politique, le Portugal a suivi les courants littéraires européens en les adaptant à ses particularités nationales. Il en résulte une littérature unique et attachante où le mythe se mêle à la réalité.

Les premières caractéristiques d’une littérature nationale au Portugal apparaissent au XIIème siècle, sous le règne du roi Dinis. Le souverain est lui même considéré comme l’un des plus grands et plus féconds troubadours de son temps. C’est la période des Cancioneiros, des recueils de chants anonymes, et des Cantigas, des chants d’amour dont plus de 137 sont attribués au roi Dinis. On y retrouve déjà l’esprit de la Saudade, une forme de nostalgie du passé et de l’impossible typiquement portugaise dans laquelle on se complaît.

Les premiers temps de la Renaissance marquent au Portugal un âge d’or politique et littéraire. La petite nation portugaise découvre le monde grâce à sa maîtrise des mers et une volonté politique forte. Cette époque fait jaillir une foule de récits d’aventure, dont une partie sont compilés sous le nom d’Historia Trágico-Marítima. Le poète qui marque indubitablement cette période mais également toute l’histoire de la littérature portugaise est Luis de Camões. En 1565, il immortalise l’expédition de Vasco de Gama avec la publication de « Os Lusíadas », suite de poèmes épiques destinés à glorifier la naissance et le destin de la nation et du nouvel empire portugais. L’autre poète épique de cette époque est Bernandim Ribeiro, qui renforce la caractéristique nostalgique de la littérature portugaise en publiant « Saudades », roman évoquant l’amour triste et la souffrance de l’amant trahi.

Toujours d’un point de vue politique et littéraire, le XVIIème siècle est synonyme de décadence au Portugal. La mort du roi Dom Sebastião de Portugal en 1578 a pour conséquence la perte d’autonomie du pays au profit de la couronne espagnole. Cette dernière introduit la redoutable Inquisition et avec elle, la censure et la suppression des livres. La créativité artistique s’en trouve alors étouffée malgré l’apparition de grands auteurs tels que Frei Luís de Sousa, qui est l’un des rares à s’élever contre la domination espagnole ou Francisco Manuel de Melo, l’un des représentants de la littérature baroque sur la péninsule.

La pensée des lumières perce au Portugal au XVIIIème siècle grâce à une élite intellectuelle ayant fui les rigueurs l’inquisition à l’étranger. C’est le temps du néoclassicisme portugais appelé Arcadismo, une forme de littérature simple, opposée aux exagérations, aux surcharges décoratives et à l’exubérance du baroque. Deux poètes résument l’époque : Barbosa du Bocage, qui pousse l’esthétique du mouvement et la philosophie des lumières à leur paroxysme, et Francisco Manuel de Nascimento, précurseur du Romantisme.

Le XIXème siècle est marqué par l’avènement du Romantisme et par l’un de ses plus illustres représentants : Joao B. de Almeida Garrett. Poète et auteur de théâtre, il influence alors toute une génération de poètes, dramaturges et romanciers. Toutefois, un groupe de poètes dissidents, comprenant Teófilo Braga ou encore Antero de Quental, se révoltent contre le Romantisme en place pour introduire des doctrines sociales, philosophiques et politiques nouvelles inspirées de l’étranger. Ce nouveau mouvement réaliste est composé d’auteurs plus critiques dans leurs œuvres, tels qu’Eça de Queiroz, qui offre avec Os Maias, une critique des mœurs de la société portugaise, ou Abilio Guerra Junqueiro, satiriste connu pour ses pamphlets contre la monarchie portugaise.

Le XXème siècle portugais commence dans l’agitation politique. En 1908, le roi est assassiné. En 1910, la république est proclamée. En 1929, un coup d’état instaure une dictature qui dure jusqu’en 1974. Paradoxalement, cette période représente un renouveau en matière artistique comparable à la Renaissance. Elle est tout d’abord caractérisée par le Sebastianismo et Saudosismo, deux courants similaires en quête de réconfort dans un passé plus glorieux. Ces courants s’illustrent sous la plume du poète Teixeira de Pascoaes mais également de Fernando Pessoa dans « Mensagem ». Ce dernier est aujourd’hui considéré comme l’un des écrivains portugais les plus importants de tous les temps avec Luís de Camões. Homme de contradiction, Fernando Pessoa multiplie les hétéronymes, se faisant l’héritier de récits ayant tous leur propre style et ouverts à toutes les pensées possibles.

Alors qu’un renouvellement philosophique de la poésie se construit dans la moitié du XXème siècle, on constate également une rupture dans l’évolution du roman traditionnel, notamment avec Vergílio Ferreira. Ce dernier rompt avec le récit linéaire et inaugure le roman problématique, moral et métaphysique que l’on retrouve dans les romans portugais contemporains.

La dernière fracture apparaît après la révolution des œillets en 1974. Le roman traditionnel est complètement déconstruit par des auteurs marqués par le salazarisme et les guerres coloniales menées en Afrique, tels que Lídia Jorge, António Lobo Antunes et José Saramago. Ils mêlent la dénonciation d’un régime à l’espoir de renaissance du Portugal et poursuivent alors la tradition portugaise d’un style littéraire sans cesse renouvelé.

Bibliographie indicative

XVIème siècle

Luís de Camões, « Les Lusiades »

L’épopée portugaise par excellence. Luís de Camões retrace ici l’aventure de Vasco de Gama et par conséquent, la destinée unique d’une petite nation européenne partie à la découverte du monde.

Mémoires d’une jeune fille triste, « Bernardim Ribeiro »

Le récit d’une jeune fille en proie à la Saudade à travers l’histoire de trois femmes imaginaires dont on lui conte l’histoire.

XIXème siècle

José-Maria Eça de Queirós, « Les Maia »

Chef d’œuvre de la littérature portugaise, « Les Maia » conte l’histoire d’une famille bourgeoise portugaise à la fin du XIXème siècle.

José-Maria Eça de Queirós, « Le crime du Padre Amaro »

Un livre profondément anti-clérical qui évoque la liaison d’un prêtre avec une jeune fille.

Camilo Castelo Branco, « Les mystères de Lisbonne »

L’histoire d’un homme cherchant à reconstruire le fil de son identité dans le Portugal du XIXème siècle.

João Baptista de Almeida Garrett, « Voyages dans mon pays »

L’auteur présente l’état culturel, social et politique du Portugal du XIXème siècle mêlant à la fois pamphlet politique et roman historique.

XXème siècle

José Saramago, « Les intermittences de la mort »

Rédigé par le seul écrivain portugais ayant obtenu le Prix Nobel de littérature, cet ouvrage relate l’histoire d’un pays imaginaire dans lequel la mort disparaît soudainement. Elle laisse place à un monde où l’immortalité domine, sans toutefois supprimer la vieillesse et les maladies

José Saramago, « L’aveuglement »

Une épidémie de cécité frappe soudainement toute une population mise à part une femme. Jour après jour, le pays est livré au chaos d’une population angoissée et animée par son seul instinct de survie.

José Saramago, « Caïn »

Ce récit est la réécriture libre de la bible à travers le personnage de Caïn. Ouvrage profondément humaniste et résolument anti religieux.

Fernando Pessoa, « Le message »

Seul ouvrage publié par l’auteur de son vivant, « Le message » est un recueil de lettres aux accents très patriotique, exaltant la gloire et les succès de la nation portugaise.

Fernando Pessoa, « Le livre de l’intranquilité »

Œuvre colossale qui confronte le lecteur aux questionnements, aux angoisses et à la réflexion déstabilisante de Fernando Pessoa.

José Luís Peixoto, « Livro »

Un roman qui évoque l’immigration portugaise en France, en passant par le départ difficile jusqu’aux conditions de vie rudes dans les bidonvilles de Paris.

José Luís Peixoto, « La mort du père »

L’auteur revient dans la maison de son enfance et nous livre une véritable ode à l’amour d’un père parti trop tôt.

Gonçalo M. Tavares, « Jerusalem »

L’histoire d’une poignée de personnages tous rongés par une certaine forme de folie.

António Lobo Antunes, « La nébuleuse de l’insomnie »

Le récit de l’émergence et du déclin d’un grand domaine portugais au XXème siècle.

António Lobo Antunes, « La splendeur du Portugal »

Ce roman évoque la chute de l’empire colonial portugais à travers une famille qui refuse de quitter l’Afrique malgré le chaos ambiant des guerres coloniales.

Vasco Graça Moura, « Le Magnolia »

L’histoire d’une saga familiale dans la région du Porto entre la fin du XIXème siècle et la Première Guerre mondiale.

Lidia Jorge, « Les mémorables »

Une journaliste découvre l’incroyable passé révolutionnaire de ses parents alors qu’elle souhaite réaliser un reportage sur la Révolution des Œillets.

José Eduardo Aqualusa, « Théorie générale de l’oubli »

Inspiré de faits réels, ce roman relate l’histoire de Ludovica, une jeune femme terrorisée par le chaos crée par la guerre coloniale en Angola, qui décide de se retrancher dans son appartement pendant plus de trente ans.

 

Marine

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