Archives Mensuelles: mai 2015

Préparation à la rencontre de juin: Littérature et santé mentale

Par défaut

Avant de commencer mes recherches pour notre prochain canapé, je n’avais jamais réalisé à quelle point le thème de la santé mentale était présent dans la littérature. Sans doute pour son universalité: certaines statistiques avancent qu’aujourd’hui, une personne sur 4 souffrira d’un trouble mental dans sa vie.
Parmi les maladies et handicaps mentaux les plus souvent représentés en littéraire, on retrouve la dépression, les troubles bipolaires, la schizophrénie ou encore l’autisme. A noter que la différence entre maladie et handicap mental n’est pas toujours facile à discerner: de manière schématique, on parle de handicap mental lorsqu’il s’agit de pathologie présente à la naissance, ou apparue à un très jeune âge (donc perçue comme « permanente »), et de maladie mentale pour des troubles qui se déclenchent plus tard (donc perçus comme « soignables »).

Il existe de nombreuses façons d’aborder ce thème en littérature. Voici quelques angles d’attaque:
* romans écrits par des personnes souffrant elles-mêmes de troubles mentaux, avec la volonté d’expliquer, et peut-être alors de rationaliser voir de contenir leur maladie dans une forme qu’ils maîtrisent
* romans décrivant des personnages atteints de troubles mentaux, l’impact sur leur vie et leur entourage, avec ou sans aspect auto-biographique, souvent avec la volonté de démystifier, par la mise en scène de personnages complexes qui ne sont pas seulement réduits à leur maladie
* ou encore, utilisation de la maladie mentale comme figure de style symbolique, soit dans la construction d’un personnage littéraire aux caractéristiques exagérées, une caricature (« le fou », « le débile mental »….), soit plus largement comme symbole d’un trouble social ou des maux d’une époque

A cela se rajoute une sorte de « sous-genre » un peu à part: la maladie mentale telle qu’abordée dans les romans noirs et policiers (type psychopathie, sociopathie etc…). Bien qu’un très grand nombre de romans utilisent le motif de l’assassin « fou », finalement peu se concentrent sur le criminel, et encore moins sur sa maladie,  mais plutôt sur ses effets sur les autres. Il y a bien sur des exceptions (voir dernier roman de la biblio).

Évidemment, d’un premier abord, ce n’est pas un thème qui semble très gaie. Pourtant les vies présentées dans ces romans ne sont pas toutes noires: il faudra aussi parler de la capacité à être heureux, à aimer, à fonder une famille, à avoir une carrière bref à vivre sa vie, qui n’est pas – forcément- incompatible avec une maladie ou un handicap mental!

Quelques inspirations de lecture, il en existe bien sûr beaucoup d’autres.

Ecrivain(e)s souffrant de troubles mentaux
* Le Horla, de Guy de Maupassant : sur la folie (hallucinations). Maupassant a lui-même souffert de graves troubles mentaux, en partie causés par une syphilis non traitée.
*Aurélia ou Le Rêve et la Vie , de Gérard de Nerval – très beau texte, inachevé, sur la folie, écrit peu de temps avant le suicide de Nerval
* Mrs. Dalloway, de Virginia Woolf – sur ce qu’on appelle aujourd’hui le syndrome post-commotionnel ou traumatique, mais qui joue également sur les troubles bipolaires (maniaco-depressifs) de Woolf.
Woolf reste l’un des écrivains mentalement malade les plus connues dans le monde. A lire aussi: Le Journal de Virginia Woolf (pour faire le lien avec notre dernier canapé), ou encore le roman Les Heures, de Michael Cunningham, inspiré de la vie de Woolf
* La cloche de détresse, de Sylvia Plath – écrit peut avant le suicide de son auteur, qui souffrait également de troubles bipolaires, et narrant la plongée dans la folie d’une jeune femme.

Troubles mentaux comme sujets
* Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan – très belle biographie romancée sur la mère de l’auteur, atteinte de schizophrénie, et les conséquences de cette maladie sur la vie d’une famille
* Les demeurées, de Jeanne Benameur – histoire touchante de la relation entre une mère handicapée mentale et sa fille.
* Le bizarre incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon – roman écrit du point d’un vue d’un jeune garçon autiste qui « enquête » sur la mort du chien de son voisin. Un roman vraiment excellent qui permet de mieux comprendre l’autisme.
* Ce n’est pas toi que j’attendais, de Fabien Toulmé – BD très touchante, sur un papa (l’auteur) qui apprend à accepter sa fille, née trisomique
* The Shock of the Fall, de Nathan Filer  (pas de traduction FR) – sur un jeune homme malade mental qui essaye de se remettre de la mort de son petit frère, trisomique. Ecrit par un infirmier psy, drôle et très touchant (je peux prêter une version en EN si quelqu’un est intéressé)!

Troubles mentaux  comme symboles
* La bête humaine, de Zola – et la folie homicide de son « héros », Jacques Lantier. Zola est un cas intéressant puisqu’il a développé sur l’ensemble de sa saga des Rougon-Macquart une théorie sur la dégénérescence et l’hérédité de « tares », dont la maladie mentale. Si l’aspect scientifique de sa démarche n’est pas très convaincant, le symbolisme de la folie pour signifier la décadence sociale du Second Empire en France est par contre très intéressant.
* Le malade imaginaire, de Molière – peut-être le plus connus des hypocondriaques, la maladie permettant ici de se moquer des médecins.
* Des souris et des hommes, de John Steinbeck – pour le personnage inoubliable de Lennie Small, colosse attardé mental, dont le handicap symbolise l’impuissance des hommes devant leur circonstances
* American Psycho ,de Bret Easton Ellis – plongée glaçante dans la vie d’un psychopathe, qui a souvent été analysée comme une critique de la société capitaliste et de la prédominance des apparences superficielles.

Julie