Archives Mensuelles: juillet 2014

Compte rendu de la séance « À la découverte des Caraïbes …

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Avec la séance du canapé du mois de mai on a voyagé ensemble à Cuba, Trinité et Tobago, la Dominique et la Guadeloupe. En effet Lucia, qui a organisé la séance, a voulu faire découvrir aux participants les écrivains des pays des Caraïbes, qui généralement ne sont pas très connus par la majorité des lecteurs.

Lucia, qui a récemment voyagé à Cuba, a choisi un auteur cubain et a présenté le livre de Pedro Juan Gutiérrez « Le roi de La Havane ». Cette œuvre raconte, avec un style narratif très fort, la vie de Rey, un jeune cubain qui apprend la vie en affrontant la rigueur implacable de la rue, où l’attend une vie d’errance. Plus rien ne lui importe sinon la survie, la liberté et le sexe, seul plaisir qui puisse le distraire de sa misère sans retour. Dans le bouquin il y a, effectivement, beaucoup de scènes de sexe, ce qui a frappé Lucia. Dans l’autre œuvre de Gutierrez, « Trilogie Sale de La Havane », qui a remporté un grand succès international et que Lucia avait aussi commencé à lire, les thèmes sont similaires : la pénurie de la vie à Cuba, le désespoir, le sexe. Néanmoins, par rapport à l’œuvre précédente, on y retrouve davantage de réflexions sur la vie et sur la situation du pays.

Le sexe est aussi un des thèmes récurrents du livre présenté par Eric, qui a également choisi un auteur cubain : Reinaldo Arenas avec son livre autobiographique « Avant la Nuit ». Persécuté par le régime castriste à cause de son homosexualité, Arenas a connu l’univers carcéral, a dû cacher ses manuscrits et aussi réécrire certains de ses bouquins. Finalement, en 1980, il réussit à s’exiler aux États-Unis, mais à Miami il expérimente la désillusion. Le livre d’Arenas est, selon Eric, un livre qui mérite d’être lu pour plusieurs raisons : pour son style très fort, pour l’histoire de vie intéressante de cet auteur et aussi pour le fait que dans ce livre, plein d’autres écrivains cubains sont mentionnés…A travers cette œuvre on voit un régime politique qui dénigre la liberté, mais aussi la beauté et le sexe. Eric a aussi fait des analogies très intéressantes sur les systèmes politiques qui essaient d’ignorer les artistes, soit en les mettant de côté, soit en faisant d’eux des marionnettes au service du pouvoir ; ceci peut arriver non seulement dans un régime dictatoriale comme celui de Cuba mais aussi dans les pays démocratiques.

Johannes a choisi de découvrir Trinité et Tobago et, plus particulièrement, un auteur de ce pays mais d’origine indienne : Vidiadhar Surajprasad Naipaul (V. S. Naipaul). Naipaul, après sa jeunesse à Trinité, s’installe en Angleterre. Il a été lauréat du prix Nobel de littérature en 2001. Le livre « Le Suffrage d’Elvira » est décrit par Johannes, comme un roman satirique sur la politique. Naipaul y décrit, avec un style frais et ironique, les élections démocratiques dans le petit village d’Elvira. « Le suffrage d’Elvira » raconte la campagne électorale d’un vieil homme timide et distrait, Surujpat Harbans, qui fait campagne aidé par les superstitions, la magie noire, l’achat des votes, les stratégies pour se faire élire etc. Le roman est agréable à lire et on y retrouve beaucoup de personnages drôles et sympathiques.

Francesca nous fait voyager à la Dominique avec l’auteure Jean Rhys. Dans son livre « Il ne faut pas tirer les oiseaux au repos » Jean Rhys, par une série de nouvelles qui ont lieu aux Antilles, en Angleterre, à Paris et de nouveau aux Antilles, décrit des histories de femmes qui ne se sentent pas à l’aise dans leur milieu social. Cette situation reflète celle vécue par Jean Rhys elle-même, qui n’arrivera jamais à trouver sa place et se considèrera comme l’éternel « outsider ».En effet, l’écriture de Jean Rhys a souvent pour thème la vie de femmes coupées de leurs racines et abandonnées aux caprices de groupes sociaux qui ne leur sont pas familiers, visiblement en écho aux difficultés de sa propre existence.

Julie a choisi la Guadeloupe aussi pour des raisons personnelles (ses parents habitent là-bas), avec le livre de Maryse Condé « En attendant la montée des eaux ». Ce livre est difficile à lire, car on y retrouve beaucoup l’influence de la tradition orale et l’usage de la langue créole haïtien.

En parlant de la langue créole, Julie et Johannes qui avait aussi essayé de lire une partie d’un bouquin de Patrick Chaimoiseau, le maître de la « Créolité » sont d’accord pour dire que le créole est une langue très difficile vu sa structure syntaxique (il n’y a ni pronom, ni article et beaucoup de verbes à l’infinitif…).

Pour revenir au livre présenté par Julie, le personnage principal est un médecin gynécologue, Babakar Touré, qui est réveillé en pleine nuit pour un accouchement qui s’avère dramatique. À son arrivée, la parturiente est décédée mais le bébé, une magnifique fille, est vivant. Qu’adviendra-t-il de cette petite Anaïs? Autour de ces deux personnages, Maryse Condé nous livre quatre récits pour découvrir leur destin, en entrant dans un monde ayant pour décor l’Afrique, la Guadeloupe et Haïti. Les thèmes principaux sont le triangle géographique (Afrique, Haïti, Guadeloupe), la guerre, la pauvreté totale, les éléments fantastiques. Julie remarque que les personnages féminins dans le bouquin ne sont pas très intéressants et décrit cette œuvre comme un « patchwork », où le lecteur doit essayer de mettre de l’ordre.

En analysant un peu plus profondément les cinq bouquins présentés pendant la soirée, on a retrouvé pas mal d’éléments ou de thèmes communs :

  • le mélange de populations et de cultures qui caractérise les pays des Caraïbes;
  • l’importance de la dimension sexuelle;
  • le thème de l’exil (s’enfuir de son propre pays mais, en même temps, se sentir toujours étranger, être l’éternel « outsider »);
  • la folie liée au fait que les gens qui restent dans leurs pays risquent de devenir fou;
  • la magie, les éléments fantastiques (sorcières, fantômes etc.);
  • les femmes des Caraïbes (dans les livres cubains on retrouve des figures de femmes fortes, tandis que le rôle de la femme semble être beaucoup moins important dans les livres des autre pays).

Avec ces considérations finales, et une petite dégustation de rhum cubain, on a clôturé cette séance caraibique !