Archives Mensuelles: mars 2014

Compte rendu de la séance des « best sellers »

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C’est Barack Obama qui, pas sa venue à Bruxelles ces jours-ci, a quelque peu éclairci nos rangs, mais cette 20e rencontre du canapé fut malgré tout très agréable et bien animée.
Le sujet, « les best sellers » nécessitait une introduction pour savoir de quoi est-ce qu’on parlait exactement. Stéphane A s’en est chargé. Katja a ajouté la référence d’un article troublant qui parlait d’une sorte de martingale, un algorithme qui analyse un livre et prédire avec 84% de certitude si cet ouvrage sera un succès commercial. Voilà qui a laissé plusieurs d’entre nous bien perplexes dont Johannes, qui objectait que l’action lui semblait essentielle pour plaire à un large public alors que l’article prétendait le contraire ; un certains nombre de facteurs comme la nouveauté, le style, et l’usage fréquent de conjonctions comme « et » et « mais » et une quantité importante de noms et d’adjectifs (mais lesquels ?) se révèlent être déterminants. Bon… « Si une martingale existait vraiment, cela se saurait » a commenté notre hôte d’honneur, Marc Tarascoff, qui a travaillé chez Robert Laffont, et est en relation assez directe avec le milieu de l’édition ; son métier est assez rare car il dessine des couvertures de livres… Quelques remarques de sa part nous ont fait comprendre que sur les livres et les écrivains il en connaît un morceau. Bienvenue Marc !

Johannes a présenté « Il giorno in più » de Fabio Volo. L’histoire parle d’un homme qui fantasme à propos d’une femme qu’il voit régulièrement dans le tram. Bien sûr il n’ose l’aborder mais comme elle a remarqué son jeu, c’est elle qui finit par lui parler. Ils vont prendre un café et leur relation commence. Comme elle se rend à New York, il la suit et leur relation s’approfondit. Le style est assez simple avec des détails de la vie quotidienne qui font penser au lecteur « oui moi aussi j’oublie de prendre mon sac de piscine lorsque j’ai décidé de faire du sport après le travail et donc je dois repasser chez moi » Ce qui donne à la lecture un air de déjà vécu mais finalement pas très intéressant. . Les réflexions que les protagonistes de l’histoire ont à propos de leur relation, ne sont pas vraiment profondes et pour Johannes il s’agit là d’une sagesse de magazine…

Katja a lu « Tea bag » de Mankell qui est très connu pour ses policiers mais peut-être un peu moins pour ces ouvrages plus sociaux comme celui-ci. Il s’agit d’une africaine qui décide d’émigrer et qui traverse l’Europe pour arriver en Suède. C’est bien écrit, et Katja aime l’histoire sans déborder d’admiration non plus… Il faut savoir à propos de Mankell nous dit Johannes, que c’est un écrivain qui a une double vie. Une part en Suède et l’autre au Mozambique où il anime un théâtre, le Teatro Avenida, seule troupe de théâtre professionnelle du pays, pour laquelle il écrit et met en scène — et où il travaille gratuitement.

Barbara était enchanté d’avoir lu « l’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » de Romain Puértolas. Cet œuvre n’était pas destiné à devenir un best seller, il l’est devenu par le bouche à oreille et c’est donc un de ces best seller imprévu qui renforce l’idée que ce phénomène est incontrôlable. Heureusement d’ailleurs. Un indien se rend à Paris à seule fin de se rendre chez Ikea pour y acquérir un outil de travail, à savoir un lit à clous dernier modèle. Il se laisse enfermer dans le magasin et s’enferme dans une armoire pour y faire un petit somme. Embarqué malgré lui dans un camion de meubles à destination du Royaume-Uni. Voilà le début d’une odyssée rocambolesque qui va le conduire, à son corps défendant, à travers toute l’Europe. C’est drôle, parfois même hilarant, (Barbara a voyagé avec le livre en main et a étonné plus d’un illettré qui ignorait qu’on pouvait éclater de rire en lisant un livre) et très piquant car on y retrouve des descriptions sociologiques propre aux peuples que le dit fakir rencontre au cours de ses pérégrinations. A lire !

Lucia nous a parlé des Cerfs volant de Kaboul, premier roman de l’Américain d’origine afghane Khaled Hosseini, paru en 2003. Traduit en 54 langues pour 23 millions d’expl. C’est donc bien un BS. Le schéma est assez classique (peut-être est-ce une explication du succès ?) car il s’agit de l’amitié entre un enfant riche et un enfant pauvre, qui sont devenu adultes un jour de l’année 1975. On ne sait rien de ce jour avant la moitié du livre, ce qui tient le lecteur en haleine… Le style est assez riche (Lucia a lu le texte en anglais) et le vocabulaire est précis. Ce qui joue contre l’idée que ce livre était préparé pour être un succes…

Avec Enrico la température monte car il a lu le fameux « 50 nuances de Grey » machine de guerre éditoriale dont il était prévu dès le départ qu’il y aurait 3 tômes… Le sexe SM (sado maso) ne pouvait qu’interpeller la lectrice moyenne entre 30 et 60 ans mais beaucoup d’homme ont été curieux de lire le phénomène (n’est-ce pas Enrico et Stéphane ,) pour savoir de quoi il retournait. C’est donc une histoire d’amour (sic) entre une étudiante un peu cruche et un mec dans la très belle trentaine qui a tout ; l’argent, la beauté, l’énergie (il a fait sa fortune lui-même, un bon ingrédient pour plaire aux lecteurs anglo-saxons) la culture (il joue meêeerveilleusement du piano, il a des beaux tableaux chez lui) bref un type qui se retrouve en couverture des magazines féminins et masculins..l’homme de l’année. Son seul problème c’est que pour avoir une relation durable avec quelqu’un (ce qui ne lui est jamais arrivé sauf avec notre cruche) il a besoin de sexe SM. Et donc il lui propose un contrat (ah bin oui c’est un homme d’affaire) pour ne pas lui faire trop peur. Elle a précisément peur mais comme elle est accro à son beau Christian elle ne dit pas non, pas oui non plus, enfin je ne sais plus, viens faisons l’amour, on y verra plus clair après. Le style est assez plat, avec des « putains », bordel » et « meerde », les phrases font rarement plus de deux lignes, bref une littérature de supermarché.

J’ai lu le même livre et je confirme ce que dit Enrico en relevant un échange entre les 2 amoureux :

Lui
– Tu es très belle Anastasia. J’ai hâte d’être en toi.

Elle, en pensées.

– Ben merde alors. Quels mots. Quel séducteur. J’en ai le souffle coupé.

Nous aussi.

Eric, qui nous habitué à des commentaires assez radicaux, a rejeté en bloc ce qu’il considère comme de la littérature de gare comme celle de Dan Brown, Ken Follet, etc et s’est penché sur le « Roman du mariage » de Jeffrey Eugenides. L’histoire peut se présenter comme ceci ; Université de Brown, années 80. Madeleine Hanna est l’intellectuelle par excellence, la jeune femme douée qui fait une thèse sur «Jane Austen, George Eliot et la question du mariage dans le roman anglais». Comme dans ces fictions qu’elle dissèque, elle se retrouve au cœur d’un dilemme. Une femme, deux hommes : quelles possibilités ? Charismatique, séduisant, Leonard Bankhead n’en est pas moins dévoré par des accès maniaco-dépressifs. Mitchell Grammaticus, lui, est un étudiant presque trop sérieux, un ami fidèle. Bien sûr, Madeleine tombe sous le charme de Leonard. Bien sûr, Mitchell tombe sous le charme de Madeleine. Au fil des lectures, des discussions, des analyses, ils pensent apprendre à déchiffrer le monde.
Eric nous recommande ce livre. Venant de lui c’est plutôt bon signe.

Francesca a lu « Et si c’était vrai » de Marc Lévy. L’histoire invraisemblable de Lauren qui est dans le coma, mais qui est aussi dans le placard d’Arthur, un peu comme un fantôme. Arthur, en tout cas, est bien obligé de l’admettre : il la voit, l’entend, la comprend et finit même par l’aimer. S’ensuit une série d’actions qui laisse le lecteur perplexe ; Arthur vole une ambulance pour kidnapper le corps de Lauren (comme Bacall la fiancée de Bogart ?), Arthur ment à la police pour sauver un fantôme,… Un style simple, assez plat, des contradictions dans le texte.

Derrière ses lunettes de lectrice avertie, Francesca laissait entrevoir une déception polie, qui en disait long sur l’ennui qu’elle avait éprouvé en lisant ce livre.

Stéphane Aksakow

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