Archives Mensuelles: octobre 2013

La nourriture dans la littérature: récit de la séance

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« Dégustation littéraire »

Greggio

Dégusté par Stéphane

Ingrédients: un jeune chef, New York, Paris, une buvette, la nature, une fille anorexique, l’amour…

Préparation: Gaspar est parti pour New York pour recevoir un prix de cuisine, mais il est renvoyé à Paris par la Police suite à un cas d’homonymie avec un délinquant poursuivi par le FBI. De retour en France, il découvre que sa femme le trompe…il prend alors sa voiture et se met à conduire sans direction précise. En fin de journée, il se retrouve devant une buvette en train de fermer ses portes…et voilà qu’il commence une nouvelle vie, il se lance dans une ré-découverte des ingrédients de la cuisine grâce au rapport avec la nature. Un jour il tombe amoureux d’une femme qui n’aime pas manger du tout, et là il invente des nouvelles recettes pour lui redonner le goût de la vie!

Suggestions de consommation: roman printanier, pour remonter le morale dans une journée grise (on est à Bruxelles!).

Elsschot

Dégusté par Johannes

Ingrédients: 1 seul, le fromage!

Préparation: Le livre propose comme plan de lecture une liste des expressions sur le fromage, dans chaque chapitre il y en a quelques unes. Histoire d’un homme belge qui sort avec d’hommes distingués dans des clubs et un jour il a l’opportunité de travailler comme représentant de fromage au Pays Bas. Mais il n’aime pas le fromage (« rêve » de fromage)…il accepte ce poste et il avance même un peu dans cette carrière, en se retrouvant dans toute une série d’épisodes et d’aventures grotesques du monde des affaires (vu comme un club des amateurs de cet ingrédient en particulière)…une satire succulente!

Suggestions de consommation: pour une soirée rigoleuse entre amis!

Staikos

Dégusté par Lucia

Ingrédients: Grèce, nourriture grecque,  deux cuisines comme une pièce de théâtre.

Préparation: Nana a une relation avec deux hommes, Dimitri et Damoclès. La jeune fille, aimante de la bonne cuisine grecque, se partage entre un repas avec l’un et un repas avec l’autre. Quand les deux hommes – qui sont voisins – découvrent que Nana couche avec les deux, ils entament une compétition culinaire pour la conquérir et ils préparent avec une grande passion une série de recettes succulentes. Nana profite beaucoup de ce jeux et au sommet de la compétition, elle annonce aux deux hommes qu’elle les quitte, parce qu’elle va se marier avec son copain.

Suggestions de consommation: à consommer sans modération, pour faire rebondir la passion dans une couple!

Divakaruni

Dégusté par Barbara

Ingrédients: les épices, l’amour, les relations humaines

Préparation: Tilo prépare pour les familles qui fréquentent son petit magasin des mélanges d’arômes et d’épices pour soigner tous les malheur. Pour chaque problème, il y a un remède et ce remède est dans une particulière épice (par exemple, le gingembre sert à dire « no »!). En dosant épices et ingrédients, Tilo se tient au centre d’un tissu des relations humaines très délicates. Chaque épice est un voyage dans un sentiment différent.

Suggestions de consommation: en cas de voyage exotique, pour une meilleure digestion!

Mazeh

Dégusté par Naomi

Ingrédients: recettes de chef, Elysée, le plaisir à table

Préparation: Carnet de recettes d’une chef qui a travaillé à l’Elysée comme à la campagne. Chaque ingrédient est traité dans toute sa particularité. A chaque rencontre avec quelqu’un, suit une recette. La nourriture est donc fort liée aux personnages auxquels les recettes sont liées.

Suggestions de consommation: à rythme très rapide, comme une série de mises en bouche!

 

Bauermeister

Dégusté par Flavia

Ingrédients: la bouffe, les élèves et leur vies!

Préparation: Chaque personnage du roman (chaque élève de l’école) cache une histoire personnelle très intense, que la préparation d’un plat fait ressortir. Les événements de l’école sont le scénario d’une série de révélations pour tous les personnages. A tout épisode correspond un chapitre qui décrit le procès d’élaboration des souvenirs des chacun, à la recherche du sens de la propre vie, un voyage de découverte à travers la nourriture.

Suggestions de consommation: pour retrouver l’esprit du lien entre la nourriture et la littérature, vue que la nourriture est « de tous les jours » et donc littéraire par définition!

Duras

Dégusté par Katja

Une dame (Anne) accompagne son fils à prendre des leçons de piano dans son appartement. Au dessous de cet appartement, il y a un café où un jour une meurtre…Anne rencontre chaque après-midi dans ce café un homme, avec lequel elle entame une conversation autour de ce crime dont ni l’une ni l’autre sont vraiment informés. Ses conversations se déroulent au rythme d’une succession de verres de vin…

Katja n’a pas trouvé dans sa lecture un vrai lien entre la littérature et la nourriture, donc j’ai fait une  petite recherche sur le roman et voilà quelques conclusions: La plupart de l’histoire se déroule dans le café, dans lequel les deux personnages principales (Anne et l’homme inconnu) se retrouvent régulièrement autour d’un verre de vin. L’élément nourriture pourrait être « aperçu » dans ces petits détails, vue que l’œuvre fait partie de la courant du Nouveau Roman, en laissant totale liberté d’interprétation au lecteur en proposant un intrigue simple et plutôt linéaire.

Ali 

Dégusté par Vitalba

Ingrédients:

Londres, le restaurant d’un grand hôtel

Gabriel (le chef), Yuri et Lena

Les différences culturelles, l’ intrigue, le désir de s’affranchir, les rêves, l’espoir d’une vie meilleure, l’égoïsme et la rédemption…

Préparation: 

Gabi est en tête d’une équipe multiculturelle qui se ressemble tous les jours dans la cuisine d’un Grand Hôtel de Londres. Il  gère le restaurant sans passion, au jour-à-jour, tout concentré sur son projet personnel et pourtant occupé à garder des bonnes relations avec les potentiel investisseurs de son futur restaurant à lui. Des événements inattendus – la mort d’un des commis de cuisine – et l’arrive de Lena dans sa vie, en bouleversant sa routine, lui font mettre en discussion son attitude et son mode de vie.

Une réflexion s’impose avant de franchir le prochain pas. Un examen de tout ce qu’il se passe dans le quotidien lui permet de retrouver ses origines et de mettre à côté son ego. Il se rapproche de sa famille et s’interroge sur le vrai sens de la cuisine pour lui, tandis qu’un entourage de personnages de différentes cultures se rendent protagonistes de son histoire d’une façon ou d’une autre.

Suggestions de consommation :

Histoire mélancolique avec beaucoup de digressions temporelles, facile à digérer, conseillée si on est en pleine réflexion sur le sens de notre vie.  Au bout du compte, le rapport avec la nourriture ici est seulement un moyen de lecture de soi-même, pas vraiment protagoniste, tandis que c’est la cuisine comme lieu de rencontre qui se place au centre de l’histoire.

Vitalba

 

Les mythes grecs pour la 16ème rencontre

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La culture classique est à la base de la culture européenne avec une force et une présence telle que parfois nous n’en sommes pas tout à fait conscients. Par culture classique on entend la culture (arts, histoire, anthropologie, littérature, philosophie, mathématique et sciences, etcetera) grecque et latine.

Vu l’importance de la culture classique dans notre culture, et donc dans la littérature européenne, je vous propose de dédier un canapé à un sujet qui nous vient de la terre de Socrate : les mythes !

Pourquoi les mythes ? et bien pour leur importance et, comme on l’a déjà dit, pour leur influence sur la culture et la pensée européenne, mais surtout parce que ils sont fascinants et ils sont en mesure de nos jours de nous parler, d’évoquer rêves et cauchemars, de nous expliquer l’âme humaine. Pensez par exemple à la force du mythe de Ulysse, à son intelligence et ses voyages qui a représenté la soif de connaissance de l’homme (Dante Alighieri) et l’aventure dans la vie quotidienne (James Joyce) ; ou encore pensez au complexe d’Œdipe décrit par Freud et qui s’inspire à l’homonyme héros tragique.

Les mythes ont été élaborés dans plusieurs façons dans l’antiquité : poèmes, théâtre (tragédie et comédie), philosophie ; et continuent à nos jours à inspirer les auteurs contemporains dans tout type de production artistique, de l’opéra à la peinture, de la musique populaire au théâtre, en passant par le cinéma et la littérature. Et c’est bien sur la littérature que nous allons nous concentrer.

Le Canapé n’est pas le lieu pour une recherche académique, je n’ai donc pas inclus les essais académiques qui expliquent le mythe et ses influences sur la littérature contemporaine. Ils existent plusieurs travaux de ce genre que vous trouverez facilement si intéressés par ce sujet.

Pour le reste je vous propose seulement quelques titres de provenance antique et contemporaine afin que chacun puisse en trouver son bonheur : ceux qui aiment l’antiquité pourront découvrir ou redécouvrir les œuvres des dramaturges grecques, tandis que ceux qui veulent lire des œuvres plus ou moins récentes, pourront y trouver quelques idées. Cette approche nous permettra aussi de réfléchir sur comment les mythes ont été élaborés dans le temps et comment la littérature contemporaine s’en sers.

La plupart des œuvres citées ressortent du théâtre car elles s’inspirent à la tragédie grecque qui a trouvé dans le mythe sa principale source. Dans la bibliographie je n’ai pas nommé d’importants auteurs grecques car ils ne se sont pas directement occupés de mythes mais dont l’importance et l’influence est à nos jours très importante : je pense par exemple à Aristophane et à Esope dont les fables ont inspiré l’œuvre de La Fontaine. Les storiographes et philosophes, qui ont souvent traité du mythe surtout comme point de départ pour expliquer l’âme humaine, n’ont pas été inclus dans cette bibliographie qui se concentre sur les poèmes et le théâtre antiques.

J’avoue que mes efforts de recherche ne pourront jamais être à la hauteur de la tâche et je vous invite donc à compléter cette bibliographie avec vos suggestions !

Andromaque (1667), J. Racine

Antigone (1944), J. Anouilh

Antigone (1997), H. Bauchau

Antigone (442 av JC), Sofocle

Antigone (1783), V. Alfieri

Antigone (1947), B. Brecht

Antigone (1922), J. Cocteau

Antigone ou le Choix (1957), M. Yourcenar

Electre, Sofocle

Enéide (19 av JC), Virgile

Fables (1668 – 1694), J. de La Fontaine

Faust (1808), J W Goethe

Hélène (412 av JC), Euripide

Iphigénie (1674), J Racine

Iphigenie auf Tauris (1778), J.W. Goethe

Journal de bord III (1955), G. Séféris

L’Orestie, trilogie composée d’Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides, Eschyle

La guerre de Troie n’aura pas lieu (1935), J. Giraudoux

La Mort du roi Tsongor (2002), L. Gaudé

La Thébaïde (1664), J. Racine

Le mythe de Sisyphe (1942), A. Camus

Le Prométhée mal enchaîné (1899), A. Gide

Les travaux et les jours (VIII siècle av JC), Hésiode

Les Troyennes (415 av JC), Euripide

Les Troyennes, Sénèque

Les Troyennes (1965), J. P. Sartre

Le Songe d’une nuit d’été, W. Shakespeare

L’Odyssée (1939), N. Kazantzákis

Iliade (VIII siècle av JC), Homère

Il mio nome è Nessuno – Il giuramento (2012), V.M. Manfredi

Il mio nome è Nessuno – Il ritorno (2013), V. M. Manfredi

Odyssée (VIII siècle av JC), Homère

Œdipe (1931), A. Gide

Œdipe à Colone (401), Sofocle

Œdipe roi (425), Sofocle

Œdipe sur la route (1990), H. Bauchau

Métamorphoses (1), Ovide

Perséphone (1934), A. Gide

Percy Jackson & The Olympians (série fantasy de cinq romans publiés entre 2005 et 2010), R. Riordan

Poemi Conviviali (1904), G. Pascoli

Prométhée enchaîné, Eschyle

Prometheus (1773), J.W. Goethe

Roméo et Juliette (1595), W. Shakespeare

Till we have faces (1956), C.S. Lewis

Théogonie (VIII siècle av JC), Hésiode

The waste land (1922), T.S. Eliot

Ulysse (1922), J. Joyce

Ulysse from Bagdad (2008), E.E. Schmitt

Flavia

P.S. La séance se tiendra le 13 Novembre!

Le récit de la 15ème séance – La rentrée littéraire

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Pour la 15e rencontre du Canapé littéraire nous nous sommes retrouvés chez Stéphane pour devenir de vrais critiques littéraires, en discutant de livres récents, parus dans la rentrée littéraire 2013.

Flavia nous a présenté « Le quatrième mur » de Sorj Chalandon, qui est journaliste à la base. Dans son roman, il raconte l’histoire de deux amis de longue date, dont l’un, d’origine grecque, travaille à la réalisation d’un projet très singulier et ambitieux: la mise en scène de l’ « Antigone » de Jean Anouilh, à Beyrouth, en début des années 1980, quand le Liban est marqué par la guerre, et, qui plus est, avec des acteurs de tous les groupes religieux et ethniques impliqués dans les conflits du pays. Quand il tombe malade, il fait appel à son ami pour mener à bout ce projet. La guerre est très bien décrite, et selon Flavia, c’est à la fin qu’on comprend le sens du roman, notamment à travers le lien entre le choix de la tragédie « Antigone » et le destin du protagoniste se retrouvant en pleine guerre.

Barbara a présenté « Il faut beaucoup aimer les hommes » de Marie Darrieussecq. Ce roman raconte l’histoire d’amour entre Solange, française, et un homme noir, acteur, Camerounais, qui a le projet de porter à l’écran « Cœur des Ténèbres » de Joseph Conrad – « à sa façon ». L’histoire bien écrite se déroule dans le milieu glamoureux de Hollywood. Cependant, selon Barbara, environ après 200 pages, le rythme du livre s’aplatit et l’intrigue devient fort prévisible. En somme, une lecture assez légère et divertissante mais qui manque un peu de profondeur à la fin.

Rossana nous a présenté « Le bleu des abeilles » de Laura Alcoba, livre considéré comme une des surprises de cette rentrée. Ce roman autobiographique raconte une césure importante dans la vie de l’auteur, qui à l’âge de 10-11 ans a dû quitter son pays d’origine, l’Argentine, en fuyant la dictature pour s’installer en France avec sa mère, mais en laissant derrière elle son père, qui est en prison. Deux relations sont au cœur de son récit: la découverte de la France et de la langue française, avec beaucoup de désillusion, car elle se retrouve pas dans la prestigieuse ville de Paris mais dans sa banlieue, et le maintien du contact avec le père, par lettres, et par une lecture commune de livres par père et fille.

Johannes a choisi « Les saisons de Louveplaine », de Cloé Korman, jeune écrivaine de 30 ans, qui ne pourrait pas être plus contemporain, puisqu’il met en scène la vie triste et difficile des immigrés dans la banlieue parisienne. L’histoire porte sur Nour, une jeune Algerienne, qui arrive à Louveplaine, ville imaginaire de la Seine-Saint-Denis (93), pour y chercher son mari Hassan, qui y essaie depuis trois ans de leur construire un avenir, mais de qui elle n’avait plus de nouvelles depuis un mois. Pendant les saisons froides d’automne et d’hiver, Nour se fait des amis toujours avec le but d’apprendre le sort de son mari. Le roman pourtant bascule de cette intrigue principale à un portrait plus général de la vie en banlieue, et au sort d’un autre personnage, le jeune Malien Sonny. Ceci semble symboliser pour Johannes le contraste entre les rêves et ambitions des immigrés et la réalité brutale avec des évolutions imprévisibles. Un roman intéressant, riche et ambitieux, d’un style narratif parfois compliqué, qui pourtant déçoit aussi sur certains points.

Stéphane a présenté « Utopia » de l’auteur égyptien Ahmed Khaled Towfik. Ce roman, publié en arabe en 2009, puis récemment en français, nous transporte dans un futur imaginaire, bien que pas tellement lointain (2023), dans lequel il n’y a plus de classes moyennes. Les riches vivent en isolation dans des communautés fermées et sécurisées. La jeunesse s’y ennuie et se livre soit à la consommation de drogues, soit à un « sport » macabre, la « Chasse », qui consiste à franchir les limites et à tuer une personne dans le monde pauvre pour rapporter une partie de son corps en trophée. Le roman thématise le conflit entre riche et pauvre, mais expérimente aussi à imaginer une Égypte disparue dans un monde où le pétrole n’existe plus comme source de richesse. A noter que le roman est paru avant le Printemps arabe.

Johannes