Archives Mensuelles: septembre 2013

15e rencontre du Canapé littéraire : La rentrée littéraire 2013

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Plus que dans tout autre pays, en France, le monde littéraire concentre son attention sur la période septembre-octobre quand la plupart des nouveaux livres paraissent. Ainsi, la « rentrée littéraire » est célébrée comme un événement annuel, avec des numéros spéciaux des journaux et magazines, et naturellement la panoplie de prix littéraires avec ses étapes de la première sélection au décernement solennel au début du mois de novembre. Cependant, si on ne s’occupe pas professionnellement de la littérature contemporaine, on n’a souvent pas le temps de se faire une idée des nombreuses nouveautés à découvrir.

C’est pourquoi nous avons décidé de consacrer notre canapé littéraire du mois d’octobre à cet événement littéraire incontournable, et de lire et présenter chacun un de ces nouveaux livres, unicolores, en grand format, qui se trouvent en grand piles dans les librairies, souvent sur une table spéciale « rentrée littéraire ». Ainsi, nous pourrons avoir une bonne première impression personnelle des nouveautés de cette année.

Pour choisir, le plus efficace serait de se rendre dans une librairie et de juste feuilleter les livres et d’en consulter les quatrièmes de couvertures. Cependant, sur la base des premières sélections des prix littéraires les plus importants, je vous indique également quelques suggestions ci-dessous, en ordre alphabétique, avec les nominations entre parenthèses :

Nelly Alard : Moment d’un couple (Décembre, Flore)

Laura Alcoba : Le bleu des abeilles (Médicis, Femina)

Metin Arditi : La confrérie des moines volants (Renaudot, Médicis)

Jean-Daniel Baltassat : Le divan de Staline (Goncourt)

David Bosc : La claire fontaine (Goncourt, Décembre)

Sorj Chalandon : Le quatrième mur (Goncourt)

Thomas Clerc : Intérieur (Renaudot, Médicis)

Marie Darrieussecq : Il faut beaucoup aimer les hommes (Goncourt, Médicis)

Tristan Garcia : Faber. Le Destructeur (Médicis, Décembre, Femina)

Sylvie Germain : Petites scènes capitales (Goncourt)

Brigitte Giraud : Avoir un corps (Décembre, Femina)

Pierre Jourde : La première pierre (Goncourt)

Cloe Korman : Les saisons de Louveplaine (Renaudot, Médicis)

Pierre Lemaitre : Au revoir là-haut (Goncourt, Renaudot, Femina)

Céline Minard : Faillir être flinguée (Médicis, Femina)

Yann Moix : Naissance (Goncourt, Renaudot, Médicis, Décembre)

Étienne de Montéty : La Route du salut (Renaudot)

Christophe Ono Dit Biot : Plonger (Renaudot)

Romain Puertolas : L’extraordinaire voyage du fakir qui reste coincé dans une armoire Ikea (Renaudot)

Boris Razon : Palladium (Goncourt)

Thomas B. Reverdy : Les Evaporés  (Goncourt, Décembre)

Patricia Reznikov : La Transcendante (Renaudot, Femina)

Jean Rollin : Ormuz (Décembre)

Laurent Seksik : Le cas Eduard Einstein (Goncourt, Femina)

Chantal Thomas : L’échange des princesses (Goncourt)

Jean-Philippe Toussaint : Nue (Goncourt, Femina)

Karine Tuil : L’invention de nos vies (Goncourt, Femina)

Philippe Vasset : La Conjuration (Renaudot, Médicis)

Frédéric Verger : Arden (Goncourt, Renaudot, Médicis, Décembre)

Marc Weitzmann : Une matière inflammable (Décembre, Flore)

La liste n’est pas tout à fait complète, et bien sûr, comme toujours ce ne sont que des suggestions. Si vous voulez savoir plus sur les titres, je vous recommande le site web de l’Express, où il y a de nombreuses présentations des auteurs et des livres, avec beaucoup de liens.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/rentree-litteraire-2013-et-les-auteurs-finalistes-sont_1282651.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/palmares-les-cumulards-lemaitre-ford-toussaint-ont-seduit-lecteurs-et-jurys_1283772.html

Dans le deuxième article, vous trouverez également quelques autres titres qui ne sont pas considérés pour des prix littéraires, mais qui se vendent très bien, comme les nouveaux livres d’Amélie Nothomb ou d’Eric-Emmanuel Schmitt.

Vous trouverez certainement encore d’autres sources de commentaires sur la rentrée, comme par exemple le site « coups de cœur » de Filigranes…

Je propose que nous choisissions des livres français, mais si vous ne trouvez rien d’intéressant, n’hésitez pas de présenter des nouveautés parus dans d’autres langues.

Les articles sur les différents prix littéraires, avec beaucoup de liens vers des portraits et des extraits :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/goncourt-15-romans-en-lice-pour-la-premiere-selection_1279197.html#3dPwZXbVKDfhlFkm.99

http://www.lexpress.fr/culture/livre/prix-renaudot-la-premiere-selection-retient-12-romans-et-7-essais_1280265.html#EYTdoMtwYLCmsRr8.99

http://www.lexpress.fr/culture/livre/prix-medicis-la-premiere-selection-devoilee_1280716.html#X9wDcmHiTl2j3BZ2.99

http://www.lexpress.fr/culture/livre/prix-decembre-12-romans-restent-en-lice_1280328.html#11mDruytMcK41mRd.99

Bonne lecture !

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Johannes

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L’écrivain engagé: récit de la séance

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La rencontre du canapé littéraire qui a abordé le thème de l’écrivain engagé s’est déroulée le 17 juillet chez Barbara. Le thème de la séance nous a permis d’explorer un thème qui encore aujourd’hui reste d’une grande actualité vu les débats qui ont lieux partout de l’Europe à l’Asie et au Moyen Orient. Les passionnantes  discussions sur un livre ou un autre, sur un même auteur ou un mouvement littéraire, nous ont fait partager les différents types d’engagement qui caractérisent l’écrivain.

Barbara (présentant « La Peste », Albert Camus) a ouvert le débat avec la « Question » qui a suivie Camus toute sa vie, « Pourquoi on choisit d’écrire ? Est-ce que ce geste concerne nous-mêmes ? Est-ce que l’écriture a un objectif ? ». Camus est catégorique. La peste peut et va être arrêtée, mais, « les enfants continueront de mourir ». Ce n’est pas le désarroi qui caractérise l’écriture de Camus, tandis la compréhension que le rôle de l’écrivain ce n’est pas celui de bâtir un monde meilleur, néanmoins d’améliorer le monde. L’écrivain ne doit pas engager une révolution mais une révolte.

Silvia (« Fumo sulla città, Leogrande, « La condition ouvrière, Weil, « Le quai de Ouistreham, Aubenas) présente une approche différente. L’écrivain qui s’engage doit aider les gens à prendre conscience de leur situation en essayant de lutter pour l’améliorer et changer les choses. Dans les récits que Silvia a présenté, l’écrivain appelle les victimes, les faibles à s’engager dans un combat pour améliorer leur situation.

Révolte ou révolution ? Le débat semble s’engager dans cette direction avec Erri de Luca, présenté par Katia avec « Trois chevaux ». Le narrateur, un Italien émigré en Argentine par amour, rentre au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d’un homme durait autant que celle de trois chevaux, donc est ce qu’il vaut la peine de s’engager ?

Ou alors, est-ce qu’on peut s’engager en restant tous les jours à admirer la même œuvre d’art dans un musée ? Voici la provocation de Johannes avec Thomas Bernard et « Alte Meister ». Et voilà encore un autre genre d’intellectuelle. Ce Monsieur semble avoir un rapport d’amour et haine avec son pays, il ne veut pas sauver son peuple, il s’engage pas dans des luttes libertaires.

S’il y a des intellectuelles qui se mettent au repaire de la société dans des tours d’ivoire, il y en a qui n’ont pas pu malheureusement s’échapper à l’histoire. Lucia présente un homme par les milliers qui se sont retrouvés dans l’enfer d’Auschwitz : Primo Levi, « Se questo é un uomo ». Ce livre est le témoignage de Primo Levi sur sa vie quotidienne de déporté au camp d’Auschwitz III – Morowitz depuis son arrestation dans le maquis italien en Janvier 1943 à l’arrivée des Russes en Janvier 1945. Tout au long de ce récit, Primo Lévi ne cherche pas à expliquer quoi que ce soit, « …des hommes et des hommes, des esclaves et des maîtres, et les maîtres eux-mêmes esclaves ; la peur gouverne les uns, la haine les autres ; tout autre sentiment a disparu. Chacun est à chacun un ennemi ou un rival.. ».

Dans la façon de raconter de Primo Levi on retrouve beaucoup des ressemblances avec Vargas Llosa, « Qui a tué Palomino Molero », le récit présenté par Flavia. Dans ce récit qui a l’air très innocente d’un roman policier, Vargas Llosa se lance dans une rigoureuse analyse des problèmes sociaux du Pérou et porte une dénonciation ironique, implicite, des mécanismes du pouvoir.

La dénonciation de la société dont il vit c’est le thème de Saviano dans Gomorra, choisi par Noemi. L’écrivain raconte avec une minutie impressionnante les résultats de son enquête des plusieurs années sur les activités de la camorra, l’organisation criminelle qui règne sur Naples et toute la Campanie, « Je sais dans quelle mesure chaque pilier est fait du sang des autres. Je sais et j’ai les preuves. Et je ne fais pas de prisonniers ».

La comédie humaine en tant que telle est aussi l’approche suivie par Khaled Al Khassimi dans « Taxi » (bouquin de Stéphane). Les échanges entre les passagers et les chauffeurs des taxis reconstituent librement par l’auteur, révèle les immenses contradictions qui caractérisent la société égyptienne d’après révolution du 2011.

De l’autre côté plutôt discret, Haruki Murakami dans ces plusieurs récits présentés par Eric, n’essaye pas défendre les plus faibles, pas moins de prendre des fermes positions. Il ne fait pas face agressivement aux problèmes, comme Erri de Luca. Il ne manifeste pas, comme le fait Simon Weil. C’est l’amélioration de l’être humain à travers l’amour qui l’inspire et le guide…

En conclusions je voudrais rappeler quelques mots de Sartre : « Nous sommes condamnés à l’engagement de la même façon que nous sommes condamnés à être libres. L’engagement n’est pas l’effet d’une décision volontaire, d’un choix qui lui préexisterait : je ne décide pas d’être ou non engagé car je suis toujours déjà engagé, comme je suis jeté au monde ».

Un très bon engagement à tout le monde 🙂

Barbara