Archives Mensuelles: octobre 2012

La frontière – le récit de la rencontre

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Le thème de la session du Canapé Littéraire qui a eu lieu le 24 Octobre était celui de la frontière.

Bouquins qui ont été choisi :

  1. Nicolai Lilin – Il respiro de buio -2010
  2. Svetlanka Drakulic – As I I was not there – 2000
  3. Shafak Elif  – The bastards of Istanbul – 2010
  4. Andric Ivo – Le pont sur la Drina – 1960
  5. Albert Camus – L’étranger  – 1942
  6. Antoni Libera – Madame
  7. Haruki Murakami – A l’Ouest de la frontière au sud du soleil
  8. Paolo Rumiz – Aux frontières de l’Europe

La discussion s’est centrée sur des points centraux :

–          La rencontre avec l’autre dans l’interindividuel

–          La rencontre avec l’autre dans la mémoire individuelle et collective

Dans les histoires présentées par les participants on a retrouvées plusieurs frontières telles que les suivantes : l’homme/femme qui pendant et après une guerre a besoin de l’ennemi pour être et se reconnaitre en tant que tel ;   la rencontre entre plusieurs générations vécue ou comme un clash ou comme une dialogue ; la frontière comme le besoin d’aller au-delà pour chercher la liberté ;  la frontière de l’amour vécu vers l’amour impossible et rêvé.

Pendant les dialogues on a essayé de répondre aux questions suivantes :

–          La confrontation avec l’étranger en eux-mêmes conduit les personnages du roman vers un questionnement sur leur propre identité et déclenche une quête d’identité, une quête à plusieurs niveaux qui ’entrecroisent. Quelle est la quête de vos personnages ? Qu’est ce qu’ils recherchent ?

–          Est-ce que l’absence d’un ou des deux parents entraîne un manque, un souvenir douloureux de l’unité familiale originaire et l’incertitude absolue en ce qui concerne ses origines. Est-ce que ce motif est un de déclencheurs des romans ?

–          C’est laquelle la réponse de vos personnages à cette interrogation : Comment vivre avec les autres, sans les rejeter ni les absorber, si nous ne nous reconnaissons pas étrangers à nous-mêmes ?

Plusieurs bouquins nos ont emmené à réfléchir par rapport au thème de la guerre et de la nécessité de se retrouver/récréer une nouvelle identité après un tel évènement : « Comment est-il possible de repousser une frontière de que la frontière est en train de vivre et survivre en nous ? » ; « Peut-on vraiment retrouver ce que l’on a quitté ? »

La conclusion qui nous a trouvé d’accord est la suivante : Trouver son identité veut dire ne pas cesser de la chercher. Nous venons de voir que cette quête peut aboutir dans une réconciliation avec soi, impliquant la capacité d’assumer son propre passé et celui de l’Autre.

Barbara

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Bibliographie – La frontière comme la rencontre de l’autre ou banlieues d’Europe

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Dès l’époque antique, grecque et romaine, la frontière est définie comme une limite de souveraineté associée d’abord à la notion de «zone-frontière ». Celle-ci désigne un territoire d’épaisseur variable séparant le monde connu du monde extérieur perçu comme sauvage et effrayant.

La littérature nous  emmène  au-delà des frontières culturelles et linguistiques pour accueillir «l’autre».

Traverser la frontière entraine une nouvelle découverte. A cause de l’exil, de l’incertitude des origines, de la perte d’un parent ou de l’incapacité d’assumer son passé, l’individu doit vivre l’expérience du déracinement et de l’aliénation.

Cette découverte entraine une confrontation positive ou négative avec une mémoire collective qui est différente. La mémoire devient ainsi un lieu de carrefour qui rassemble des souvenirs de différentes mémoires individuelles et collectives.

Le questionnement central est le suivant : comment vivre avec les autres, sans les rejeter ni les absorber, si nous ne nous reconnaissons pas étrangers à nous-mêmes ? Comment vivre avec ceux qui sont différents sans les apercevoir comme une menace ?

La confrontation de mémoires peut aussi devenir problématique quand il y a une rencontre entre des mémoires ou histoires collectives opposées:  la mémoire algérienne à la rencontre de la mémoire française, la mémoire juive face à la mémoire allemande, « Est-ce qu’une réconciliation, un dialogue, entre ces mémoires collectives sera possible ou est-ce impossible car il s’agit d’un « […] entrecroisement de mémoires quelquefois trop lourdes » (Assia Djebar – « Les nuits de Strasbourg 1997 ».

La confrontation « avec l’étranger » porte les personnages de ces romans à questionner leur propre identité. Cette confrontation devient alors une véritable quête  d’identité. Une quête qui commence d’abord avec la quête des origines, des racines souvent perdues par l’exil.

La rencontre avec l’Autre place les personnages de ces romans dans un « entre-deux lieux » : entre le moi et l’Autre. Désormais, « le moi » doit se re- situer, re-trouver son identité, par rapport à l’Autre, c’est-à-dire dans l’entrevue avec son altérité….

Je vous invite à découvrir vos propres frontières en voyageant dans les histoires des personnages que je vous propose….

Le voyage dans la francophonie

Assia Djebar «  les nuits de Strasbourg » 1997

Camus Albert « L’étranger » – 1942

Camus Albert « L’Envers et l’Endroit » – 1937

Camus Albert « L’Exil et le Royaume » – 1957

Kadare Ismail « Histoire de l’Union des Écrivains albanais telle que reflétée dans le miroir d’une femme » – 2001

Kadare Ismail « L’Envol du migrateur » – 1999

Kadare Ismail « La Grande Muraille » – 1993

Yassin – Kassab Robin « The Road from Damascus » – 2008

Jelloun Tahar Ben – “L’écrivain public”  – 1993

Yasmina Khadra – « Ce que le jour doit à la nuit » – 2008

Yasmina Khadra – « A quoi revent les loups » – 2000

Yasmina Khadra – « De l’autre coté de la ville » 1998

Seierstad Asne – “L’ange de Grozny” – 2007

Taia Abdellah « Le rouge du tarbouche » – 2006

Taia Abdellah – « Une melancolie arabe » – 2008

Taia Abdellah – “Mon Maroc” – 2000

Bouraoui Nina “Nos baisers sont des audieux” – 2009

Darina al-Joundi, Mohamed Kacimi, « Le jour où Nina Simone a cessé de chanter » – 2008

Tahir Shah – « Arabian Nights » – 2009

Choukri Mohamet – “Jean Genet in Tanger” – 1993

El Khouri Driss – “The beginnings” – 1980

Hanan al-Shaykh’s – « Beirut Blues » – 1992

Le pont sur la Drina ou la frontière vers l’Oeust

Lilin Nicolai – « Siberian Education » 2009

Lilin Nicolai – « Free fall » – 2010

Lilin Nicolai « Urkasz » – 2010

Andric Ivo « Le pont sur la Drina » – 1960

Davrichewy Kethevan – « La mer noir » – 2010

Drakulic Slavenka « As if I’m not there » – 1999

Drakulič Slavenka “Caffe Europa” – 1999

Drakulič Slavenka “Balkan Express” – 1997

Jokanovic Vladimir – “Made in Yugoslavia” – 2001

Rastello Luca « La guerra in casa » – 1999

Gord Anna “Parfum de pluie sur les balcans » – 2000

Vidovic Mirko « La face cachée de la lune » – 1971

Ugrešić Dubravka « Il n’y a personne pour vous répondre » – 2010

La banlieu d’Europe

Pamuk Orhan – « La vie Nouvelle », – 1994

Pamuk Orhan – « Istanbul » –

Shafak Elif  – “The bastards of Istanbul” – 2010

Anastasia M. Ashman and Jennifer Eaton Gokmen « Tales from the Expat Harem » – 2006

Hanad el-Cheikh –  « Toute une histoire » – 2010

Abdolah Kader – « La maison dans la mosquée » – 2003

Job Armel « Loin des mosquée » – 2012

Ohran Kemal – “In jail with Nazim Hikmet” – 1952

Kuser Michael “Three ways mirror: Istanbul, Athens, Rome” – 2010

Said Kurbn “Ali et Nino” – première publication inconnue

Barbara

Les livres d’été – Johannes

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Mes lectures d’été ont commencé par quelques textes de notre canapé littéraire sur l’amitié: d’abord « Reunion » (« L’ami retrouvé ») de Fred Uhlmann, puis « Tonio Kröger » de Thomas Mann. Du premier, j’étais quelque peu déçu. Cette nouvelle se concentre bien évidemment sur le thème de l’amitié comme peu d’autres textes, et elle raconte une belle histoire, mais je trouve que la toute dernière partie, la vie du protagoniste en Amérique et la découverte sur son ami d’enfance, est beaucoup trop courte par rapport à la narration de la jeunesse des deux. « Tonio Kröger » m’a impressioné pour la beauté du langage (en allemand), mais je n’ai pas vraiment percé le sens de ce texte qui traite plusieurs thèmes…

Après ces constats, je voudrais continuer avec une recommandation, ayant lu et beaucoup apprécié:

« Suite française » par Irène Némirovsky

La quatrième de couverture de mon édition parle d’un « tableau de moeurs impressionnant » et d’ « un des meilleurs livres jamais écrits sur la Deuxième Guerre mondiale ». Je peux parfaitement confirmer ces deux jugements.

Le roman a deux parties, qui sont seulement faiblement liées. Même si certains personnages de la première partie sont sporadiquement évoquées dans la deuxième, les histoires racontées sont presque complètement indépendantes. « Suite française » met en scène un moment particulier de l’histoire française, l’invasion allemande de l’année 1940, et l’occupation qui s’ensuit.

La première partie décrit comment la population de Paris réagit face à la conquête immimente de leur ville par l’armée allemande. Marqués par la panique, les gens tentent de s’enfuir vers la campagne, mais, en raison des possibilités de transport limitées (en train et en voiture), ils réussissent plus ou moins bien: certains sont contraints de quitter la ville à pied. La situation extrême, le desespoir, des réfugiés révèle leur vrai caractère, le trait observé le plus étant la lâcheté. A la fin, tout le monde ne songe qu’à sauver sa peau, les riches au début aussi à préserver leur statut. Surtout cette première moitié du roman mérite d’être qualifiée de « tableau » plutôt que d’histoire, car il n’y a pas de personnage principal. Le récit saute d’un personnage à l’autre, et à certains moments les différents destins se croisent.

La deuxième partie se joue à la campagne, dans un petit village, évoqué brièvement dans la première partie, déjà sous l’occupation allemande. Les habitants sont obligés à héberger les soldats allemands, un dans chaque maison. Contrairement à la première partie, le récit se concentre sur deux lignes d’intrigue principales, qui sont pourtant exemplaires pour les deux réactions que la présence de l’ennemi suscite dans le village. Une jeune femme réalise que les soldats, eux aussi, sont des personnes coincées et lassées par la guerre, et tombe amoureuse de l’officier vivant dans sa maison. D’autres habitants n’arrivent pas à faire abstraction de la guerre et expriment leur haîne.

Sans révéler la fin, je dois dire que j’ai fermé le livre avec une certaine déception car le dénouement n’est pas vraiment satisfaisant. Ceci s’explique pourtant par le contexte extrêmement intéressant de l’oeuvre. Irène Némirovsky est née en Ukraine en 1903, mais elle émigre en France avant la Révolution d’Octobre. Là, elle devient une sensation littéraire, mais, d’origine juive, elle ne survit pas l’époque qu’elle décrit si brillamment. En 1942, elle est déportée par les Nazis et meurt peu après à Auschwitz. A ce moment-là, elle travaillait sur un livre monumental sur la deuxième guerre mondiale en France, qui devrait compter cinq parties, et bien plus de 1000 pages. Ce manuscrit est resté disparu pendant plus de 60 ans après sa mort et c’est seulement en 2004, que les deux parties déjà achevées, redécouvertes dans une valise par la fille d’Irène Némirovsky, ont été publiées sous le titre « Suite française ». Les notes trouvées montrent que Némirovsky avait prévu d’écrire trois parties supplémentaires où les personnages introduits dans les deux premières auraient réapparu dans d’autres contextes de la guerre (prisonniers de guerre, batailles, résistance etc.). Ainsi, la fin peu spectaculaire doit être excusée et le livre doit vraiment être considéré comme un tableau.

Johannes