Canapé littéraire sur Jean d’Ormesson

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Tout le monde connait Jean d’Ormesson. A Paris on dit même « Jean d’O » tant il passe à la télé ou à la radio. Il refuse rarement une interview. Et pourtant on ne se lasse pas d’écouter ses histoires et ses réflexions sur la vie qu’il développe dans un français élégant. On pourrait résumer sa vision des choses en une seule phrase ; Je me suis promener dans le monde , nez en l’air, mains dans les poches, en pleurant à chaudes larmes. Et en riant aux éclats.
Bardé de diplômes (ENA, licencié es lettes et Histoire, agrégé de philosophie) il ne s’est jamais spécialisé en quoi que ce soit, c’est le parfait dilettante. Oui on pourrait dire malgré tout qu’il est journaliste et écrivain. Mais même dans ses oeuvres on retrouve ce papillonnage jusque dans ses titres ; Presque rien sur presque tout. Alors qu’est-ce qui fait que l’on a plaisir à l’écouter et à le lire ? Pour ma part, je dirais que c’est l’érudition mais l’érudition amusante, constellée d’anecdotes, et diffusée avec charme. Le charme de la vieille France.

Mais peut-être que vous avez d’autres idées ? Je me réjouis d’en parler à notre prochaine rencontre à la galerie !

Stéphane A.

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La crise sociale dans la littérature contemporaine

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Le monde littéraire, et notamment en France où beaucoup se concentre sur Paris, a souvent un penchant pour les milieux intellectuels, et peut ainsi parfois sembler élitiste et lointaine de la réalité sociale. Ceci pourrait être d’autant plus évident de nos jours, quand la société – en France et dans beaucoup d’autres pays occidentaux – est fortement marquée par des divisions qui augmentent, qui se traduisent dans des conflits et qui créent une classe sociale de plus en plus visible de gens qui sont peut-être définitivement exclus de toute société solidaire, qui sont laissés pour soi.

Récemment, cette réalité sociale attire de plus en plus le regard de la littérature. Plusieurs auteurs traitent des différents aspects du thème, très souvent nourris par une expérience personnelle. Les médias allemands ont remarqué cette tendance actuelle en automne dernier, quand la France recevait beaucoup d’attention en tant qu’invitée d’honneur à la Foire du Livre de Francfort. Cet écho à permis de rassembler une sélection de titres recommandés dans la bibliographie ci-dessous.

Voici quelques motifs que nous pourrons considérer pour nos lectures et nos discussions:
– pauvreté, misère sociale
– précarité et chômage
– exclusion sociale (parfois combiné avec les thèmes de la migration ou de l’orientation sexuelle)
– la mobilité sociale (vers le haut et vers le bas)
– conflits sociaux, lutte de classes, riche vs. pauvre
– milieu ouvrier

Bibliographie

Édouard Louis : jeune auteur, issu d’un milieu ouvrier, pauvre et homophobe en Picardie, il a connu un grand succès avec son début « En finir avec Eddy Bellegueule » (2014). De manière autobiographique, il revient sur sa jeunesse dans le milieu précité, et sur comment il s’en est enfui. Son deuxième roman « Histoire de la violence » (2016) à également reçu de très bonnes critiques. Aussi autobiographique, il y relate le viol dont il a été victime, en s’intéressant en détail au contexte social de l’agresseur.

Edouard Louis est ami et élève du philosophe et sociologue Didier Eribon, avec qui il partage le milieu social d’origine et l’orientation sexuelle. C’est la lecture de « Retour à Reims » (2009) de Didier Eribon qui aurait inspiré Louis à sa propre écriture. Le livre d’Eribon n’est pas vraiment littéraire, mais plutôt sociologique. Par contre, prenant le caractère d’une auto-analyse, avec beaucoup d’exemples personnels, il s’assimile à l’autobiographie. « La société comme verdict » (2013) continue dans la même veine.

Les deux auteurs précités sont aussi liés à Annie Ernaux, l’œuvre vaste de qui est également composé principalement de textes autobiographiques, qui traitent de sujets très variés. Deux titres qui abordent l’ascension sociale de la famille d’Annie Ernaux seraient « La place » (1983) et « La honte » (1997). Certes, une autre époque, mais peut-être aussi pertinent pour comprendre la France d’aujourd’hui.

Virginie Despentes : considérée comme auteur à scandale depuis son roman « Baise-moi », elle dépeint la réalité sociale avec un effet de choc. Pour notre thème, c’est la trilogie « Vernon Subutex » (trois tomes, 2015, 2015, 2017) qui est la plus intéressante. Le (anti-) héros des romans est un ancien commerçant de disques, dont la vie s’est effondré et qui se trouve à la rue. Il contacte une multitude d’anciens amis très différents pour demander de l’aide. Despentes crée ainsi un fresque social impressionnant.

Tanguy Viel: auteur qui utilise le genre du roman noir. Certains de ses romans trouvent une forte composante dans le thème de l’ascension sociale, ou dans l’antagonisme riche/pauvre, par exemple « Paris-Brest » (2009) et, plus récemment le très remarqué « Article 353 du code pénal » (2017).

Sophie Divry : « Quand le diable sortit de la salle de bain » (2016) – un succès de surprise de la rentrée littéraire 2016, dans lequel l’auteur décrit la vie d’un alter ego dans la précarité.

David Foenkinos: « La tête de l’emploi » (2014). Pas parmi les titres les plus connus de cet auteur, mais peut-être intéressant pour le thème. Presse : « histoire « sociétale » dont la simplicité apparente retranscrit finement les désarrois de l’époque…  »

Emmanuelle Bayamack-Tam : « Je viens » (2015) – Histoire d’une adolescente défavorisée, qui affronte toutes les difficultés que la société lui impose.

Olivier Adam: « Peine perdue » (2014) –  » En morte-saison sur la Côte d’Azur, la vie continue, plus mouvante que jamais. Olivier Adam nous met en présence de ceux dont il n’est jamais question, ces gens à la vie banale, nous-mêmes. »
François Roux: « Tout ce dont on rêvais » (2017) – « Le talent de François Roux est de s’emparer de l’histoire immédiate et d’en faire le récit, au plus près de la réalité sociale, affective et politique. Après Le bonheur national brut, fresque virtuose des années Mitterrand, il poursuit la chronique de notre époque, minée par le chômage et les compromis idéologiques. »
Deux titres de la Rentrée littéraire 2017:
Jean-Luc Seigle: « Femme à la mobylette » (2017) – « Jean-Luc Seigle dresse le portrait saisissant d’une femme ordinaire au bord du gouffre. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie. « 
Gérard Mordillat: « La Tour abolie » (2017) – « Avec la verve batailleuse qui a fait le succès de La Brigade du rire, Gérard Mordillat, l’auteur de Vive la sociale ! et de Les Vivants et les morts, livre une fable prodigieuse sur la société capitaliste et la révolte de ceux qu’elle exclut. »
Auteure journaliste, qui a écrit sur le sujet à travers des expériences investigatives:
Florence Aubenas: « Le Quai de Ouistreham » (2010) – « En 2009, Florence Aubenas part pour Caen et s’inscrit au chômage, avec un bac pour tout bagage et sans révéler qu’elle est journaliste. À Pôle Emploi, on lui propose de saisir sa chance : devenir agent de propreté dans des entreprises. Le Quai de Ouistreham est le récit saisissant de cette plongée dans le monde de la précarité. Un monde où on ne trouve plus d’emploi, mais des  » heures « . »
Et « En France. Chroniques » (2014) – « Montée du FN, crise du logement, de l’emploi, peur de la mixité sociale… À travers ces récits de vie, Florence Aubenas esquisse les dynamiques qui agitent une France parfois désorientée. »
Enfin, quelques titres qui ne sont peut-être pas 100% sur notre thème, mais qui en touchent certains aspects:
Dalibor Frioux: « Incidents voyageurs » (2014)
Charles Dantzig: « Histoire de l’amour et de la haine » (2015)
Ivan Jablonka: « Laëtitia ou la fin des Hommes » (2016)
Aurélien Bellanger: « L’aménagement du territoire » (2014)
Christian Roux: « L’homme à la bombe » (2012)
Toutes ces suggestions sont en langue française, mais des présentations de livres écrites dans d’autres langues et reflétant la situation actuelle dans d’autres pays sont bien sûr également bienvenues.
Bonne lecture!
Johannes

L’Histoire, c’est du roman (hé non)

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Les Français aiment l’Histoire, le récit scientifique des évènements passés. Il est facile de trouver dans une librairie des biographies, des livres d’histoire sociale ou des romans historiques.

Je vous invite à nous pencher sur un phénomène différent, apparu récemment dans le roman français contemporain avec quelques auteurs : l’histoire-roman.

Une conversation avec le dernier Goncourt, Eric Vuillard, qui reviendra bientôt à Bruxelles, m’a incité à creuser ce thème. Il ne s’agit pas vraiment de romans historiques avec des personnages clairs (type les Rois maudits), ni de récits souhaitant respecter la réalité historique, ou de mode journalistique. C’est plutôt la vision par la littérature de la mentalité historique d’un évènement.

Le traitement adopté par les écrivains porte moins sur les faits exacts que sur les sensations, l’impression qu’on pouvait avoir à l’époque. C‘est généralement une réflexion sur le récit historique : ce récit populaire qui admet une certaine version des évènements, alors que la réalité est souvent différente.

On peut voir la source de cette tendance littéraire dans plusieurs éléments. Peut-être est-ce la raréfaction des réussites romanesques en langue française ? L’influence de l’école des sciences sociales (école dite « des Annales » qui a poussé en France vers une étude approfondie des mouvements sociaux : histoire du sel, du silence, …) ? Le poids croissant de l’information et des faits divers dans la constitution des mentalités ?

Ces livres portent sur des évènements historiques majeurs, ou des personnages emblématiques, mais aussi souvent, sur des faits divers authentiques (assassinats, catastrophes, faits sociaux sordides) qui, dans la mesure où ils marquent leur époque, ou sont typiques de la mentalité d’une époque constituent à leur tour des repères historiques.

Il faut avouer que cette tendance donne à la fois des livres magnifiques et d’autres très très mauvais. C’est une des pots de réflexion : quelle est la limite littéraire à cet exercice ?

Je n’ai quasiment identifié que des Français mais serais heureux d’avoir de votre part des illustrations d’autres pays.

Eric Vuillard

https://www.babelio.com/resrecherche.php

Tous ses livres, remarquablement écrits, reposent sur l’examen d’une préemption des peuples les uns par les autres, et que le mal habite non les hommes mais les « systèmes » : multinationales, état-majors, bandes armées en conquête. Il remet en scène des instantanés de l’histoire pour les « déplier » comme une carte, avec toutes leurs orientations, et montrer qu’ils ont déjà mis en scène, par l’Histoire « officielle » ou communément admise.

L’ordre du jour :

L’absence de résistance et les complicités à la prise de pouvoir des Nazis à deux moments clefs : les premières élections en 1933 et l’Anschluss en 1938. Vuillard insiste sur le fait que la victoire nazie était moins inéluctable qu’on le pense aujourd’hui, puisqu’elle reposait en partie sur du bluff. Goncourt 2017.

Congo :

Le « traitement » du Congo belge par le Roi Léopold et par les hommes qu’il y avait dépêchés, dont l’un d’entre eux décida un jour que chaque balle tirée devait être justifiée par une main coupée. Insoutenable.

Tristesse de la terre :

L’élimination des derniers Indiens dans l’Ouest américain, et le début de la mise en scène au théâtre de la conquête de l’Ouest, par Buffalo Bill qui embaucha des rescapés pour jouer le massacre des leurs.

Jour de fête :

L’histoire du 14 juillet, à Paris, en l’année.. 1789

Conquistadors :

La conquête des Amériques

La bataille d’Occident

Les erreurs de stratégie par les états-majors de la première guerre mondiale.

« La Bataille d’Occident est l’un des noms de nos exploits imaginaires. C’est un récit de la Grande Guerre, celle de 14-18, où nos différentes traditions de « maîtres du monde » manifestèrent ouvertement leur grande querelle. Il en résulta un charnier sans précédent, la chute de plusieurs empires, une révolution. Et tout cela fut déclenché par quelques coups de révolvers ! »

 

Laurent Binet

https://www.babelio.com/auteur/Laurent-Binet/85725

Pas le meilleur mais un des auteurs les plus représentatifs de cette tendance

HHHH :

Biographie de Heydrich, l’organisateur de la « solution finale », et récit de son exécution par les résistants tchèques en 1942, le livre raconte aussi les difficultés de l’auteur à accoucher de son sujet obsessionnel. Cette mise en abime, assez narcissique, fait toute la saveur de ce livre à part.

La septième fonction du langage :

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L’hypothèse est qu’il s’agit d’un assassinat. (C’était un structuraliste, alors pourquoi pas.. !?)

 

Marc Dugain

https://www.babelio.com/auteur/Marc-Dugain/3359

Après un roman sur les « gueules cassées » de 14-18, il explore essentiellement l’histoire des Etats-Unis d’après-guerre, marchant sur les traces de James Ellroy, dans des récits historiques. Il a également livré des essais sur l’espionnage et le numérique, ou une trilogue romanesque sur la classe politique. Ses livres sont assez proches de romans historiques contemporains.

La malédiction d’Edgard :

Monologue du compagnon intime d’Edgar J Hoover, patron du FBI pendant cinquante ans.

Avenue des Géants :

Autobiographie d’un serial killer américain, très fortement copiée sur un tueur authentique.

Ils vont tuer Robert Kennedy :

Un enseignant enquête sur la mort de ses parents qui serait liée à celle de Robert Kennedy.

Une exécution ordinaire :

Portrait du Kremlin à travers l’Histoire de la femme médecin de Staline et de la destinée du sous-marin Koursk.

« Et qu’est-ce que la terreur ? C’est la certitude pour tout homme de l’Union Soviétique, du plus humble au plus puissant, de l’anonyme à l’ami intime de Staline, que rien ne le protège d’une décision de l’exécuter qui peut tomber chaque instant sans véritable fondement. Les hommes doivent accepter qu’à tout moment, sans raison précise, on puisse les ramener à cette forme absolue de modestie qu’est la mort…………….. »

 

Emmanuel Carrère :

https://www.babelio.com/auteur/Emmanuel-Carrere/3384

L’adversaire :

Le récit de la vie de Jean-Claude Roman qui mentit pendant vingt ans à ses proches qui le croyaient médecin, et décida un jour de tous les tuer. Une histoire et un livre hors du commun, pétrifiants.

D’autres vies que la mienne :

Survivant du tsunami en Thaïlande en 2004, l’auteur relativise sa vie en mettant en parallèle la mort d’enfants de ses amis, et la vie d’une magistrate luttant pour les couples menacés de surendettement.

Limonov :

La biographie d’un incroyable écrivain franco-russe, aventurier et mercenaire

Un roman russe :

En partant sur les traces de ses origines russes, l’auteur se met en scène dans une sordide histoire de faits divers où l’on peine à démêler le vrai du faux

Le Royaume

Comment d’une secte persécutée, l’exalté romain a-t-il transformé le groupe des fidèles du Christ en une église mondiale ? Qu’est-ce qui peut être authentique dans les récits de l’Evangile ? Une enquête policière, érudite et passionnante, où les coupables sont la mémoire populaire, et le goût des hommes pour les légendes, surtout lorsqu’elles sont vraies.

 

Christophe Bataille

https://www.babelio.com/auteur/Christophe-Bataille/24511

L’élimination :

Le récit de l’extermination des intellectuels par les Khmer rouges au Cambodge, à travers l’interview du principal bourreau par le fils d’une victime. Un de mes livres préférés, avec un style remarquable de dignité et de distanciation.

L’expérience :

Le récit, par les militaires présents, des premiers essais nucléaires français dans les années soixante, dans le désert saharien.

 

Régis Jauffret

https://www.babelio.com/auteur/Regis-Jauffret/5495

Amoureux des faits divers (« Microfictions »), Jauffret se saisit maintenant, avec plus ou moins de bonheur, d’évènements médiatiques marquants pour en tirer des récits romancés. Il est souvent vu comme le meilleur styliste français aujourd’hui. Est-il encore un romancier ?

Claustria

Platon, le mythe de la caverne, mais au fond d’une cave autrichienne, à travers u kidnapping ultra médiatisé. Bof.

La ballade de Rickers Island

Un des hommes les plus puissants au monde est enfermé aux Etats-Unis pour avoir obligé une femme de chambre à une faveur sexuelle. Si cela vous dit quelque chose, inutile de lire ce livre déplaisant, écrit juste après les faits.

Essayez plutôt :

Sévère :

Le banquier Edouard Stern a été assassiné. Sa maitresse avouera le crime. Mais que dit-elle de cette sordide histoire d’amour ? Un style exigeant, épuré, pour une tragédie amoureuse :

« Je l’ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m’a initiée au maniement des armes. Il m’a fait cadeau d’un revolver. Je l’ai abattu d’une balle entre les deux yeux. »

 

Etienne Davodeau :

Cet auteur de romans graphiques (BD) revisite les épisodes sociaux et politiques de la France avec un regard critique, reposant sur les témoignages d’acteurs de l’époque, en marge de l’Histoire officielle

https://www.babelio.com/livres/DavodeauCollom-Cher-Pays-de-Notre-Enfance-Enquete-Sur-les-Annees/1009873

Cher Pays de Notre Enfance (Enquête Sur les Années de Plomb en France) : la face sombre du gaullisme (espionnage et grand banditisme)

Un homme est mort : tensions sociales en Bretagne en 1950

 

Simon Liberati

https://www.babelio.com/auteur/Simon-Liberati/6573

Auteur que je n’aime pas vraiment, mais qui fait incontestablement partie de cette tendance.

Eva

Récit de la vie tourmentée de la compagne de Liberati, poussée par sa mère à devenir une idole sexuelle à treize ans.

Les rameaux noirs :

Portrait autobiographique des membres de sa famille : un père fou, un frère poète, …

Jane Mansfield 1967 :

L’accident de voiture qui a décapité la « plus jolie blonde Hollywood ».

Californian girls

L’assassinat atroce par la secte Manson de la femme enceinte de Polanski, Sharon Tate, et de ses amis en 1969. Atroce. Tous ceux qui l’ont lu m’ont recommandé d’éviter de l’ouvrir.

 

D’autres titres isolés, mais très bons

  • Un roman français, de Frédéric Beigbeder

https://www.babelio.com/livres/Beigbeder-Un-roman-francais/137576

Autobiographie de l’écrivain qui inscrit sa famille et son destin dans l’évolution chaotique de la bourgeoisie de province. Plaisant.

 

  • Fukushima : Récit d’un désastre, de Michaël Ferrier

https://www.babelio.com/livres/Ferrier-Fukushima–Recit-dun-desastre/354744

Enseignant de français au Japon, l’auteur assiste au désastre que provoque dans la société japonaise l’explosion de la centrale nucléaire. Bien écrit.

 

  • La vie de Franck, d’Eric Neuhoff

https://www.babelio.com/livres/Neuhoff-Histoire-de-Frank/117825

Biographie de Franck Sinatra, dans un style splendide, qui trace le portrait du mythe.

 

  • Deux messieurs sur la plage, de Michael Köhlmeier (autrichien)

https://www.babelio.com/livres/Khlmeier-Deux-messieurs-sur-la-plage/754569

Une photo suffit à bâtir la relation « probable ou improbable, en tout cas plausible » entre deux personnalités du siècle : Charlie Chaplin et Winston Churchill.

 

  • Constellation, d’Adrien Bosc

https://www.babelio.com/livres/Bosc-Constellation/618624/citations?pageN=3

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le modèle Constellation, s’écrase sur une montagne des Açores. Qui était à bord ? Derrière une catastrophe sordide, un livre magnifique qui s’attache non leur mort, mais à la vie reconstituée de chacun des passagers et à leur époque.

« En termes rhétoriques, l’avion qui s’apprête à décoller d’Orly le 7 décembre 1949 est une prosopopée. Ce livre n’en est pas une. La fiction d’un je omniscient enfilant les vêtements des victimes comme l’on se glisse dans les costumes d’un petit théâtre d’époque n’existe pas. La description du vol, l’agencement des personnages en partie de ce tout que fut l’avion, est le seul point de vue, le seul effet de manches, espérons qu’il n’en cache aucun autre. »

 

  • Les disparues de Vancouver :

https://www.babelio.com/livres/Fontenaille-Les-disparues-de-Vancouver/165059/citations

L’année où l’on magnifiai le sport en accueillant les Jeux olympiques à Vancouver, ce livre a voulu se souvenir d’une centaine de « corps » disparus, des prostituées tuées dans cette ville, où tout le monde s’en fichait, tout le monde sauf le mari d’une d’entre elles qui a fait éclater le scandale.

« A Montréal, un groupe de femmes-artistes a peint une fresque sur un mur, dans une rue où les femmes tapinent. Elles les montre toutes ensemble, rassemblées, en marche. Le drame des Disparues a ébranlé le pays tout entier… Une onde de choc du Pacifique à l’Atlantique, jusqu’à la pointe de Gaspé : Honte au Canada. Entendu un soir dans un bar : « Un quart des Canadiens ont du sang indien dans les veines, les trois quarts restants ont du sang indien sur les mains. »

 

  • Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin

https://www.babelio.com/livres/Decoin-Est-ce-ainsi-que-les-femmes-meurent-/115791

Pourquoi une femme a-t-elle pu être tuée au pied de son immeuble, alors que 43 personnes en étaient témoins ? Inoubliable.

« Car, quand on y réfléchit bien, tuer la presse écrite n’a jamais été le but ni l’intérêt de la télé. Contrairement à ce qu’annonçait le sociologue McLuhan, nous n’avions pas quitté la galaxie Gutenberg Pour la galaxie Marconi. Les images ne l’avaient pas emporté sur les mots. Plus l’information tendrait vers l’instantané, et donc vers le chaos, plus nous aurions besoin de la référence du texte pour la décrypter, la classe, la vérifier. »

 

  • La câche, de Christophe Boltanski

https://www.babelio.com/livres/Boltanski-La-cache/722723

Récit de l’appartement d’une famille neurasthénique, qui a peur de l’extérieur (Boltanski deviendra grand reporter en Afrique) ; le secret tient à l’histoire du père, juif, et de comment il a échappé aux rafles pendant la guerre. Prix Femina 2015.

« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la nourriture avariée. Des œufs pourris. Des foules et de leurs préjugés, de leurs haines, de leurs convoitises. De la maladie comme des moyens mobilisés pour la contrer. Du comprimé absorbé après une lecture attentive du dictionnaire Vidal. De l’asphyxie au gaz de ville. D’une noyade en mer. D’une avalanche en montagne. Des voitures. Des accidents. Des porteurs d’uniforme. De toute personne investie d’une autorité quelconque, donc d’un pouvoir de nuire. Des formulaires officiels. Des recours administratifs. De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses. Du blanc qui présuppose le noir. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. Des Français qui se définissent comme bons, par opposition à ceux qu’ils jugent mauvais. Des voisins indiscrets. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

Stéphane P.

47e rencontre du Canapé littéraire : La rentrée littéraire 2017.

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Plus que dans tout autre pays, en France, le monde littéraire concentre son attention sur la période septembre-octobre quand la plupart des nouveaux livres paraissent. Ainsi, la « rentrée littéraire » est célébrée comme un événement annuel, avec des numéros spéciaux des journaux et magazines, et naturellement la panoplie de prix littéraires avec ses étapes de la première sélection au décernement solennel au début du mois de novembre.

C’est pourquoi nous avons décidé de consacrer aussi cette année une session du canapé littéraire à cet événement littéraire incontournable, et de lire et présenter chacun un de ces nouveaux livres, en grand format, qui se trouvent en grand piles dans les librairies, souvent sur une table spéciale « rentrée littéraire ». Ainsi, nous pourrons avoir une bonne première impression personnelle des nouveautés de cette année.

Pour choisir, le plus efficace serait de se rendre dans une librairie et de juste feuilleter les livres et d’en consulter les quatrièmes de couvertures. Cependant, sur la base des premières sélections des prix littéraires les plus importants, je vous indique également quelques suggestions ci-dessous, en ordre alphabétique, avec les nominations entre parenthèses.

Si vous cliquez sur les titres (Ctrl+), vous arriverez sur les pages de présentation de l’éditeur, et de plus, j’ai ajouté quelques mots clés pour chaque titre, selon ce que j’ai pu comprendre des quatrièmes de couverture. J’espère ça vous aidera de faire votre choix.

Les titres les plus sélectionnés pour les prix littéraires les plus importants :

Nos richesses de Kaouther Adimi (Seuil) – éditeur d’Albert Camus, littérature, Algérie, années 40 et 2017.

L’avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic (L’Olivier) – hotel, homme/femme, Bosnie, recherche de la mère.

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L’Iconoclaste) – enfance, conte initiatique, rêve/imagination.

Sucre noir de Miguel Bonnefoy (Rivages) – Caraïbes, trésor, Henry Morgan.

Mes pas vont ailleurs de Jean-Luc Coatalem (Stock) – vie et mort de Victor Ségalen.

Une fille dans la jungle de Delphine Coulin (Grasset) – Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.

Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud (Actes Sud) – fable, orphelin, contes, imaginaire.

Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable (Gallimard) – Romain Gary, voisin, Lituanie, enquête littéraire.

Taba-Taba de Patrick Deville (Seuil) – hôpital psychiatrique, amitié, histoire de Napoléon à nos jours.

Le déjeuner des barricades de Pauline Dreyfus (Grasset) – 1968, révolte des étudiants, monde littéraire.

Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud (Flammarion) – guerre d’Algérie, fraternité, désir de sauver les hommes.

Une chance folle d’Anne Godard (Minuit) – enfant brûlée, mère/fille.

La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez (Grasset) – Nazisme, exile de Mengele en Amérique du Sud, roman-vrai.

La vie sauvage de Thomas Gunzig (Au diable vauvert) – civilisation occidentale, vue par quelqu’un qui a grandi dans la jungle africaine, amour, drôle.

Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel (Gallimard) – Herman Melville, littérature/cinéma, Paris-New York-Italie.

Innocence d’Eva Ionesco (Grasset) – autobiographique, photographie, mère/fille, abus, enquête sur le père.

La serpe de Philippe Jaenada (Julliard) – faits réels, triple meurtre, 1941, enquête.

Fief de David Lopez (Seuil) – jeunesse, entre campagne et banlieue, vie quotidienne, rap.

L’empereur à pied de Charif Majdalani (Seuil) – légende, Liban, monde, histoire du XXe siècle.

Bakhita de Véronique Olmi (Albin Michel) – Darfour, femme enlevée, esclavage, histoire du XXe siècle en Europe.

Le Songe du photographe de Patricia Reznikov (Albin Michel) – Années 70, solitude, exil, photographie du XXe siècle.

Mécaniques du chaos de Daniel Rondeau (Grasset) – Roman polyphonique, Moyen Orient, Afrique du Nord, banlieues de Paris, crises d’aujourd’hui.

Summer de Monica Sabolo (JC Lattès) – disparition d’une jeune femme, frère/sœur, mémoire.

Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas (Seuil) – nager, mère/fille.

La nostalgie de l’honneur de Jean-René Van der Plaetsen (Grasset) – histoire, honneur, réflexion sur le grand-père (Jean Crépin).

Les rêveuses de Frédéric Verger (Gallimard) – 2e guerre mondiale, France/Allemagne, soldat allemand dans l’armée française.

L’ordre du jour d’Eric Vuillard (Actes Sud) – Allemagne nazie/Autriche.

L’art de perdre d’Alice Zeniter (Flammarion) – France/Algérie, histoire de famille, liberté d’être soi.

Moins considérés pour les prix littéraires mais peut-être également intéressants :

Le dossier M, Livre 1 de Grégoire Bouillier (Flammarion) – autobiographique, suicide, histoire d’amour, adultère.

Sigma de Julia Deck (Minuit) – espionnage, imaginaire, censure.

Ascension de Vincent Delecroix (Gallimard) – voyage spatial, humour, réflexion sur le mal et le renoncement.

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain (Gallimard) – assassinats Kennedy, années 60, psychologie/psychose.

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel) – orientations sexuelles.

Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert (Gallimard) – jeunesse, boxe, courage, vies possibles, société.

Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon (Actes Sud) – Etats-Unis, kidnapping de femmes, révolution.

La tour abolie de Gérard Mordillat (Albin Michel) – capitalisme, tensions sociales.

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle (Flammarion) – femme laissée seule, France d’aujourd’hui, société en crise.

Vous connaissez peut-être de Joann Sfar (Albin Michel) – réseaux sociaux, femmes, enquête.

Finalement quelques écrivains déjà bien établis, qui ne doivent pas trop se préoccuper d’être sélectionnés pour un prix :

Le jour d’avant de Sorj Chalandon (Grasset) – années 70, accident de mine, vengeance.

Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq (P.O.L.) – dystopie, trafic d’organes, totalitarisme sanitaire et politique.

Les rameaux noirs de Simon Liberati (Stock) – autoportrait, surréalistes, amis du père.

Frappe-toi le cœur d’Amélie Nothomb (Albin Michel)

Point cardinal de Léonor de Recondo (S. Wespieser) – changement de sexe, courage d’être soi.

La chambre des époux d’Eric Reinhardt (Gallimard) – maladie, couple, art, musique.

La Vengeance du pardon d’Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) – 4 histoires, sentiments, envie, perversion, indifférence, crime.

La liste n’est pas tout à fait complète, et bien sûr, comme toujours ce ne sont que des suggestions.

Je propose que nous choisissions des livres français, mais si vous ne trouvez absolument rien d’intéressant, n’hésitez pas de présenter des nouveautés parus dans d’autres langues.

Bonne lecture !

Johannes

Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Bibliographie

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Les bibliographies

Plusieurs auteurs se sont essayés depuis quelques années à faire des biographies, notamment de femmes (plus ou moins) célèbres. Ce sont des témoignages sur le combat de femmes au XXième siècle contre le racisme, le nazisme, le machisme, et c’est un signe de la féminisation des auteurs de bandes dessinées :

La dessinatrice Catel est la plus prolifique https://www.bedetheque.com/auteur-6057-BD-Catel.html

Nous vous recommandons sa biographie d’Olympe de Gouges (révolution), de la féministe Benoîte Groult, de la mère ukrainienne de Myèle Demongeot dans Adieu Karkov, de Kiki de Montparnasse (années 20). Sa dernière, Joséphine Baker, est d’une grande expressivité. A chaque fois, des femmes d’exception !!

La blogueuse Pénèlope Bagieu a approfondi sa technique narrative, et livré chez Gallimard d’excellents récits en couleur de femmes rocambolesques et inventives, courageuses et drôles : Culottées : https://www.bedetheque.com/serie-53493-BD-Culottees.html

Récits historiques authentiques

Il s’agit pour ces auteurs de témoigner, soit de raconter un évènement historique, souvent méconnu, pour le dénoncer, ou au contraire de témoigner de la difficulté à montrer le point de vue. La bande dessinée aime souvent varier les points de vue contradictoires (Joe Sacco), ou les raconter par le prisme subjectif d’un personnage particulier, comme un enfant (Persépolis, ou L’ascension du haut-mal).

Evolutions sociales et politiques :

Le Français Etienne Davodeau a de plus en plus orienté son travail sur la chronique de syndicalistes, paysans et ouvriers de l’Ouest de la France (Anjou, Bretagne). Son originalité est d’inclure les interviews qu’il mène auprès d’eux, donnant ainsi le sentiment au lecteur d’être témoin de ces discussions.

Son site : http://www.etiennedavodeau.com/

A lire : Un homme est mort (syndicalisme à Brest) Les ignorants (l’art de la vigne), Cher pays de notre enfance (affaires et assassinats politiques du parti gaulliste)

Le Français Philippe Squarzoni développe chez Delcourt une série de pamphlets sous formes de dessins abstraits, remarquablement documentés sur les ravages du libéralisme et du changement climatique. http://placetob.blog.lemonde.fr/2015/11/08/philippe-squarzoni-le-changement-climatique-est-une-crise-de-nos-representations/

A lire : Dol (les années Chirac), Saison brune

L’exil et l’expatriation 

La française Marjane Satrapi a obtenu un succès mondial avec le récit de son enfance iranienne, Persépolis, en sept tomes, devenu un film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18733354&cfilm=110204.html

De son côté le Français Riad Sattouf tenait depuis plusieurs années la chronique d’adolescents bretons en mal de sexe (Les beaux gosses), d’un apprenti super héros. Il fait un très grand succès d’édition avec son autobiographie en trois tomes, l’Arabe du futur, histoire d’un enfant roux entre la Bretagne, la Syrie et le Lybie des années 1980. Cruel et hilarant.

Les autres civilisations et les carnets de voyage

Dans un style minimaliste, le Français Guy Delisle a connu un grand succès avec ses reportages sur deux villes à travers ses Chroniques de Jérusalem et de Pyongyang : http://www.guydelisle.com/jerusalem/jeru-index.html

La maladie, le mal

Dans l’ascension du Haut-Mal, David B raconte en noir et blanc la maladie de son frère, l’épilepsie, qu’on appelait au Moyen-Age : le Haut Mal. https://www.bedetheque.com/BD-Ascension-du-Haut-Mal-Tome-1-L-ascension-du-Haut-Mal-1-11385.html

Le caricaturiste américain Derf Backderf a appris un jour que son copain de classe u peu fêlé, Jeffray Dahmer, était devenu serial killer, nécrophile et cannibale. Il revient dans un récit bouleversant sur leurs années d’adolescence, et d’amitié, celles où tout s’est mis en place, quand tout aurait peut-être pu être évité. http://bandedessinee.blogs.france24.com/article/2013/05/28/mon-ami-dahmer-retour-sur-la-jeunesse-dun-serial-killer-0.html

La guerre

La Shoah

Le livre indépassable, modèle de beaucoup d’autres romans graphiques, c’est Maus, d’Art Spiegelman. Récit de la survie de ses parents, juifs polonais, mais aussi récit de la difficulté de l’auteur à reconstituer cette mémoire. Les Juifs sont représentés en souris, les Nazis en Chats. Le livre a une capacité extraordinaire à nous faire rentrer dans son univers.

Mémoires de guerre

Les conflits en Asie centrale et au Proche-Orient sont le sujet central du new-yorkais Joe Sacco, qui a illustré ses reportages au Kosovo, en Bosnie, Palestine, en Tchétchénie. Il utilise la technique de dessin et de caricature américaine au profit d’une analyse très détaillée des forces des conflits et du ressenti des belligérants. Ses livres sont des réquisitoires extrêmement puissants et documentés, aux scènes inoubliables et terrifiantes : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

A lire : Gaza 1956, Gorazde, et Palestine

Récit d’un photographe de guerre français parti clandestinement couvrir le conflit russe en Afghanistan, Le Photographe est un récit d’initiation intégrant les photos prises à l’époque dans la bande dessinée tirée de son aventure. Attachant et bourré d’informations sur ce pays compliqué, c’est un des récits les plus authentiques que nous avons lus :

Site de la BD : http://lephotographe.dupuis.com/

Témoigner en temps réel :

Amnesty International a choisi de parrainer plusieurs récits de conflits écrits par des journalistes ou des historiens : http://www.bdtheque.com/search.php?cboThemes=954&chkDetails=on&hidetop=1

Dans bien des cas cela permet de voir des situations insupportables que l’image documentaire serait obligée de censurer, par exemple sur les conflits au Mexique, en Tchétchénie ou en Centrafrique. Plusieurs caricaturistes ont choisi également d’être reporters de guerre. C’est le cas du talentueux et drôlissime Chappatte, dessinateur suisse qui publie tous les jours une caricature dans Le Temps de Genève. http://boutique.courrierinternational.com/bd-reporter-chappatte-printemps-arabe-elysee-guerre.html

Son site : http://www.chappatte.com/

Les adaptations de romans en bande dessinée

Dernièrement, beaucoup d’auteurs à succès ont souhaité faire adapter leurs romans en bande dessinée, ce qui permet de découvrir certaines fictions autrement et de mettre un visage, un paysage sur des personnages et des lieux phares du roman.

A lire : « Au revoir là-haut » un roman de Pierre Lemaître adapté en BD par Christian Metter ; « Perreira pretend » de Antonio Tabucchi adapté en BD par Pierre-Henri Gomont

Les fictions s’inspirant de faits ou lieux réels

Dans les romans graphiques qui relèvent de la fiction, l’inspiration de faits/paysages réels n’est jamais très loin. C’est le cas pour deux livres qui nous ont particulièrement touchés.

A lire : « Brüsel » de François Schuiten – Cinquième tome de la série « Les cités obscures », Brüsel raconte avec dérision le passage raté et non sans heurts d’une ville à la modernité, une ville qui ressemble étrangement à une certaine Bruxelles que nous connaissons bien.

« Le fantôme de Gaudi » de El Torres et Jesus Alonso

La ville de Barcelone est en proie à une série de meurtres dans des lieux bien précis : les célèbres monuments de l’architecte Gaudi, pendant que certains affirment avoir vu le fantôme de l’architecte… Un polar fascinant, surtout pour les adeptes de la capitale catalane.

Les fictions s’inspirant de la société contemporaine

Tous comme les romans classiques, les auteurs de roman graphiques nous offrent de plus en plus de récits s’inspirant de thèmes qui façonnent nos sociétés contemporaines : le passage difficile à l’âge adulte, l’homosexualité, le racisme etc.

A lire : « Cinq milles kilomètres par seconde » de Manuele Fior – Un roman graphique qui offre le portrait d’une certaine génération de trentenaires dans laquelle beaucoup d’entre nous se reconnaitront : vie instable, séduits par plusieurs modèles de vies, en quête de l’amour idéal.

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh – Roman graphique rendu célèbre par son adaptation cinématographique polémique au cinéma « La vie d’Adèle ». Un roman qui nous livre une belle histoire d’amour et qui nous permet de comprendre la difficulté vécue par une adolescente découvrant petit à petit son attirance pour les filles.

Bande dessinée: la révolution du roman graphique – Introduction

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« La seule chose que je regrette dans ma vie, c’est de ne pas avoir fait de bande dessinée. »

Pablo Picasso

Si Pablo Picasso a regretté de n’avoir jamais exprimé son art au travers de la bande dessinée, les enfants que nous avons été un jour auraient très certainement regretté de ne pas en lire. Européens que nous sommes, nos jeunes années ont presque toutes été bercées par les albums franco-belges qui se trouvaient dans la bibliothèque de nos parents, tels que « Tintin », « Astérix », « Lucky Luke », ou encore nos yeux émerveillés à la réception hebdomadaire de notre « Journal de Mickey ». Le temps emporte avec lui le rire des enfants (et le Mistral gagnant ?) mais certainement pas ses premiers amours pour les histoires imagées. Les années ont filé et certains d’entre nous ont découvert un type de bande dessinée offrant un nouvel univers, de nouveaux héros, de nouvelles séries abordant des thèmes auxquels nos vies d’adultes trépidantes pouvaient davantage s’identifier et qui nécessitaient une lecture plus attentive et plus exigeante : le roman graphique.

Historiquement, le terme de « Graphic novel » nous vient des Etats-Unis et est utilisé dans un premier temps pour différencier un type de bande dessinée qui n’est pas un comic book classique de super-héros. Certains auteurs souhaitent alors utiliser la narration et le graphisme pour évoquer des préoccupations heureusement moins enfantines qui se nichent, parfois hélas, dans notre quotidien d’adultes telles que la violence, la politique, la souffrance, la nostalgie etc. On considère Will Eisner comme l’auteur d’avant-garde du roman graphique. Avec « A contract with God », il offre un ouvrage mêlant histoire vécue, souvenirs d’enfances et fiction destiné à un lectorat adulte et installe une véritable rupture avec les comics traditionnels tels que Peanuts, Blondie, Dick Tracy etc.

En France, le terme de roman graphique apparaît également dans les années 70 sous l’influence états-unienne avec « La ballade en mer salée » d’Hugo Pratt. Il s’impose à la fin des années 90 lorsque des éditeurs tels que « l’Association », « Cornélius » ou « Les Requins marteaux » se posent dans une différenciation nette par rapport aux traditionnels albums de bande dessinée franco-belge en s’éloignant des standards conventionnels (couverture fine et rigide, 48 pages, destiné à un lectorat plus jeune) et en offrant un modèle moins fermé (couverture épaisse et souple, pagination libre, noir et blanc et abordant des thèmes considérés comme plus adultes).

Très vite cependant, le roman graphique cesse de rentrer dans une case stricte et bien définie dans laquelle nous pourrions facilement le ranger. Beaucoup de romans sont désormais considérés comme graphiques sans qu’ils ne répondent aux critères initiaux et il y a évidemment un aspect marketing derrière tout cela (les libraires espérant toucher un public plus large en affichant comme romans graphiques des bandes dessinées qui, pour certains, ne le sont pas forcément). En outre, le roman graphique peut répondre à des définitions diverses et variées selon la zone géographique, l’histoire et la sensibilité de chacun. Nous pouvons toutefois tenter d’identifier des similitudes entre tous les ouvrages et fournir ici notre propre définition du roman graphique.

Pour nous, le roman graphique c’est avant tout une bande dessinée offrant un graphisme soigné, sans réelle contrainte de format qui aborde soit des thèmes intimes (histoire vécue, journal, carnet de voyage, autobiographie etc.) soit des récits de fiction, avec ou sans aspect humoristique mais toujours avec une ambition littéraire et destiné à un public adulte. Néanmoins, penser le roman graphique comme une bande dessinée plus authentique au style supérieur que celles que nous avons connues dans notre enfance serait une erreur. Le roman graphique est avant tout un art double, la rencontre entre deux arts que sont la littérature et la bande dessinée, un mélange opportun qui permet de réconcilier nos préoccupations d’adultes avec nos âmes d’enfants, celles-ci ne se trouvant jamais très loin 😊.

Vous trouverez ci-dessous une liste de lecture non exhaustive des différents genres souvent retrouvés dans les romans graphiques. Bonne lecture !

 

Marine & Stéphane

Séance 45: Migrations

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Notre chère petite planète a dû voir beaucoup des choses bouger, changer de place, migrer. Les animaux migrateurs par example sont nombreux : des poissons aux oiseaux, à certains mammifères ; il existe même des papillons migrateurs !

L’homme, qui est toujours un animal, migre aussi. Depuis que nos deux pattes ont touché cette terre, on a commencé à se déplacer sans jamais s’arrêter et, en partant du cœur de l’Afrique, on est arrivé à peupler toute la terre. Personnellement, j’ai toujours trouvé cela magique, que l’homme est arrivé à traverser des mères immenses, des montagnes escarpées, des steppes arides, sans la technologie d’aujourd’hui, pour aller habiter simplement partout sur cette terre. Et oui, on l’a bien chatouillé cette notre chère terre avec nos deux petites pattes !

J’imagine un groupe d’hommes et femmes primitifs qui décide de laisser la communauté pour aller ailleurs. Pour quelles raisons ? la famine, des luttes internes, besoin de plus de terres ou d’un enivrement plus favorable, l’exile, la peur, la curiosité et l’instinct de recherche que seule l’homme a et qui le rend un animal assez spéciale. Des raisons différentes ont donc poussé les hommes à migrer mais j’y vois un élément commun, c’est-à-dire la communauté, le groupe. La communauté, ou une partie d’elle, décide d’aller chercher un autre endroit pour vivre. Ils prennent leurs familles, leurs simples outils, les armes pour la chasse et vont à l’encontre de l’inconnu.

Le mouvement ne s’est pas arrêté et aujourd’hui hommes et femmes continuent à bouger afin d’améliorer leurs vies. Les raisons ne sont peut-être pas très différentes de celles du passé ancestrale : le besoin de travailler, le manque de nourriture, la famine et les catastrophes naturelles, les guerres, l’exile, la peur et l’espoir, et finalement cette curiosité, cette envie de découvrir l’inconnu. Le choix de migrer par contre n’est plus seulement au niveau de la communauté ou du groupe mais, à mon avis, individuel ou familiale.

C’est sur ce dernier point que je vous propose de se concentrer pour la prochaine séance : les choix, les difficultés, les histoires personnelles. Bien évidemment la migration est un phénomène social très large et je ne vous demande donc pas de mettre à côté la dimension sociale/politique/économique, mais plutôt de la voir comme l’arrière-plan, la scénographie des histoires personnelles. Je voudrais donc que, lors de notre rencontre, on discute des individus et leurs histoires. Lors de la séance vous serez donc appelés à vous identifier avec le protagoniste de votre roman et le laisser parler à travers vous !

La littérature a abordé ce sujet de plusieurs points de vues ; il existe beaucoup des titres, dans toutes les langues, des tous les pays. Pour cette bibliographie, je me suis concentrée sur des œuvres en français mais je n’ai pas exclus quelques peu de titres en anglais et italien, même si dépourvus de traduction française. Plusieurs titres sont récents et signés par des auteurs immigrés ou originaires des endroits du monde différents de ceux desquels ils habitent. Toutefois, je vous invite, si vous avez envie, à découvrir des histoires du passé, de quand on quittait l’Europe pour aller chercher sa chance ailleurs – histoire de se souvenir que l’Europe a été, et parfois est encore, une terre d’émigration !

Les premiers deux livres de la liste sont parmi les 12 gagnants du Prix de littérature de l’Union européenne qui, depuis 2009, récompense les écrivains émergents en Europe: https://ec.europa.eu/programmes/creative-europe/actions/literature-prize_fr

Avant de vous souhaiter une bonne lecture, je voudrais vous demander d’intégrer cette liste avec vos suggestions en commentaire à ce post !

 

The Year of the Runaways, Sunjeev Sahota (disponible en anglais)

Δενδρίτες (Dendrites), Kallia Papadaki (disponible en grèque)

Madame Bâ, Erik Orsenna

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Middlesex, Jeff Eugenides

Leo l’Africain, Amin Malouf

Persepolis, Marjane Satrapi (roman graphique)

How the Garcia girls lost their accent, Julia Alvarez (disponible en anglais)

Le Grand Quoi. Autobiographie de Valentino Achak Deng, Dave Eggers

Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

Désorientale, Négar Djavadi

Eldorado, Laurent Gaudé

Des fourmis dans la bouche, Khadi Hane

Lyuba ou la tête dans les étoiles, Valentine Gobi

Mémoires d’immigrés, Yamina Benguigui

Droit du sol, Charles Masson (roman graphique)

La mer, le matin, Margaret Mazzantini

Partir, Tahar Ben Jelloun

Le ventre de l’Atlantique, Fatou Diome

Adua, Igiaba Scego (disponible en italien et traduction anglaise)

L’ultimo arrivato, Marco Balzano (disponible en italien et traduction allemande)

Le gang des rêves, Luca di Fulvio

Signes qui précéderont la fin du monde, Yuri Herrera

 

Toutefois, mes livres préférés sur ce thème sont ceux que j’achète en été sur la plage en Italie; des immigrés de toute partie du monde mais surtout venant d’Afrique, marchent pour toute la journée sur la plage sous une grande chaleur en offrant des marchandises différentes : il y en a qui vend des lunettes de soleils et des sacs, des serviettes de plage et des ballon, et il y en a aussi qui vend petits livres ; il s’agit des livres d’éditions indépendantes écrits par d’autres immigrés qui racontent leur histoire personnelle d’émigration et intégration en Italie, ou les légendes des leurs pays, ou les histoires que leurs mères leur racontaient quand ils étaient enfants. Cette séance est dédiée à ces livres, ces histoires et ces personnes.

 

Bonne lecture

Flavia